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mercredi 6 mai 2026

56e

 Nous sommes au tout début des années 80. Dans le vaste champ jouxtant la demeure familiale, le soleil matinal m’incite à sortir. La journée s’annonce caniculaire ; je profite donc des environs avant qu’ils ne soient entièrement embrasés par Hélios. Intérieurement, le rendez-vous est pris : destination le dernier arbre chétif de cette rangée qui scinde l’étendue herbeuse.

La cité se dresse, majestueuse. Sa périphérie est grouillante d’imposantes fourmis rousses dont l’activité frénétique ne s’interrompt brièvement que pour jauger la menace que constitue l’ombre frêle du garçon s’étendant sur la fourmilière. Rien ne semble les effrayer : ouvrières et soldates reprennent aussitôt leur labeur. Je les observe, partagé entre curiosité et effroi face à un tel dévouement. L’édifice m’impressionne, véritable tour de Babel où tous les individus parlent pourtant le même langage, transmis par divers vecteurs, notamment les antennes. Il n’est pas rare que je passe de longs instants à contempler ce ballet incessant, les yeux écarquillés lorsqu’un insecte transporte une brindille dont le poids équivaut, pour moi, à celui d’un tronc d’arbre ! 

Des années plus tard, me voici aux environs de 2022, bien qu’il m’arrive d’en douter. Le paradoxe est saisissant : je me remémore avec une précision chirurgicale le jour où j’ai emprunté le chemin de la micro-informatique familiale grâce à mon Amstrad CPC 464, en 1987, tandis que les événements de l’année en cours me semblent déjà flous. Alors que je sors de chez moi, une agitation inhabituelle captive mon regard vers le minuscule terrain accolé à la maison. Seraient-ce des fourmis en vol ? L’impression est troublante, elles sont légion. 

Ce film m'a effrayé étant enfant

En réalité, sans le savoir, j’assiste à l’envol nuptial des princesses, ces reines en devenir. Certaines parviendront peut-être à fonder une nouvelle cité dans les environs, mais lesquelles ? Impossible de les dénombrer. Sur l’ensemble de cet essaimage, seule une infime minorité réussira à établir une colonie pérenne. La plupart finiront dans le bec d’oiseaux ou sous la langue de batraciens, d’autres mourront d’épuisement ; autant de facteurs environnementaux hostiles qui déciment la cohorte. 

L’instant fut fugace, mais cette éphémère vision reste à jamais gravée en ma mémoire. Elle me révèle surtout la présence insoupçonnée d’une fourmilière à quelques pas seulement du foyer ; hormis quelques âmes isolées croisées çà et là, je n’avais jamais ressenti leur présence. Cette résonance m’a finalement conduit vers Les Fourmis, premier roman de Bernard Werber, paru en 1991. Dans cette œuvre pionnière, l’auteur tisse en parallèle le destin des insectes et celui des humains. En voici la quatrième de couverture :

"Le temps que vous lisiez ces lignes, sept cents millions de fourmis seront nées sur la planète. Sept cents millions d'individus dans une communauté estimée à un milliard de milliards, dotée de ses villes, sa hiérarchie, son langage, son industrie, ses esclaves et ses mercenaires... Sans oublier ses armes, terriblement destructrices.

Lorsqu'il pénètre dans la cave de la maison léguée par un vieil oncle entomologiste, Jonathan Wells est loin de se douter qu'il va à leur rencontre. À sa suite, nous découvrons le monde fabuleusement riche, monstrueux et fascinant de ces "infra-terrestres", au fil d'un thriller unique où le suspense et l'horreur s'appuient sur les données scientifiques les plus rigoureuses. Voici pour la première fois un roman dont les héros sont des... fourmis !"

Comme tant d’autres, ce livre découvert lors de mes pérégrinations en vide-grenier a longtemps patienté dans ma pile à lire. C’est le souvenir de cette fourmilière enfantine qui m’a finalement poussé à ouvrir le premier volet de la trilogie. Si j’y ai appris une foule de détails sur ces insectes, je ne peux dissimuler une certaine réserve face au style de l’auteur, parfois trop chirurgical, surtout dans les passages dédiés au monde humain. Bien que la lecture m’ait globalement plu, j’ai trouvé les personnages caricaturaux et peu attachants, à l’inverse de ceux des fourmis, tout particulièrement celui de 56e, reine en devenir (ce qui explique le titre de cet article). Sur ce plan, le récit est une réussite absolue, rendant presque superflues les incursions dans la société des hommes, du moins à mon sens. 

Je dois avouer avoir abordé cette lecture avec une certaine appréhension envers Bernard Werber. Cette réserve tenait probablement à quelques entretiens captés çà et là, dans lesquels son ego me semblait quelque peu démesuré, un trait de caractère que j’ai toujours du mal à accepter. Une fois ce préjugé écarté, j’ai néanmoins passé un excellent moment avec Les Fourmis. Toutefois, l’expérience s’arrêtera là : je n’éprouve pas pour l’instant l’envie de poursuivre avec les deux volets suivants, Le Jour des fourmis et La Révolution des fourmis.  

Mais je laisse à présent, comme il se doit, le dernier mot de ma rubrique littéraire à Miss P. 

Après les rats, les fourmis ! T'es sérieux là?

 

mardi 28 avril 2026

Danse macabre

 Il y a là le cliquetis des chariots roulant le long d’allées sans âme, éclairées par des néons dont la lumière crue finit par ternir une lucidité éthérée, déjà effacée par le besoin de consommer. L’hypermarché est vaste, cependant sa taille demeure raisonnablement humaine.

Au loin, la rumeur des caisses, assaillies par des hordes familiales en ce samedi après-midi, déverse sans répit sa complainte "bipale", dirons-nous. Pourtant, dans ce rayon assez large pour laisser deux caddies se croiser, j'ai l'illusion de rêver d'un autre monde, comme le chantait le groupe Téléphone en 1982, tout en flânant parmi les couvertures de la collection Terreur des éditions Pocket. Initiée en 1989 et dirigée par Patrice Duvic jusqu'en 2003, cette dernière verra les auteurs de ces œuvres finir dilués parmi les catalogues d'autres enseignes. 

Retour de vide-grenier...

Nous sommes en 1994 et j’ai tout juste 20 ans. En ce jour saturnien, j’aurais aimé venir plus tôt, mais ce poste occupé au sein d’une petite entreprise familiale sidérurgique ne cesse d’aspirer toute mon énergie. Tel un vampire aux dents d’acier, j’ai la sale impression de porter sa marque : une fragrance pestilentielle mêlant habilement le métal, l’huile de coupe et le savon des vestiaires, utilisé en vain pour tenter de se défaire des viles effluves liés à la profession. Le bâtiment n’est qu’un vaste hangar coiffé d’un toit en tôle et vêtu de béton, dont les portes restent souvent ouvertes aux quatre vents, comme l’aurait dit Subotai dans Conan le Barbare

Ainsi, la saison estivale transforme les lieux en four, avec la complicité des machines numériques poussées à leurs limites. Les mesures de protection sont quasi inexistantes ; il n’est pas rare que des copeaux brûlants, tels les vagues de l’enfer, viennent s'échouer sur ma peau, tandis que mes doigts se prennent d’une sanglante affection pour les filets métalliques extraits de la gueule bruyante de ces maudites ouvrières peintes en jaune, abeilles esclaves sous la main d’opérateurs las. 

