mardi 28 avril 2026

Danse macabre

 Il y a là le cliquetis des chariots roulant le long d’allées sans âme, éclairées par des néons dont la lumière crue finit par ternir une lucidité éthérée, déjà effacée par le besoin de consommer. L’hypermarché est vaste, cependant sa taille demeure raisonnablement humaine.

Au loin, la rumeur des caisses, assaillies par des hordes familiales en ce samedi après-midi, déverse sans répit sa complainte "bipale", dirons-nous. Pourtant, dans ce rayon assez large pour laisser deux caddies se croiser, j'ai l'illusion de rêver d'un autre monde, comme le chantait le groupe Téléphone en 1982, tout en flânant parmi les couvertures de la collection Terreur des éditions Pocket. Initiée en 1989 et dirigée par Patrice Duvic jusqu'en 2003, cette dernière verra les auteurs de ces œuvres finir dilués parmi les catalogues d'autres enseignes. 

Retour de vide-grenier...

Nous sommes en 1994 et j’ai tout juste 20 ans. En ce jour saturnien, j’aurais aimé venir plus tôt, mais ce poste occupé au sein d’une petite entreprise familiale sidérurgique ne cesse d’aspirer toute mon énergie. Tel un vampire aux dents d’acier, j’ai la sale impression de porter sa marque : une fragrance pestilentielle mêlant habilement le métal, l’huile de coupe et le savon des vestiaires, utilisé en vain pour tenter de se défaire des viles effluves liés à la profession. Le bâtiment n’est qu’un vaste hangar coiffé d’un toit en tôle et vêtu de béton, dont les portes restent souvent ouvertes aux quatre vents, comme l’aurait dit Subotai dans Conan le Barbare

Ainsi, la saison estivale transforme les lieux en four, avec la complicité des machines numériques poussées à leurs limites. Les mesures de protection sont quasi inexistantes ; il n’est pas rare que des copeaux brûlants, tels les vagues de l’enfer, viennent s'échouer sur ma peau, tandis que mes doigts se prennent d’une sanglante affection pour les filets métalliques extraits de la gueule bruyante de ces maudites ouvrières peintes en jaune, abeilles esclaves sous la main d’opérateurs las. 

 
L’hiver, le patron refusant d'enclencher le chauffage, malgré la fermeture des accès, le froid prend un malin plaisir à exacerber, dès 5 h du matin, son nauséabond parfum d’huile et de métal refroidi. C’était sans compter sur le bruit qui, outre le fait d’affliger mes tympans, semble traverser mon corps tout entier ; c’est sans doute en cet instant précis que mon esprit choisi de vagabonder. Si les jeux vidéo occupent depuis peu à nouveau mes pensées, avec la Mega Drive de Sega puis la PlayStation de Sony, la lecture, don précieux légué par ma mère qui fut une grande lectrice, demeure l’agent de voyage de toutes mes destinations.  
 

Bien que la fatigue, une fois la journée achevée, fasse de moi sa prostituée, me prenant au gré de ses envies, quelques pages du livre en cours viendront teindre rêves et cauchemars d’une nuit décidément trop courte. Me voici donc, niché au cœur de cette grande surface, à tenter difficilement de porter mon dévolu sur une nouvelle aventure proposée par un auteur ou une autrice jusqu’alors inconnu(e).

J’aimerais vous dire, idéalement, que le libraire du coin était ma première source d’approvisionnement, mais ce n’est malheureusement pas le cas. L’équipe antipathique alors en place dans cette enseigne dont je tairai le nom nourrissait en moi une envie de violence bien plus que verbale. Aussi, je préférais me rabattre sur ce rayon d’hypermarché, dynamiquement tenu au passage, qui me permettait d’assouvir ma soif de découverte. Après moult efforts pour exhumer certains souvenirs de cette mémoire parfois, voire souvent, défaillante, je peux affirmer que Maison hantée de Shirley Jackson fut mon tout premier « Pocket Terreur » acquis en ces lieux. 

