vendredi 22 mai 2026

Chronique d'une mort annoncée

  Jour de Vénus - 23h59 soit moins une minute avant celui de Saturne

Je ne savais par où commencer cet article. Il y a quelque temps, sur la chaîne, j’avais publié une vidéo intitulée « The End », annonçant l’arrêt de Temps Nyx. J’avais alors été submergé par une vague de soutiens, tant de la part de mes abonnés les plus fidèles que des plus récents. Je ne vous remercierai jamais assez.

Alors que je pensais avoir fait le tour de la question, un second souffle m’a porté. J’ai poursuivi mon exploration des compilations sur Amstrad CPC, tout en m’essayant à d’autres supports rencontrés au fil de mon parcours de joueur. J’ai conservé ce ton très personnel, mélancolique, nostalgique, refusant de jouer un rôle (se résumant à brailler en permanence) ou de devenir quelqu’un d’autre simplement pour glaner des vues à tout prix ; cela n’a jamais été mon objectif.

Il faut toutefois le reconnaître : l’afflux croissant de téléspectateurs fut aussi inattendu que plaisant, flattant cette part d’ego qui réside en chacun de nous. Cette exposition m’a également valu la visite de quelques trublions, bien que leur nombre reste infime comparé à ce que l’on peut observer ailleurs.

J’ai fait de belles découvertes et des rencontres virtuelles marquantes. Je pense notamment à Génération Microsle groupe Facebook Amstradiens qui m’a soutenu dès le premier jour, ainsi qu’à Nemofox, LTF_Mike, Jack, Piment de The geek's files et à tous ces fidèles lecteurs qui ont jalonné le blog de leurs commentaires, sans oublier l'aimable invitation de Gaming des cavernes à ses lives et la collaboration avec Le vendeur de chez Scoremania à qui je souhaite le meilleur. Il y a aussi eu des participations enrichissantes, comme celle au fanzine ùCPM dirigé par David et Titi, qui m’ont accueilli à plusieurs reprises avec une grande bienveillance.

La raison de cet arrêt: une ère s'achève. Une page se tourne . Ce blog, par lequel tout a commencé, ainsi que la chaîne, m’ont permis d’exorciser certains démons du passé et de partager avec vous mes souvenirs, majoritairement liés à l’Amstrad CPC mais je préfère arrêter avant que la lassitude et le dégoût ne m'entraîne dans ses abysses (sans James Cameron). 

En écrivant ces lignes, j’ai l’étrange impression de me retrouver face au numéro 49 d’Amstrad Cent Pour Cent, ce numéro d’adieu emblématique. Soyons clairs : je suis loin de me considérer comme un journaliste, ni écrivain, très loin de là... 

Et maintenant, quelle est la suite ? Le blog passera d’abord en mode privé d'ici quelques jours (EDIT : ce ne sera pas le cas, il restera en l'état), tout comme l’intégralité de la chaîne (EDIT : La chaîne restera publique suite à vos souhaits). Puis, Temps Nyx se consumera tel un vaisseau à la dérive dans les méandres du cosmos, croisant peut-être le chemin d' Ulysse en prise avec les Dieux,  ne laissant derrière lui que quelques souvenirs résiduels épars.

Ce fut une magnifique odyssée créative, une expérience inoubliable d'écriture, mais il est temps pour moi de passer à autre chose sans aucun rapport ni avec l'Amstrad cpc, ni avec le jeu vidéo même si je conserverai à jamais une part de nostalgie pour cette époque révolue… cependant, elle est désormais derrière moi et comme j'aime à le dire souvent, je ne suis qu'un passager du temps. Ere Informatique sait de quoi je parle.

Avant de refermer ce dernier chapitre, il me semble essentiel de vous adresser un ultime message, et pas des moindres : MERCI

EDIT du 28/05/2026: Bonjour à toutes et tous. Merci pour tous vos commentaires qui me touchent beaucoup. Suite à vos souhaits, la chaîne et le blog resteront en mode publique mais plus rien de nouveau ne sera posté.