 
L’hiver, le patron refusant d'enclencher le chauffage, malgré la fermeture des accès, le froid prend un malin plaisir à exacerber, dès 5 h du matin, son nauséabond parfum d’huile et de métal refroidi. C’était sans compter sur le bruit qui, outre le fait d’affliger mes tympans, semble traverser mon corps tout entier ; c’est sans doute en cet instant précis que mon esprit choisi de vagabonder. Si les jeux vidéo occupent depuis peu à nouveau mes pensées, avec la Mega Drive de Sega puis la PlayStation de Sony, la lecture, don précieux légué par ma mère qui fut une grande lectrice, demeure l’agent de voyage de toutes mes destinations.  
 

Bien que la fatigue, une fois la journée achevée, fasse de moi sa prostituée, me prenant au gré de ses envies, quelques pages du livre en cours viendront teindre rêves et cauchemars d’une nuit décidément trop courte. Me voici donc, niché au cœur de cette grande surface, à tenter difficilement de porter mon dévolu sur une nouvelle aventure proposée par un auteur ou une autrice jusqu’alors inconnu(e).

J’aimerais vous dire, idéalement, que le libraire du coin était ma première source d’approvisionnement, mais ce n’est malheureusement pas le cas. L’équipe antipathique alors en place dans cette enseigne dont je tairai le nom nourrissait en moi une envie de violence bien plus que verbale. Aussi, je préférais me rabattre sur ce rayon d’hypermarché, dynamiquement tenu au passage, qui me permettait d’assouvir ma soif de découverte. Après moult efforts pour exhumer certains souvenirs de cette mémoire parfois, voire souvent, défaillante, je peux affirmer que Maison hantée de Shirley Jackson fut mon tout premier « Pocket Terreur » acquis en ces lieux. 

Shirley Jackson

Je fus tout d’abord attiré par l’esthétique de ces livres aux atours teintés d’une écriture rouge sur fond noir, illustrés par divers artistes. Le bandeau, qui disparaîtra au fil des rééditions bien plus tard, accentuait la quatrième de couverture et m’aidait parfois à franchir le pas. Ainsi, cette ligne éditoriale m’a permis de découvrir nombre d’auteurs et d’autrices à côté desquels je serais sans doute passé. J'évoquais précédemment Shirley Jackson, à laquelle j’ai dédié un article. Ce premier choix porté sur cette autrice était en partie dû aux réminiscences de La Maison du diable réalisé par Robert Wise en 1963, un livre ayant terrorisé l’enfant que j’étais par les événements qu’il suggérait. Le reste ne fut qu’un enchaînement logique : la découverte des fers de lance de la collection, tels que Graham Masterton, James Herbert ou Stephen King, mais aussi d’écrivains moins célèbres comme John Pritchard avec Les Sœurs de la nuit, ou encore Graham Joyce et son L’Intercepteur de cauchemars (mettant en scène Quenotte). Bien entendu, tout ne fut pas qu’épouvante ; certains de ces romans étaient franchement mauvais, tout comme leurs illustrations de couverture, parfois peu inspirées.  

Des années se sont écoulées depuis ces lectures qui m’ont accompagné au sein de moments difficiles, où les frontières spectrales et cauchemardesques, esquissant cette ligne sourde du monde tangible, sont venues s’immiscer en certains instants de mon existence. Conservant un vif souvenir nostalgique de cette collection, je suis heureux d’avoir croisé à nouveau son chemin lors de rencontres fortuites dans les allées improvisées de divers vide-greniers. Ainsi, au fil de mes pérégrinations, j’ai réussi à retrouver quelques-unes de ces œuvres ayant charmé autant que terrifié mes pensées. 

Cet article, écrit en écoutant « Danse macabre » de Camille Saint-Saëns, est dédié à Lycia et Quenotte.

 

samedi 28 février 2026

L'ombre de la bibliothèque

 Nous sommes aux alentours de 1994‑1995. L’Auvergne est à présent derrière moi, et avec elle l’Amstrad CPC. Les relents industriels de cette ville où mes parents et moi avons migré me font amèrement regretter champs et chemins. La lumière crue de l’éclairage public en vient presque à masquer la beauté de Séléné, qui d’habitude réchauffe mon âme de ses mains éthérées et blafardes, tout comme le soleil réchauffe mes os le jour, lorsque ce dernier daigne se montrer. 

Il n’est désormais plus temps de s’intéresser aux jeux vidéo - c’est tout du moins ce qu’entonne, ou plutôt rabâche sans arrêt, la voix paternelle, après avoir vendu au rabais (pour une poignée de dollars, aurait peut‑être souligné Clint Eastwood) l’intégralité de mes souvenirs d’enfance, plastiques comme pierre. Heureusement, dans l’attente de faire main basse sur la Megadrive de Sega, l’art vient me soutenir, et sa petite voix m’indique que la lecture, cette vieille amie m’ayant déjà apporté son soutien lors de mon service militaire, sera une fois de plus source de bien‑être.

Dans la famille, mots couchés sur le papier ou croisés ont une alliée de taille : ma mère. La figure maternelle a repéré très tôt ce qui lui faisait défaut à notre arrivée : une bibliothèque fournie. Cette dernière se niche au cœur d’un château non loin du centre‑ville et, en ce samedi lourdement illustré par une grisaille aux nuages patibulaires, j’ai le loisir de l’accompagner. Indéniablement, l’édifice détient un charme.
Une fois ma voiture garée avec difficulté — les places de parking aux abords des quais se faisant rares en ce jour saturnien — nous entrons dans la bâtisse, qui laisse sur mon être une certaine empreinte. La fragrance de son parquet ancien viendra également chercher une place mémorielle au creux de mon odorat. C’est à l’accueil que cela se complique : deux figures peu amènes nous toisent avec circonspection. La colère schizophrène de l’ancien loup‑garou niché en moi (quelque part, dans le roman de Shirley Jackson, Mary Katherine Blackwood approuve) préfère laisser l’avenante figure maternelle s’occuper de ce détail, me permettant ainsi embrasser les rayons dédiés au genre fantastique. 