Shirley Jackson

Je fus tout d’abord attiré par l’esthétique de ces livres aux atours teintés d’une écriture rouge sur fond noir, illustrés par divers artistes. Le bandeau, qui disparaîtra au fil des rééditions bien plus tard, accentuait la quatrième de couverture et m’aidait parfois à franchir le pas. Ainsi, cette ligne éditoriale m’a permis de découvrir nombre d’auteurs et d’autrices à côté desquels je serais sans doute passé. J'évoquais précédemment Shirley Jackson, à laquelle j’ai dédié un article. Ce premier choix porté sur cette autrice était en partie dû aux réminiscences de La Maison du diable réalisé par Robert Wise en 1963, un livre ayant terrorisé l’enfant que j’étais par les événements qu’il suggérait. Le reste ne fut qu’un enchaînement logique : la découverte des fers de lance de la collection, tels que Graham Masterton, James Herbert ou Stephen King, mais aussi d’écrivains moins célèbres comme John Pritchard avec Les Sœurs de la nuit, ou encore Graham Joyce et son L’Intercepteur de cauchemars (mettant en scène Quenotte). Bien entendu, tout ne fut pas qu’épouvante ; certains de ces romans étaient franchement mauvais, tout comme leurs illustrations de couverture, parfois peu inspirées.  

Des années se sont écoulées depuis ces lectures qui m’ont accompagné au sein de moments difficiles, où les frontières spectrales et cauchemardesques, esquissant cette ligne sourde du monde tangible, sont venues s’immiscer en certains instants de mon existence. Conservant un vif souvenir nostalgique de cette collection, je suis heureux d’avoir croisé à nouveau son chemin lors de rencontres fortuites dans les allées improvisées de divers vide-greniers. Ainsi, au fil de mes pérégrinations, j’ai réussi à retrouver quelques-unes de ces œuvres ayant charmé autant que terrifié mes pensées. 

Cet article, écrit en écoutant « Danse macabre » de Camille Saint-Saëns, est dédié à Lycia et Quenotte.

 

dimanche 12 avril 2026

Le xénomorphe codé

  1984. Canal+ est entré dans notre foyer, un événement déjà évoqué à plusieurs reprises au fil de mes articles. Le décodeur à touches a aisément trouvé sa place aux côtés du lourd magnétoscope et de l’imposante télévision cathodique de marque Grundig, dont la télécommande semble tout droit échappée du pupitre de l’Enterprise. Les bandes-annonces, promettant monts et merveilles – comme la diffusion du dessin animé consacré à Mister T. ou du Sherlock Holmes de Miyazaki aux prémices de la chaîne –, ont plus que capté mon attention.

Un logo, mille souvenirs

Bientôt, c’est tout un monde cinématographique qui s’ouvre à moi. Ainsi, à l’âge de 10 ans, la violence de Délivrance, réalisé par John Boorman en 1972, celle de Vigilante, ou encore la soif de vengeance de Paul Kersey sous les traits de Charles Bronson, me marqueront sans doute à jamais. Heureusement, je peux compter sur Jackie Chan pour esquisser quelques sourires sur ce pâle visage d’enfant, adolescent en devenir, fasciné par ce déluge de plans mettant le plus souvent en scène des acteurs légendaires.

Au détour du programme envoyé chaque mois par la chaîne cryptée, un long-métrage attire mon attention : Alien de Ridley Scott, sorti en 1979. J’ai cinq ans lors de sa diffusion télévisée ; alors qu’un organisme implacable décime l’équipage du Nostromo dans les salles obscures, le Téléscore de SEB, ma toute première console, anime encore la télévision en noir et blanc. La bande-annonce, aperçue au détour d’un spot publicitaire, ne m’annonce rien de bon avec ses hurlements, heureusement sans loup-garou pour le moment. Pourtant, la répulsion cède bientôt place à la curiosité et me voici devant ce film se déroulant dans l’espace profond.

Bien loin des codes classiques, le Nostromo, ce vaisseau-cargo transportant divers minerais à destination de la Terre, me révèle que l’espace, c'est crade, et que les conditions de travail infligées aux employés semblent similaires à celles sur Terre. Il y a tout d’abord l’hyper-sommeil, ces sombres histoires de primes inégales entre les membres de la compagnie Weyland-Yutani, mais c’était sans compter ces petites lignes perdues au milieu des contrats : elles transforment, sans discussion possible, les membres de l’équipage en secouristes ou explorateurs dès qu’un signal de détresse se manifeste. 

Ainsi, le capitaine Dallas, le lieutenant Ellen Ripley, les ingénieurs Parker et Brett, l’officier scientifique Ash, la navigatrice Lambert, l’officier en second Kane ainsi que le chat Jones sont tirés de leur sommeil profond à l’approche d’une planète répertoriée sous le nom LV-426, qui émet l’un de ces signaux… en apparence, tout du moins. La suite, si vous avez vu le film, vous la connaissez. À l’issue de ces deux heures éprouvantes, un sentiment d’admiration pour Ellen Ripley m’étreint, tandis que mes mains semblent incapables de quitter mon plexus. Je viens de faire la connaissance du Xénomorphe, mais aussi d’une grande dame du cinéma. 