Here I go now
Here I go into new days

I'm pain, I'm hope, I'm suffer 

And I went on down that road 

Just as soon as I belong
Then it's time I disappear

I'm gone
 

Metallica - I disappear 


samedi 9 mai 2026

Adieu Gordan : quand une part de notre enfance s’envole avec Morox

  Il était l’un de mes héros de cœur, ceux que j’admirais le mercredi après-midi dans l’émission Récré A2 sur la seconde chaîne au tout début des années 80, avant qu’elle ne devienne France 2 bien plus tard. Kenji Oba, qui incarnait Gordan alias X-OR, nous a quittés ce mois de mai 2026. Il est parti à jamais combattre les C-Rex avec son laséro-lame aux commandes de Morox, son vaisseau se transformant en dragon, qui me faisait tant envie lorsque j’étais enfant.

Kenji Oba - 1955 - 2026

Bimmy (incarnée par Wakiko Kano), sa fidèle alliée capable de se métamorphoser en oiseau, poursuit sans doute le combat quelque part dans ce segment temporel ; celui-là même où, enfant, je m’évertuais dans la cour de récréation, le lendemain des épisodes, à imiter la transmutation de Gordan en X-OR. 

L’épisode qui m’a le plus marqué, dont j’ai oublié le titre faute de l’avoir revu, est sans doute celui où l’un des C-Rex joue de la flûte traversière sous l’astre argenté. Il y envoûtait les élèves d’une école pour les dresser contre le shérif de l'espace. 

Bimmy

Pour beaucoup d’entre nous, c’est toute une part de notre enfance qui s’éteint. Merci pour tout, Kenji Oba, oui merci de nous avoir fait vibrer lors de ces rendez-vous télévisuels intense en émotions. Reposez en paix.  

mercredi 6 mai 2026

56e

 Nous sommes au tout début des années 80. Dans le vaste champ jouxtant la demeure familiale, le soleil matinal m’incite à sortir. La journée s’annonce caniculaire ; je profite donc des environs avant qu’ils ne soient entièrement embrasés par Hélios. Intérieurement, le rendez-vous est pris : destination le dernier arbre chétif de cette rangée qui scinde l’étendue herbeuse.

La cité se dresse, majestueuse. Sa périphérie est grouillante d’imposantes fourmis rousses dont l’activité frénétique ne s’interrompt brièvement que pour jauger la menace que constitue l’ombre frêle du garçon s’étendant sur la fourmilière. Rien ne semble les effrayer : ouvrières et soldates reprennent aussitôt leur labeur. Je les observe, partagé entre curiosité et effroi face à un tel dévouement. L’édifice m’impressionne, véritable tour de Babel où tous les individus parlent pourtant le même langage, transmis par divers vecteurs, notamment les antennes. Il n’est pas rare que je passe de longs instants à contempler ce ballet incessant, les yeux écarquillés lorsqu’un insecte transporte une brindille dont le poids équivaut, pour moi, à celui d’un tronc d’arbre ! 

Des années plus tard, me voici aux environs de 2022, bien qu’il m’arrive d’en douter. Le paradoxe est saisissant : je me remémore avec une précision chirurgicale le jour où j’ai emprunté le chemin de la micro-informatique familiale grâce à mon Amstrad CPC 464, en 1987, tandis que les événements de l’année en cours me semblent déjà flous. Alors que je sors de chez moi, une agitation inhabituelle captive mon regard vers le minuscule terrain accolé à la maison. Seraient-ce des fourmis en vol ? L’impression est troublante, elles sont légion. 

Ce film m'a effrayé étant enfant

En réalité, sans le savoir, j’assiste à l’envol nuptial des princesses, ces reines en devenir. Certaines parviendront peut-être à fonder une nouvelle cité dans les environs, mais lesquelles ? Impossible de les dénombrer. Sur l’ensemble de cet essaimage, seule une infime minorité réussira à établir une colonie pérenne. La plupart finiront dans le bec d’oiseaux ou sous la langue de batraciens, d’autres mourront d’épuisement ; autant de facteurs environnementaux hostiles qui déciment la cohorte. 

L’instant fut fugace, mais cette éphémère vision reste à jamais gravée en ma mémoire. Elle me révèle surtout la présence insoupçonnée d’une fourmilière à quelques pas seulement du foyer ; hormis quelques âmes isolées croisées çà et là, je n’avais jamais ressenti leur présence. Cette résonance m’a finalement conduit vers Les Fourmis, premier roman de Bernard Werber, paru en 1991. Dans cette œuvre pionnière, l’auteur tisse en parallèle le destin des insectes et celui des humains. En voici la quatrième de couverture :

"Le temps que vous lisiez ces lignes, sept cents millions de fourmis seront nées sur la planète. Sept cents millions d'individus dans une communauté estimée à un milliard de milliards, dotée de ses villes, sa hiérarchie, son langage, son industrie, ses esclaves et ses mercenaires... Sans oublier ses armes, terriblement destructrices.