Les étagères, à l’aspect moderne, détonnent un peu avec le reste du bâtiment ; cependant, un petit salon agencé avec goût non loin de là, et agrémenté d’un tapis, adoucit quelque peu cette fausse note. Une pièce à l’imposante porte laissée entrouverte, interdite au public, fait état d’une réserve d’ouvrages reposant sous la morne lumière d’une fenêtre aveugle, sans doute dans l’attente d’être aptes à rejoindre les diverses sections. Une fois les inscriptions terminées, ma mère se retrouve bien vite absorbée par son genre de prédilection : le thriller. Quant à moi, j’ai déjà trouvé mon bonheur avec l’adaptation littéraire du film de Ridley Scott, Alien, mais aussi avec l’œuvre de Joseph Sheridan Le Fanu, Carmilla, ici dans la collection « Présence du fantastique » de l’éditeur Denoël. 

 Il s’agit en réalité d’une nouvelle, dont voici la quatrième de couverture : « Il était une fois une jeune fille qui s’ennuyait un peu en compagnie de son père dans un château de Styrie. Jusqu’à l’arrivée accidentelle de Carmilla, pour qui Laura éprouve aussitôt une amitié trouble, faite d’attirance sensuelle et du sentiment qu’il existe entre elles des liens mystérieux. Mais qui est Carmilla ? Comment se fait‑il qu’elle ressemble étrangement à la jeune femme qui hantait jadis les cauchemars de Laura ? Et qu’à mesure que celle‑ci dépérit, le teint de Carmilla prenne “un velouté et un éclat particuliers” ? »

En cet instant, je ne connais rien de l’auteur irlandais (1814‑1873), mais très vite, lors des premières pages, je me vois absorbé par son élégance et sa poésie, ici traduites par Alain Dorémieux. Le récit est court donc, suivi de trois nouvelles que je suis en train de relire actuellement, mais il marquera à jamais mon esprit. Des années plus tard, au détour d’un vide‑grenier, mon regard croisera celui de la jeune comtesse de Karnstein, originaire de Styrie. Ainsi, pour une somme modique, nous voici à nouveau réunis, sous la coupe d' une nouvelle traduction effectuée par Jacques Papy, ayant déjà œuvré sur les écrits du maître de Providence, H. P. Lovecraft.

 Depuis, le livre de Joseph Sheridan Le Fanu a connu bien des éditions, y compris sous forme de bande dessinée, avec les illustrations de Pascal Croci, dont j’ai beaucoup apprécié le dessin. Et puis, poussé par la nostalgie de ces instants passés à fouler le sol de cette bibliothèque avec ma mère, j’ai également pu remettre la main sur l’édition m’ayant fait connaître cet élégant roman gothique, laissant ainsi Carmilla venir esquisser un portrait sanguin d’une partie de mes souvenirs.


dimanche 5 octobre 2025

Retour vers le passé

 Ben Mears est écrivain, ses œuvres rencontrent un certain succès. Mais pour son nouvel ouvrage en préparation il a en tête un sujet bien particulier ayant trait à un souvenir peu agréable. Ainsi, c’est hanté par le souvenir de sa femme décédée lors d’un accident de moto dont il était le conducteur qu’il revient sur les traces de son enfance passée à Jerusalem’s Lot située dans le Maine, Salem pour les habitants du coin. 

La petite bourgade qu’il a connu jadis n’a pas réellement changé si ce n’est quelques passages inhérents au temps œuvrant impassiblement. Mais si il y a une chose immuable à Salem c’est cette imposante maison située dans les hauteurs, Marsten house, qui semble régir la ville tel un pesant monarque ombragé. Il s’y est d’ailleurs passé d’horribles évènements liés à son ancien propriétaire, Hubert Marsten, un homme peu recommandable ayant mené quelques obscures transactions avec le crime organisé. Cette fois-ci cependant, la demeure désormais abandonnée attire en son sein un autre genre de mal.

Salem fait partie de mes livres de chevet que je relis au moins une fois par an environ, un peu comme si j’effectuais un pèlerinage.  La plupart le considère en tant qu'œuvre mineure de Stephen King mais pour ma part, sa simplicité et efficacité font de ce roman un incontournable de l’écrivain. Encore une fois, c’est grâce à la collection Pocket Terreur que j’ai découvert cette énième œuvre du maître et, en réalité, Salem m’a également permis de lever le voile sur ce qui sera un autre roman de prédilection pour moi: The Haunting of Hill House écrit par Shirley Jackson. La maison de Hugh Crain a inspiré Stephen King pour Martsen House et l'aura de la tragique histoire d'Eléanor transparaîtra quelque peu dans le téléfilm Rose Red des années plus tard.

Traits communs aux romans de Stephen King en général, c’est sa capacité à dépeindre la vie habituelle d’une petite ville, l'existence de personnes que l’on est peut-être à même de croiser  un jour ou l’autre. Si Marsten House est le phare ténébreux de Salem, les maisons abritent, elles, les zones d’ombres de ses habitants. Ainsi le mal nouvellement arrivé à Jerusalem’s Lot se nourrit également des ténèbres divisées en poches. Si ces derniers mots se veulent maladroit, vous avez certainement compris mon propos! 

Depuis quelques années, outre les rééditions poches, l’œuvre datant de 1975 (tout de même!), s’est vue déclinée en divers formats dont une proposant des segments retirés de l’édition originale et agrémentée de quelques photos d’artistes sans oublier deux nouvelles affiliées à un recueil datant lui aussi de quelques années. Si vous n’avez jamais lu Salem, il peut-être intéressant de faire l’acquisition de cette dernière mais je dois avouer que les passages « coupés » n’apportent rien de réellement pertinent au manuscrit édité. Pour ma part, je possède une édition France Moisir, euh France Loisirs pardon, celle dotée des nouvelles et passages coupés ainsi qu’une de la collection Pocket Terreur. 

Côté adaptation cinématographiques ou plutôt télévisuelles, on ne peut pas dire que Salem ait eu beaucoup de chance avec, à ma connaissance, trois œuvres qui se rejoignent sur un plan: L’échec à cerner le matériel de base. Enfin, je m’avance un peu en disant cela car en réalité je n’en ai vu que deux: La version de Tobe Hooper (1979) avec David Soul dans le rôle de Ben Mears et celle datant de 2004 mettant en scène Rutger Hauer, Donald Sutherland ainsi que Rob Lowe pour y incarner l’écrivain. Je n’ai été emballé par aucune des deux. N’étant pas abonné à la plateforme de streaming Netflix, il me sera impossible de vous donner un avis concret sur la dernière adaptation en date cependant, après avoir vu maints extraits et recueilli divers avis…. Cela ne me donne clairement pas envie de le voir. J’ai volontairement passé sous silence  Les enfants de Salem (1987) qui se veut une libre suite du roman original. 