J’avoue ne plus avoir aucun souvenir de la date précise à laquelle j’ai vu ses suites, notamment Aliens de James Cameron, sorti en 1986. Je n’ai malheureusement visionné aucun volet de la saga au cinéma, seulement sur le petit écran, ce qui fait de moi un « cinéphile télévisuel », comme j’aime à le dire, pour peu que ce terme ait une quelconque importance aux yeux d’élitistes idiots. Curieusement, je me souviens particulièrement de l’arrivée imminente du troisième opus en 1992 : juste avant de partir pour le service militaire, j’avais acheté mon dernier numéro de Mad Movies, me semble-t-il (à moins que ce ne fût un autre magazine du genre). Après ce troisième volet, la saga s’est arrêtée pour moi. 

J’aimerais pouvoir vous dire avoir connu les trois jeux sortis sur Amstrad CPC, mais tel n’est pas le cas. À vrai dire, je n’ai découvert que récemment l’adaptation du premier volet sur ma machine de cœur, publiée par Amsoft en 1985. Dans ce titre, nous devons traquer le Xénomorphe pour l’éliminer, le tout sur fond de stratégie. Comment aurais-je réagi face à ce jeu à l’époque ? Je l’ignore ; peut-être ma curiosité l’aurait-elle plébiscité, mais j’avoue rêver encore d’une conversion par Ocean reprenant les scènes principales de l’œuvre signée Ridley Scott, à la manière de RoboCop, Batman: The Movie ou encore Les Incorruptibles. Si le logiciel vous intéresse mais que l’hermétisme de son fonctionnement vous pose problème, une excellente solution proposée par Orko Ready est disponible sur la fiche du jeu dans CPC Power.

Indice : Ceci n'est pas un œuf de Pâques

Il en ira de même pour Aliens (UK), édité par Activision en 1986, qui reprend l’action principale du long-métrage de James Cameron se déroulant dans le complexe établi par les colons venus s’installer sur LV-426… quelle bonne idée ! Là aussi, bien qu’ayant repéré le jeu au fil des pages d’Amstrad Cent Pour Cent, le soft n’échouera jamais dans les limbes magnétiques de mon CPC 464. Pour l’avoir découvert dans un élan nostalgique, des années après, la première chose qui m’ait marqué est la musique, surtout celle jouée en cours de partie. Nous y incarnons donc Ripley, ainsi qu’une partie des Marines, sans oublier l’infâme sbire de la Compagnie, Burke ; notre but étant de reprendre la base aux Xénomorphes. Le jeu est difficile, les munitions sont limitées et la gestion de l’escouade, afin que tous ses membres restent en vie, s’avère délicate. 

Sur fond de scrolling horizontal, la maniabilité s’avère quelque peu rigide, d’autant qu’un tir manqué sur l’une des créatures est souvent synonyme de mort immédiate. Pourtant, l’esprit du film se veut bien respecté, notamment grâce au système de caméra et au son caractéristique du détecteur de mouvement (enfin plus où moins). Je ne suis jamais parvenu à finir le jeu, qui a d’ailleurs bénéficié d’un remake intitulé LV-426, offrant une maniabilité retravaillée et quelques éléments de repérage bienvenus. Malgré cela, je n’ai pas non plus réussi à aller bien loin dans cette version. Il n’en reste pas moins que sa fidélité envers son aîné est à souligner.  

Une seconde version d’Aliens (US) est également sortie un an plus tard, proposant une approche différente, plus fidèle au déroulement du film : on y assiste notamment au briefing des Marines sur le Sulaco.  Cette mouture reprend les grandes scènes du long-métrage, en particulier l’affrontement final contre la Reine Alien, entrecoupées de mini-jeux tels que l’identification du nom de chaque équipement, etc. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à passer le premier niveau, qui consiste au largage de notre module sur la planète des Xénomorphes. Après avoir visionné plusieurs vidéos de gameplay (notamment sur la chaîne Amstrad Maniaque), je trouve les graphismes particulièrement laids et préfère de loin la version UK. Cette dernière offre finalement un parcours en demi-teinte à la poursuite de l’organisme parfait, du moins aux yeux de l’officier scientifique Ash. 