Lorsqu'il pénètre dans la cave de la maison léguée par un vieil oncle entomologiste, Jonathan Wells est loin de se douter qu'il va à leur rencontre. À sa suite, nous découvrons le monde fabuleusement riche, monstrueux et fascinant de ces "infra-terrestres", au fil d'un thriller unique où le suspense et l'horreur s'appuient sur les données scientifiques les plus rigoureuses. Voici pour la première fois un roman dont les héros sont des... fourmis !"

Comme tant d’autres, ce livre découvert lors de mes pérégrinations en vide-grenier a longtemps patienté dans ma pile à lire. C’est le souvenir de cette fourmilière enfantine qui m’a finalement poussé à ouvrir le premier volet de la trilogie. Si j’y ai appris une foule de détails sur ces insectes, je ne peux dissimuler une certaine réserve face au style de l’auteur, parfois trop chirurgical, surtout dans les passages dédiés au monde humain. Bien que la lecture m’ait globalement plu, j’ai trouvé les personnages caricaturaux et peu attachants, à l’inverse de ceux des fourmis, tout particulièrement celui de 56e, reine en devenir (ce qui explique le titre de cet article). Sur ce plan, le récit est une réussite absolue, rendant presque superflues les incursions dans la société des hommes, du moins à mon sens. 

Je dois avouer avoir abordé cette lecture avec une certaine appréhension envers Bernard Werber. Cette réserve tenait probablement à quelques entretiens captés çà et là, dans lesquels son ego me semblait quelque peu démesuré, un trait de caractère que j’ai toujours du mal à accepter. Une fois ce préjugé écarté, j’ai néanmoins passé un excellent moment avec Les Fourmis. Toutefois, l’expérience s’arrêtera là : je n’éprouve pas pour l’instant l’envie de poursuivre avec les deux volets suivants, Le Jour des fourmis et La Révolution des fourmis.  

Mais je laisse à présent, comme il se doit, le dernier mot de ma rubrique littéraire à Miss P. 

Après les rats, les fourmis ! T'es sérieux là?

 

mardi 5 mai 2026

Le printemps du flingueur

 1989. C’est l’un de ces dimanches printaniers pluvieux qui voit cet ado que je suis batailler une fois de plus, en silence, avec sa mélancolie. Au dehors, les feuilles du noyer, juste en face de ma chambre, ploient sous les rancœurs d’un ciel d’été en devenir, qui réserve ses soldats de l’orage (sans Trantor) aux futures masses d’air conflictuelles.

Vestige du passé...

Au cours de l’après-midi, entre deux hoquets de chargement du lecteur du CPC 6128, je ferai peut-être un saut sous la véranda, dont les panneaux ne s’ouvriront réellement qu’en juillet et août. La vue qu’offre cette ruralité bourbonnaise y est superbe : des champs luxuriants à perte de vue, sans compter l’imposante silhouette de la chaîne des Puys qui, au loin, se fait parfois mirage lorsque les volutes caniculaires embrasent les environs. 

Il n’y a pas si longtemps, mon père et moi observions, subjugués, une vague orageuse bombardant silencieusement les reliefs montagneux. Si mes yeux reflétaient mon ébahissement contemplatif face à la violence du phénomène, le regard du vétéran des guerres d’Indochine et d’Algérie, lui, témoignait de toute autre chose. Un murmure, presque inaudible, me le fit rapidement comprendre : « Ils sont en train de bombarder nos positions ». Accompagné d’un geste mécanique portant sa cigarette à ses lèvres, tel un pantin à l’esprit vagabond, je sus en cet instant que mon paternel luttait toujours quelque part, au cœur de cette jungle à la chaleur étouffante. Une partie de lui était à jamais restée dans ces pluies sanglantes de chair et de métal. 

Mon père...