La fin de l’article fait désormais place à la confidence. Actuellement, je vis dans une maison quelque peu similaire à Marsten house, dont je ne suis pas le propriétaire. Oh, elle est bien plus modeste en taille mais n’envie certainement rien à sa silhouette vétuste! Nous y avons froid l’hiver avec ma fille et les combles inaccessibles sont sûrement occupées par quelques esprits discrets, certainement plus que les silhouettes maléfiques de Kurt Barlow et Richard Straker. Néanmoins, ses escaliers particuliers me font parfois penser à ceux empruntés par le jeune Benjamin Mears… et j’ose espérer qu’une fois les marches gravies, je n’y verrai pas le fantôme d’Hubert Marsten.

mardi 8 juillet 2025

Ra(t)diations

 Cela devait bien arriver. J’entends par là ma fin de lecture concernant la trilogie des rats initiée par James Herbert en 1974 tout autant que l’avènement de l’arme nucléaire dans ce troisième et dernier tome édité en 1984: "L'empire des rats" ("Domain" dans la langue d'Albion). Londres a été balayée par les bombes, en témoigne les quelques existences décrites par l’auteur britannique au début de son œuvre qui se voient anéanties en une poignée de minutes. Quelques pages plus tard, nous suivrons les pas d’un pilote d’hélicoptère, Steve Culver, et d’un fonctionnaire du gouvernement devenu momentanément aveugle en regardant brièvement l’éclair nucléaire. Tant bien que mal, parmi une foule en proie à la panique, Culver guidé par Alex Dealey trouvera l’entrée d’un abri secret gouvernemental mais les deux hommes devront composer sur le chemin avec les rats mutants des deux premiers tomes tapis dans l’ombre. 

Si le livre est essentiellement centré sur Steve Culver, une poignée de survivants gravitera autour de lui notamment Kate, une jeune femme sauvée des rats par Culver sur le chemin menant à l’abri dans l’obscurité du métro londonien. Autant le dire tout de suite, il s'agit du volet de la trilogie que j’ai le moins apprécié. C’est sans doute parce que j'y ai retrouvé les ingrédients qui font que j’ai toujours eu un peu de mal avec le style de James Herbert par la suite, notamment avec « Sanctuaire » (oui encore lui). Cependant, ne vous méprenez pas, j’ai toujours eu une grande admiration et un profond respect pour l’auteur britannique qui, au même titre que ses pairs, se voyait être le fer de lance de la collection Pocket Terreur (oui, là aussi, encore elle).

Ce que je reproche à ce volet sans doute le plus ambitieux de la trilogie c' est sa lenteur, sa lourdeur dans le déroulement des faits et même parfois, souvent même, l’action. Si la bande des survivants de l’abri apporte un intérêt réel au déroulement de cette aventure post apocalyptique, certains portraits collatéraux s’avéraient peut-être dispensables bien que la place occupée par ces derniers n’est pas très importante. De même, si ils sont toujours autant redoutables, l’impression que les rongeurs antagonistes passent quelque peu au second plan malgré leurs attaques qui s’emballent vers la fin du roman m'a étreinte tout au long du récit. Si il y a bien un bref pan concernant l'évolution de l’espèce là aussi en fin de roman, elle ressemble, pour ma part, un peu à un pétard mouillé.

 De ce fait, j’ai donc plus apprécié les deux premiers volets où les rongeurs occupaient la place principale, de manière simple et efficace. D’ailleurs j’aurais très bien vu les rats de James Herbert adaptés dans un épisode de la série « The X-files » que j’affectionnais tant en son époque (tout du moins les premières saisons). Quoiqu’il en soit, j’ai été très heureux de pouvoir enfin lire la trilogie de James Herbert manquée à l’époque de sa publication dans la collection dirigée par Patrice Duvic en son temps. Si par hasard l’envie de découvrir les rongeurs de Sir Herbert venait à vous saisir, je vous conseillerais tout de même la lecture des trois tomes même si ce dernier roman n'a pas réellement de liens solides avec les deux premiers.

dimanche 25 mai 2025

Demain les rats

 En 1979 j’ai cinq ans et à cette date  paraît « Le repaire des rats » (" Lair " pour son titre original)  de James Herbert auteur de « Les rats » (" The Rats " en Albion) sorti en 1974, roman dont je vous parlais déjà ici. Cinq ans après, l’auteur britannique remet le couvert avec cette suite où les rongeurs mutants refont surface malgré leur supposée éradication dans le premier volet. Harris, protagoniste du premier roman cédera ici place à Lucas Pender employé d’une société de dératisation qui, sans trop essayer de trahir l’intrigue, à quelque passif avec les bêtes qu’il affronte.

Les rues de Londres semblent désormais tranquilles, se remettant péniblement du traumatisme vécu suite à l’invasion des rats quatre ans auparavant. Cette fois-ci, les évènements se dérouleront au cœur de la forêt d’Epping située au sud-est de l’Angleterre, un district qui englobe également quelques villages. Les signes sont timides, un agriculteur va relever des traces d’infractions aux alentours, le cheval d’un cavalier va paniquer en pleine ballade alors que des buissons s’agitent et surtout une éducatrice d’un centre de la forêt, Jenny, va apercevoir l’un des rongeurs lors d'une visite scolaire. La preuve définitive survient lorsque Pender et la jeune femme découvrent les restes d’une famille d’Hermine victime d’une attaque violente. 

James Herbert (1943 - 2013)

A partir de là, alors que les pouvoirs en place refusent de voir l’évidence, tout bascule et… je vais m’arrêter avant de trop en dire! Avec cette suite, l’écrivain britannique étoffe sa saga si je puis dire. Les attaques s'offrent quelques détails un peu plus « sanglants », les rapports humains de… toutes sortes allons nous dire, prennent également place. J’ai l’impression d’avoir retrouvé certains éléments qui deviendront, à mes yeux de lecteurs, les travers de son roman « Sanctuaire ». Rien de rédhibitoire cependant, le roman est très agréable à lire, l’action y est  lisible, sans lourdeur, ce qui n’est pas un exercice aisé à mon sens. Lors de mes recherches concernant les autres œuvres du romancier j'ai été surpris de découvrir hormis une adaptation ratée du premier roman, sa transposition en jeu vidéo sur Commodore 64 et Spectrum en 1985 sous forme d'aventure texte. L' Amstrad cpc n'en a pas bénéficié. Je n'ai pas essayé le soft, je ne peux donc m'avancer sur sa qualité. Un jour peut-être, si la patience se fait compagne, me lancerai-je dans cette aventure horrifique. 

Source: Mobygames.com

Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup apprécié « Le repaire des rats » qui fait partie des romans fer de lance de la défunte collection Pocket Terreur pour laquelle j’ai une affection particulière, collection dirigée par Patrice Duvic en son époque. L’histoire de ces rongeurs mutants m’ont poussé un peu plus vers la documentation quant aux différentes espèces côtoyant, dans l’ombre et parfois la lumière, l’être humain. Leurs habitudes, mode de vie qui s’adapte aux aléas des activités humaines m’ont fait prendre conscience qu’au même titre que les insectes, les rats nous survivront (sans Jean-Pierre François). Dans un futur à l'échéance inconnue, demain les rats. Ah, Miss P. m'indique qu'elle souhaite, comme à son habitude, clore cet article lecture.

C'est "ratversant"!
 

samedi 5 avril 2025

Les lions d' Eleanor

  1995/1996. Je marche… beaucoup… pour échapper aux ombres de l’esprit qui se meuvent en périphérie de mes humeurs. Cette marche ou « crève » a pour elle de me faire découvrir des ruelles à l’existence insoupçonnée. La dame pâle qui me hante depuis mon enfance me protège en murmurant à mon instinct de survie, par ses complaintes inaudibles sur ce plan, d’éviter certains recoins nauséabonds violentés par les hommes, de cette ville industrielle où je réside alors.

En ce dimanche impitoyable (J.R Ewing aurait remplacé le jour dominical par univers), me renvoyant aux instants nostalgiques passés devant mon Amstrad cpc, ce pont de bitume semblable à un arc-en-ciel monochrome me mène tout droit vers une « anomalie » architecturale. Elle est là, debout, sous la grisaille, encadrée par deux habitations pour qui l’originalité est un luxe inaccessible. Il y a tout d’abord cette grille en fer forgé (tout du moins c’est ce que mon expérience inexistante en ce domaine qu’est la métallurgie me souffle) que le temps n’a pas épargné. Les murets effrités soutenant à bout de pierre ses supports brouillent les pistes de ma perception.

L'idée est là...

Au-delà de cette barrière à la gloire passée, s’étend un petit chemin dont les gravillons se voient bousculés par quelques herbes folles. Le règne de cette verdure sans maître s’arrête face à quelques marches où pierres et béton forment un patchwork dissonant. Ces dernières mèneront mon regard sous ce porche dont les piliers, jadis colorés par une teinte bleu pastel, se veulent désormais fissurés. Mais la vedette de cette ensemble, outre son toit rappelant quelque peu le manoir de la famille Addams, est bien cette petite tourelle se dressant fièrement à gauche de l’édifice, à moins que ce ne soit cette fenêtre en forme d’œil de bœuf à l’étage. 

En cet instant je m’imagine déjà à l’intérieur, scrutant par cette élégante fenêtre les passants importuns qui oseraient jeter un regard par-dessus le muret. Le panneau « à vendre », cible des intempéries solidement accroché à la porte d’entrée prend l’allure d’un gardien que l’on ne peut soudoyer, mettant un terme à ma rêverie. De plus mes jambes crient grâce et il est temps pour moi de retrouver cette chambre que j’occupe alors chez mes parents. Poussé par la fatigue physique, peut-être trouverais-je le sommeil qui me fera ainsi oublier ce futur lundi me voyant reprendre mon poste dans cette usine, face à ces machines assourdissantes aux copeaux métalliques dévoreurs de chair.

Quoiqu’il en soit, le salaire obtenu par mon être physique, ma psyché ne ratant pas l’occasion de se faire la malle dès qu’elle en a l’occasion, me permet d’acheter des livres. J’aimerais vous dire que je déniche les différents auteurs qui composent la collection « terreur » de chez « Pocket » au cœur des rayons d’un obscur libraire en centre-ville mais il en n’est rien. C’est sous les néons à la lumière crue de l’hypermarché local, au détour d’un panier de course, que je flâne parmi les couvertures noires à l’écriture rouge. Le moins que l’on puisse dire c’est que le rayon est fourni, trop même pour mon esprit qui ne sait plus où… donner de la tête. Pourtant, ce dernier jettera son dévolu sur l’une d’elles : « Maison hantée » écrit par Shirley Jackson

Lorsqu'on aime on ne compte pas paraît-il...

Étrange, ce nom trouve quelque résonance en moi. En lisant la quatrième de couverture, le souvenir remonte par-delà les brumes de l’oubli… Mais oui… Souviens-toi (pas l’été dernier)… « La maison du diable » réalisé par Robert Wise en 1963… tu faisais semblant de dormir sur le canapé… et te voilà terrorisé! Il ne m’en faut pas plus pour saisir cette chance de découvrir le roman original ayant inspiré le long-métrage m’ayant tant effrayé enfant. 

En voici le résumé: Le Dr Montague, versé dans le domaine de la parapsychologie, réunit trois personnes  au cœur d’une ancienne bâtisse ayant la réputation d’être hantée: Hill House construite jadis d’après les plans de Hugh Crain, un riche propriétaire terrien. Si Eleanor et Théodora présentent, différemment, une sensibilité au paranormal, Luke fait partie du groupe uniquement parce que sa tante, désormais héritière de Hill House, a souhaité qu’un membre de sa famille s’assure du bon déroulement des évènements.

Au fur et à mesure que le séjour se déroule, Hill House accentue son emprise sur Eleanor. Je n’en dirai pas plus si d’aventure vous n’aviez jamais lu ce fantastique classique. Oui, je m’emporte un peu, beaucoup même, mais cette rencontre avec Shirley Jackson au travers de ce roman a littéralement bouleversé mon monde littéraire et d’une certaine manière une partie de ma vie. Si La maison est incontestablement l’entité principale du roman, ce sont bien les états d’âme d’Eleanor qui nous guideront le long de ces lignes. Alors que la fatigue s'empreint à m'extirper de ma lecture, je résiste (peut-être afin de prouver que j'existe), impossible pour moi de m'arrêter (malgré les demandes d'un certain homme politique). A maints égards, je me suis senti proche de la jeune femme alors que cette dernière accuse la perte de sa mère et doit batailler avec sa sœur pour emprunter la voiture commune le temps du séjour. 

Drapée dans son manteau ténébreux, Hill House attend...

Alors que les kilomètres défilent, un peu à la manière de Marion Crane dans Psychose, je me suis parfois presque senti au côté d’ Eleanor qui se met à rêver de trouver ne serait-ce qu’une modeste maison comme celle qu’elle vient de croiser, avec ses deux lions de pierre, au détour d’un chemin. La demeure de Hugh Crain ne sera d’ailleurs qu'un leurre et Eleanor devra se débattre non seulement avec ses pensées mais également avec le regard des autres. 

Je l’évoquais lors des quelques lignes précédentes, le roman de Dame Jackson a été adapté par trois fois en tout sur le grand et petit écran. Tout d’abord avec « La maison du diable » (offrant au passage une légère modification intéressante), pour son titre français, de Robert Wise avec Julie Harris dans le rôle d’ Eleanor puis en 1999 sous la caméra de Jan de Bont avec Lily Taylor, Liam Neeson, Catherine Zeta Jones et Olwen Willson sous le titre Hantise. Je n’ai d’ailleurs pas du tout apprécié ce remake  faisant figure de « Train fantôme qui tâche » avec ses effets spéciaux grossiers. Je me souviens nettement de ce dimanche après-midi, plongé dans les ténèbres du cinéma local, mes yeux animés par la déception alors que je souhaitais  absolument voir le film dès sa sortie. 