Ma rêverie est cependant rapidement interrompue, car le chargement de Death Wish 3 – adaptation du troisième volet de la sanglante croisade de Paul Kersey, incarné par Charles Bronson (La Grande Évasion, Le Flingueur et tant d’autres !) – vient de se terminer. Sa musique endiablée, composée par Ben Daglish comme pour la plupart des softs  de l’éditeur anglais Gremlin, m’invite à m’emparer du joystick pour me défendre face aux hordes de malfaiteurs qui sévissent dans les rues de New York. L’adaptation CPC reprend la trame principale du film : flinguer tout ce qui bouge, en veillant à ne pas blesser les innocents qui se mettront entre nous et les criminels. De même, il faudra éviter les tirs amis, c’est-à-dire prendre soin de ne pas toucher la police venue nous prêter main-forte. Qui plus est, cette dernière pourra même se retourner contre notre personnage si  trop d’erreurs venaient à être commises à son encontre. 

Pan !

Le jeu s’avère très vite répétitif une fois le chef de gang local défait, attablé dans l’un de ses squats malfamés ; d’ailleurs, le meneur ne prend même pas la peine de se défendre. S’ensuit un passage dans un autre quartier où notre armement reprend du service : il y a de quoi faire entre pistolet, fusil à pompe, arme automatique et le fameux lance-roquettes, utilisé par l’architecte à la fin du long-métrage contre le boss de la joyeuse bande. Si nous ne sommes pas face aux graphismes les plus beaux sur CPC, ceux-ci restent néanmoins sympathiques, d’autant que fluidité et maniabilité sont également au rendez-vous.  Il y a également ces petits détails cyniques comme ces infirmiers venant évacuer les corps ou encore ces vieilles dames se déplaçant lentement avec la fâcheuse tendance à se positionner dangereusement sous les tirs nourris.

Mais quid du film, me demanderez-vous peut-être ? Ce troisième opus se veut sans doute le plus « tout public ». Paul Kersey, dont le CV est aussi chargé que ses armes, s'est vu forcé à l'exil ; il revient à New York pour rendre visite à un vieil ami. Ce dernier, ayant tenté de résister aux malfrats locaux, est assassiné sous les yeux de Bronson. La police arrive et coffre Kersey pour le meurtre de son pote. En réalité, cette arrestation n'est qu'un prétexte : le chef de la police, incarné par Ed Lauter, a reconnu le justicier et lui propose un marché. L'aider à « nettoyer » les environs s'il veut repartir comme si de rien n'était. La suite est aisément imaginable : le vengeur accepte et une guérilla urbaine s'ensuit. 

Ratatatata !

Je ne vais pas mentir : à l'époque, j'avais apprécié ce film, vu avec ma mère qui affectionnait l'acteur. Étrangement, la scène la plus marquante reste pour moi celle où Paul Kersey quitte les lieux bagages à la main, à la fin du long-métrage, comme si de rien n'était. Cet épisode, réalisé par Michael Winner (déjà aux commandes des deux premiers volets), est sans doute le moins « dérangeant ».

Alors que j'écris ces lignes, un autre souvenir me revient à brûle-pourpoint : le visionnage du second opus avec ma mère. Voyant la tournure prise par le récit, elle m'incita fortement à aller voir ailleurs « si j'y étais ». Je refusai alors catégoriquement... pour regretter amèrement le visionnage de cette scène interminable où l'employée de maison  se fait violemment et sordidement agresser par une bande de voyous ayant pris à partie le justicier quelque temps plus tôt. Comme pour le premier film, ce passage (sans Alain Delon) restera à jamais gravé en mon esprit, tout comme le sort de Carol, la fille de cet homme dont la vie fut jadis paisible.

Et toi, tu es plutôt cpc 464 ou 6128 ?

Alors que je parcours les rues de « The Big Apple », un sentiment de malaise s’empare de moi au souvenir des œuvres citées précédemment, éditées sous l’égide de la Cannon. Bientôt, je ne prends plus plaisir à malmener les ennemis qui se présentent. Il est temps d’éteindre le CPC pour me diriger, comme promis, vers la véranda. Là, tandis que la pluie  semble prendre un malin plaisir à tambouriner de manière véhémente le toit transparent, encore paré de quelques reliques hivernales, le paysage bourbonnais m’offre un apaisement que je ne connaîtrai quasiment plus par la suite. Après toutes ces années, je me souviens néanmoins de ce dimanche après-midi où les notes de Death Wish 3 résonnaient en ma chambre, s’échappant du haut-parleur de mon Amstrad CPC 6128, écho d'une innocence perdue.