Taken avec Liam Neeson... euh pardon Hantise!

La troisième adaptation nous viendra d’une plateforme de streaming tendance, sous forme de série en 2018, et sera une excellente surprise au final avec Thimoty Hutton. Enfin, même si elle n’est pas une adaptation directe, "Rose Red" de Stephen king sera un formidable hommage à l’œuvre originelle, parsemée de clins d’œil. D’ailleurs l’auteur a toujours clamé que « The haunting of Hill House » est le meilleur roman fantastique de ces cent dernières années et il en utilise les premières ligne en abordant « Salem » (un autre excellent roman à mes yeux).

Un très bel hommage

Ce que je regrette le plus c’est sans doute l’absence d’une édition digne de ce nom pour « The Haunting of Hill House » en France, l’œuvre devant se contenter uniquement du format poche. Néanmoins, son passage de « Pocket/terreur » à « Rivages/noir » nous a permis de bénéficier d’une révision de sa traduction initiale, révision opérée par Fabienne Duvigneau. Quoiqu’il en soit, si vous décidez de franchir le pas et peut-être découvrir « Maison hantée » de Shirley Jackson, peu importe l’édition choisie (sachant que la première, « Pocket » donc, est désormais plus difficile à trouver, je ne parle même pas de celle du « Masque fantastique »). Toutes vous permettront d’accompagner Eleanor dans cet éprouvant séjour.

Une édition à un prix décent svp...

« Aucun organisme vivant ne peut demeurer sain dans un état de réalité absolue. Même les alouettes et les sauterelles rêvent, semble-t-il. Mais Hill House, seule et maladive, se dressait depuis quatre-vingts ans à flanc de colline, abritant en son sein des ténèbres éternelles…/… Ce qui déambulait ici, scellé dans le bois et la pierre, errait en solitaire. »

Shirley Jackson – The Haunting of Hill House

 

 Ah mince, j'allais oublier la conclusion de Miss.P:

Et mes croquettes alors?
 

mercredi 12 mars 2025

James contre les rats

 51 ans c’est l’ âge du roman de James Herbert, 51 ans est également l’âge que j’atteindrai d’ici quelques mois, ce qui veut donc dire que le récit de l’auteur britannique né en  1943 et décédé en 2013 a été édité l’année de ma naissance. Il m’aura fallu attendre tout ce temps avant de découvrir ce premier livre de James Herbert dont j’avais croisé la couverture lors des années actives de la collection « Terreur » chez Pocket dirigée alors par Patrice Duvic, une collection pour laquelle j’ai beaucoup d’affection.  J’ai également pas mal de très bons souvenirs lecture avec cette dernière et quelques-uns dont l’aura m’a laissé dubitatif. Au même titre que Graham Masterton, James Herbert faisait partie des fers de lance de la collection « Terreur ».

Lors de ma découverte de cette collection, « Sanctuaire » racontant l’histoire d’une jeune fille sous l’emprise d’une force inconnue, ne m’avait pas réellement plu. Après cette expérience, je n’ai alors pas eu l’occasion de me plonger au cœur des autres roman de l’écrivain. C’était sans compter ma rencontre fortuite avec un rat, au détour de l’une de mes ballades appuyée par un soleil généreux. Bien que cette dernière fut très courte, le rongeur se dressant sur ses pattes arrière, m’observant en humant l’air avant de détaler afin de se soustraire à ma présence, cet instant suffit à me rappeler l’existence de ce roman que je n’avais donc jamais lu. 

Quelques semaines plus tard, le souvenir a fait son chemin, se frayant un passage vers mon souhait de découvrir enfin ce terrifiant récit de l’auteur. Dans ces lignes qui se passent à Londres, un jeune professeur de dessin, Harris, se voit bientôt confronté à des rats d’une espèce exotique. Ceux-ci semblent différents de leurs congénères qui peuplent, dans l’ombre, nos villes et environnements ruraux. Les animaux présentent une taille importante (environ celle d’un chien moyen) et surtout ils n’ont aucunement peur de l’homme allant jusqu’à toiser ce dernier, le poursuivre même afin de se repaître de sa chair suite à un événement que je ne dévoilerai pas ici afin de ne pas gâcher la découverte.

Contrairement à « Sanctuaire » je trouve ici que les évènements s’enchaînant à un rythme assez soutenu ne laissent aucune place à l’ennui. Ce qui n’empêche pas à  chaque personnage rencontré,  ancré dans le récit ou appelé à succomber, d’avoir sa part d’existence, de souvenirs. L’auteur restitue également quelques informations concernant les espèces communes que nous sommes à même de rencontrer parfois et même si j’ai appris certains détails à leur sujet, quelques éléments supplémentaires auraient été les bienvenus. Cependant, c’est ça aussi la découverte d’un roman, selon le sujet, on peut être amené à souhaiter en savoir plus nous poussant en ce cas à aller vers des sources d’informations un peu plus détaillées. Qui plus est, en 1974, point d’Internet. Les encyclopédies étaient certes riches en informations mais il faut avouer que la toile est un outil très pratique de nos jours pour avoir certains éléments plus facilement et actualisés au fil du temps. 


Quoiqu’il en soit, avec son style simple et efficace, James Herbert nous livre ici un premier excellent roman. Je regrette juste de l’avoir découvert aussi tard. Mais l’histoire avec les rongeurs n’est pas terminée puisqu’il s’agit d’une trilogie. Me reste à découvrir « Le repaire des rats » (1979) et « L’empire des rats » (1984). Il me faudra faire preuve de patience afin de les trouver à un prix décent dans le sens ou désormais, les livres de la collection « Terreur » de chez pocket semblent malheureusement emprunter le chemin de l’inflation, un peu comme pour les Amstrad cpc.

Mais, comme à chaque article lecture, je laisse le mot de la fin à Miss P.

Encore une histoire avec des rats... pffff

samedi 22 février 2025

Fahrenheit 451

  Guy Montag est pompier mais pas de ceux qui éteignent les incendies. Non, dans ce future dystopique imaginé par Ray Bradbury, les livres sont sources de corruption de l’esprit, pire encore il favoriserait le libre arbitre et la connaissance. Pour remédier à ce danger, l’unité de pompiers dont fait partie le personnage principal a pour vocation de brûler tout ouvrage découvert chez un habitant. En général, cette découverte fait suite à une dénonciation. 

Un livre qui chauffe...

Pourtant, un soir, alors qu’un appel destiné à son unité retenti, Montag va éprouver un choc, celui de la réflexion à travers un signe, quelques lignes tout au plus et surtout cette femme qui refuse d’abandonner sa bibliothèque. A partir de là, rien ne va plus, sa situation maritale allant même jusqu’à être remise en question d’autant que son épouse Mildred est définitivement ancrée dans cette société où les écrans sont rois. Mais n’est-ce pas  plutôt cette discussion impromptue avec sa jeune voisine, Clarisse, qui n’aurait pas, il y a quelques jours déjà, semé le doute en son esprit?

Comme je vous le disais lors de ma vidéo présentant une partie de mon humble bibliothèque, Fahrenheit 451 (température à laquelle un livre s’enflamme et se consume) faisait partie depuis longue date de ma pile à lire. Le roman étant au programme de 3ème au collège, classe dans laquelle ma fille évolue lors de l’écriture de cet article, je me suis enfin décidé à le lire. 

"- Vous arrive-t-il de lire les livres que vous brûlez?"

Il éclata de rire. "C'est contre la loi!

- Ah oui, c'est vrai.

Discussion entre Clarisse et Guy Montag

Pour tout vous avouer, je n’ai jamais rien lu de Ray Bradbury (1920 – 2012), pas même « Chroniques Martiennes » dont j’avais pourtant croisé la couverture étant plus jeune. Habituellement, je ne suis pas très versé dans le domaine de la science-fiction ce qui ne m’empêchent pas d’être interpellé par certaines œuvres. La sombre dystopie de Fahrenheit 451 en faisait partie mais j’avoue avoir été quelque peu déçu dès lors que les derniers mots fuyaient mon regard. J’aurais souhaité que l’auteur aille un peu plus loin dans ses propos alors qu’un sombre pan de la seconde guerre mondiale plane sur le sort destiné aux livres tout au long du récit.

Pourtant, cette sombre aura s’accentue avec la menace d’un conflit atomique en arrière plan. Mais je n’en dit pas plus si jamais vous souhaiteriez découvrir l’œuvre de Ray Bradbury. Le roman s’est également vu adapté au cinéma sous la caméra de François Truffaut mais je n’ai jamais eu l’occasion de le voir… Un jour peut-être même si je ne suis pas très emballé. Quoiqu’il en soit, ne vous méprenez pas, Fahrenheit 451 (écrit en 1955) reste un classique du genre, très agréable à lire, qui mérite d’être lu.

Mais je laisse le mot de la fin à Miss P.

Hein, quoi, mes croquettes brulent??!!!!

vendredi 10 janvier 2025

Les rêves de David

 Bien que le titre fasse vaguement écho à une chanson des années 80, il n'en est rien. La confusion aurait été de mise si le protagoniste principal du livre (dont vous n’êtes pas ici le héros) s’était appelé Eric et encore plus si il vivait au cœur des États-Unis. 

Dans ce premier tome des contrées du rêve écrit par Brian Lumley en 1989 puis réédité chez Pocket en 1998, David Hero est illustrateur. Dans son grenier reconverti en atelier d’artiste, le soleil naissant éclaire sa dernière toile. Cette morne cité récemment peinte, lui rappelle vaguement quelque chose. Des noms concernant les différentes contrées prenant vie sous ses pinceaux lui viennent en tête, comme si il s’agissait de lieux déjà visités. 

Bientôt tout s’accélère alors qu’il entreprend une ballade aux alentours du château d’Édimbourg. Les aléas de sa promenade le mène jusqu’à la conférence d’un psychologue expert dans le domaine du rêve: Léonard Dingle… étrange, ce nom lui semble familier. Au fil de la conférence, le spécialiste évoque bientôt des noms qui éveille ou plutôt réveille la conscience de David Hero: Célephais, Ulthar etc…  

Une fois la conférence terminée, le jeune artiste approche le psychologue, entamant une conversation qui les mèneront à l’évidence: les deux hommes se connaissent mais pas ici, j’entends par là le monde éveillé. Non, en réalité Léonard Dingle doit une fière chandelle à David, ce dernier l’ayant sauvé in extremis d’un mauvais pas dans le monde des songes. Alors en route vers l’atelier du peintre dans la voiture du professeur, un accident se produit, projetant nos deux aventuriers, l’un connu sous le nom de Eldin (Léonard Dingle),  au cœur des contrées du rêve où l’ombre des souvenirs d’entités Lovecraftiennes planent, où les spectres décharnés ne sont que l’un des dangers innombrables reflétés par ces territoires inconnus. 

C’est vers la fin des années 90 que je découvre Brian Lumley (1937 – 2024) auteur, entre autre, de la saga « Nécroscope » et du cycle de « Titus Crow ». A cette époque je n’ai de cesse de vouloir découvrir des auteurs plutôt orientés « fantastique ». C’est aidé par les collections « Terreur » et « Dark Fantasy » de l’éditeur Pocket que ma soif sera étanchée. En toute honnêteté ce sont dans un premier temps les couvertures qui m’attirent, ces dernières mettant en avant le travail d’illustrateurs confirmés ou non. Bien souvent, pour la partie « dark fantasy », il s’agit des œuvres de Wojciech Siudmak. Détails que j’apprécie par-dessus tout, c’est la possibilité de retrouver l’illustration, sous forme de carte rigide, en première page. Ces dernières disparaîtront définitivement lorsque l’éditeur procédera à de nouvelles éditions quelques temps plus tard.

Mais revenons à Brian Lumley. En réalité, hormis son cycle de « La terre des rêves » comprenant trois tomes, "Le héros des rêves", "Le vaisseau des rêves" et "La lune des rêves", je ne connais que très peu l’auteur. A ce que j’en sais, il s’était auto-proclamé fils spirituel de H.P Lovecraft s’affirmant également continuateur de l’œuvre du maître de Providence. Même sans connaître ce dernier détails, il est assez aisé de repérer ces points avec les différentes références revenant relativement souvent dans les contrées du rêve. Étrangement, la description de Eldin s’est associée au souvenir de mon professeur d’allemand au collège. Dès lors impossible de dissocier les deux hommes!

Actuellement il me manque un seul tome du cycle: « La lune des rêves ». Je l’ai lu il y a quelques années déjà et m’en souviens peu à vrai dire mais j’ai eu le bonheur de relire les deux premiers récemment retrouvés. Il existe une édition assez imposante éditée par Mnémos (épuisée depuis) reprenant l’intégralité des trois tomes mais je lui préfère les anciennes éditions poches, ces dernières restituant un certain charme et nostalgie. Ce que j’apprécie chez l’auteur c’est sans doute sa simplicité avec son style direct, laissant pleinement place à l’aventure. On s’attache assez vite aux deux protagonistes au fil de leurs pérégrinations emplies de mille dangers. Si vous connaissez déjà les écrits de H.P Lovecraft, il est assez aisé de se repérer dans ces contrées éthérées où tout s’avère possible.

Malgré le léger pincement au cœur ressenti lorsque l’on termine le dernier tome (c’est un peu le cas pour quasiment  tous les livres rencontrés sur mon chemin), on se dit qu’au final c’est peut-être mieux ainsi avant que l'aventure ne s'essouffle et ne fasse place à une morne lassitude.

En attendant de remettre la main sur le dernier tome des aventures de David Hero (peut-être trône-t-il dans le hall de Medievil désormais), si vous avez envie de vous aventurez dans les contrées du rêves, je ne peux que vous conseiller l’œuvre de Brian Lumley. Il faudra d’ailleurs que je me plonge un jour dans « Nécroscope » qui se détache de l’univers d'H.P Lovecraft, révélant une autre facette du talent de cet auteur défunt. Afin de terminer cet article lecture comme il se doit, je laisse le mot de la fin à Miss P.

Ouais pas mal... J'aime bien le passage sur Ulthar.

 

samedi 21 décembre 2024

Les enfants de Méga

 1985/1986. L’amstrad cpc est sur le point d’arriver mais pour l’heure l’imagination de mes samedis après-midi est abreuvée par l’émission Temps X et les contes dimensionnels de Rod Serling. Il y a aussi cet épais cahier rouge Oxford dont les pages à grands carreaux sont griffonnés d’une écriture aux allures hiéroglyphiques  faisant état de personnages à peine esquissés, vivant de sombres aventures. Que cela soit par la plume d’un stylo Waterman blanc acheté au cœur du supermarché local ou d’un stylo bic, les évènements couchés sur le papier me semblent dignes des plus grands écrivains… enfin ceux que je connais tout du moins. 

Si il y a beaucoup de livres à la maison dont des classiques, le déclic viendra d’un poche offert par ma mère au détour d’un panier de courses: L’heure du rat de Gérard Moncomble. C’est d’ailleurs le seul qu’elle m’offrira à l’époque, comme si son intuition lui avait susurré que le livre serait le point d’entrée d’une nouvelle perspective… l’avenir allait lui donner raison.

Ils sont deux, deux bandes de gamins vivant en marge de la société abritée par la ville futuriste Méga: les mobs ne se déplaçant qu’en moto, les karts s’abritant dans des carcasses de voitures. Et puis il y en a une troisième, discrète mais composée de bien plus d’individus: Les rats. Peut-être moins impressionnants que ceux des romans de James Herbert, ces derniers n’en restent pas moins omniprésents et dans l’affrontement qui opposent les deux bandes rivales, les animaux pourraient sans l’ombre d’un doute faire pencher la balance si elle venait à être apprivoisée. 

Si je ne suis pas très emballé au début par la trame de fond je dois avouer qu’au fil des pages la curiosité l’emporte, appuyée par l’écriture de Gérard Moncomble permettant de suivre aisément les aventures de ces enfants rebelles. Bien que je ne dévore pas les livres comme ma mère capable de terminer un roman en une journée, j’arrive assez rapidement à la fin de « l’heure du rat ». La déception est brutale pas parce que l’œuvre m’est indifférente, loin de là, mais parce que j’avais tout simplement envie de suivre encore un peu plus les aventures des mobs et des karts!

Miss P: Les rats... sérieux?!

Depuis, ce bouquin ne m’a jamais quitté, j’y tiens beaucoup. Il a survécu à tous mes déménagements, a toujours trouvé une place de cœur en ma bibliothèque et j’en ai d’ailleurs fait la lecture sur ma chaîne secondaire « le messager des gorgones ». Si « Vendredi ou la vie sauvage » fut un autre déclic dans mon goût pour la lecture, ces rongeurs, qui ne craignent pas les humains et les toisent assis sur ses deux pattes arrières, restent à jamais gravés en mon âme de lecteur.

mercredi 11 décembre 2024

Demain les chiens

 Bien que le titre s’y prête je ne vais pas vous parler pour la énième fois de Head over Heels sur Amstrad cpc mais de lecture. L’article qui va suivre germait déjà il y a déjà quelque temps de cela et c’est le commentaire de Jack (un fidèle lecteur que je salue au passage) qui s’est chargé d’entériner ce souhait.

Non les gars, j'ai déjà parlé de vous ok?!

Si vous aussi les livres font partie de votre vie alors le terme PAL vous dira forcément quelque chose. Non il ne s’agit pas du parc situé à Dompierre-sur-Bresbe, où j’allais parfois avec mes parents dans les années 80, ni avec le film M.A.L (Mutant Aquatique en Liberté). Rien de tout ceci donc, PAL signifie Pile A Lire. Si j’évoque cette notion c’est parce que ils sont quelques-uns à peupler cette fameuse pile et récemment, j’ai enfin terminé l’un de ces livres: Demain les chiens de Clifford D. Simak

La majorité du temps mes livres sont d’occasions, très rares sont les livres neufs à résider (evil) en ma bibliothèque. Ainsi les sites et vides greniers proposant des ouvrages d’occasions font mon bonheur. C’est par ce biais que l’œuvre écrite par Clifford D. Simak s’est échouée dans cette liste.

 Paru en 1952, « City » de son titre original est en réalité un recueil de nouvelles. Peu à peu, l’être humain a cédé place aux chiens désormais doués de paroles. Ainsi, au travers de huit comptes, divers intervenants canins reconnus par leurs pairs se posent finalement cette question en introduisant ces « contes » : l’homme a t-il réellement existé? En suivant les générations de la famille Webster et leur robot Jenkins, nous retracerons à notre tour le parcours d’une certaine humanité. 

Je ne peux pas clamer être un féru absolu de science-fiction même si j’estime avoir lu quelques classiques du genre tels que « Fondation » de Isaac Asimov ou encore « Dune » de Frank Herbert. Aussi, honnêtement, lorsque j’ai abordé « Demain les chiens », ce fut sans enthousiasme débordant. Mais c’était sans compter toute la poésie, philosophie, dont fait preuve ici l’auteur. 

Difficile de m’avancer plus que cela sans en dévoiler les tenants et aboutissants. Pour ne pas trop en dire donc, il est question de ruralité, de notre place éphémère en ce monde mais également de nos entraves qu’elles soient physiques ou psychologiques, de voyages cosmiques, d’enjeux politiques et surtout existentiels. Bien sûr il faut prendre en compte le contexte, l’époque, dans lesquels ces nouvelles ont été écrites mais même sans cela j’ai dévoré l’œuvre, quasi impatient de passer au conte suivant. Bien qu'il n'y ait aucun rapport, à l'approche de ce livre, impossible de ne pas avoir une petite pensée pour celui de Pierre Boulle, "La planète des singes" édité plus tard en 1963. Pour en revenir au titre original, sa traduction me paraît tout à fait pertinente ce qui n’est pas toujours le cas. Qui plus est l’illustration de couverture ornant mon édition m’a fait découvrir un illustrateur: Bruce Pennington. Car oui, je suis aussi sensible aux illustrations de couvertures.

Miss P. n'approuve pas mon choix de lecture...

N’étant pas critique littéraire, je ne vais certainement pas me hasarder dans l’un de ces articles fleuves explorant toutes les facettes d’une œuvre pour aboutir à la psyché de son auteur. Le mieux étant de découvrir par vous même ce recueil… Car préparez vous… Demain les chiens.