Mais je dois vous laisser, car cet enfant que j'étais résidant toujours quelque part au cœur des années 80 vient tout juste de recevoir le nouveau code mensuel destiné au décodeur. Il a intérêt à le saisir, mais aussi à conserver les précédents si il souhaite revoir les films enregistrés précédemment sur la chaîne cryptée via son magnétoscope… faisant peut-être de ce système un lointain précurseur des DRM. 

samedi 21 mars 2026

Jour sombre à Sunnydale

Les jours passent et se ressemblent sombrement parfois. Il interprétait Alexander dans la série Buffy contre les vampires (1998), une série que j’appréciais regarder sur ma télévision 26 cm de marque Kaïsui à l’époque. Avec son générique énervé, l’interprétation de Sarah Michelle Gellar, le trouble hypnotisant qu’avait Drusilla (interprétée par Juliet Landau) sur mon être, la série me rappelait mon adolescence effacée par la vie adulte.

Nicholas Brendon 1971 - 2026

 Et puis il y avait le personnage de Alexander joué par Nicholas Brendon, gaffeur invétéré du groupe mais pote sur qui l’on pouvait compter à chaque instant, nous ayant quittés ce 20 mars 2026, même jour que Chuck Norris, à seulement 54 ans. Il en va de même pour chacun d’entre nous mais alors que j’approche également de cet âge, impossible de ne pas penser au flot ininterrompu de ce temps implacable.

vendredi 20 mars 2026

Porté disparu

 Je ne vais pas mentir. Lorsque j’étais gosse j’adorais les films de Chuck Norris, souvent vus à la télévision bien sûr mais également au détour d’une cassette VHS offerte dans le cadre de  l’abonnement du Club Dial, sans oublier celles louées par le paternel auprès du vidéoclub local.

J’ai grandi, ses films m’ont nettement moins attiré et j’ai peut-être regardé un ou deux épisodes de « Walker Texas Ranger » sans jamais y porter grande attention. Depuis, je ne nie pas avoir souri aux nombreuses blagues liées à son statut underground d’homme invincible, notamment celle-ci (approximativement) : «  Et Dieu dit, que la lumière soit. Chuck Norris répondit : on dit s’il-vous plaît ».

Mon souvenir cinéma le plus marquant avec cet acteur et artiste martial restera sans doute son affrontement avec Bruce Lee dans « La fureur du dragon ». Reposez en paix Chuck Norris.

Chuck Norris 1940 - 2026

samedi 28 février 2026

L'ombre de la bibliothèque

 Nous sommes aux alentours de 1994‑1995. L’Auvergne est à présent derrière moi, et avec elle l’Amstrad CPC. Les relents industriels de cette ville où mes parents et moi avons migré me font amèrement regretter champs et chemins. La lumière crue de l’éclairage public en vient presque à masquer la beauté de Séléné, qui d’habitude réchauffe mon âme de ses mains éthérées et blafardes, tout comme le soleil réchauffe mes os le jour, lorsque ce dernier daigne se montrer. 

Il n’est désormais plus temps de s’intéresser aux jeux vidéo - c’est tout du moins ce qu’entonne, ou plutôt rabâche sans arrêt, la voix paternelle, après avoir vendu au rabais (pour une poignée de dollars, aurait peut‑être souligné Clint Eastwood) l’intégralité de mes souvenirs d’enfance, plastiques comme pierre. Heureusement, dans l’attente de faire main basse sur la Megadrive de Sega, l’art vient me soutenir, et sa petite voix m’indique que la lecture, cette vieille amie m’ayant déjà apporté son soutien lors de mon service militaire, sera une fois de plus source de bien‑être.

Dans la famille, mots couchés sur le papier ou croisés ont une alliée de taille : ma mère. La figure maternelle a repéré très tôt ce qui lui faisait défaut à notre arrivée : une bibliothèque fournie. Cette dernière se niche au cœur d’un château non loin du centre‑ville et, en ce samedi lourdement illustré par une grisaille aux nuages patibulaires, j’ai le loisir de l’accompagner. Indéniablement, l’édifice détient un charme.
Une fois ma voiture garée avec difficulté — les places de parking aux abords des quais se faisant rares en ce jour saturnien — nous entrons dans la bâtisse, qui laisse sur mon être une certaine empreinte. La fragrance de son parquet ancien viendra également chercher une place mémorielle au creux de mon odorat. C’est à l’accueil que cela se complique : deux figures peu amènes nous toisent avec circonspection. La colère schizophrène de l’ancien loup‑garou niché en moi (quelque part, dans le roman de Shirley Jackson, Mary Katherine Blackwood approuve) préfère laisser l’avenante figure maternelle s’occuper de ce détail, me permettant ainsi embrasser les rayons dédiés au genre fantastique. 

Les étagères, à l’aspect moderne, détonnent un peu avec le reste du bâtiment ; cependant, un petit salon agencé avec goût non loin de là, et agrémenté d’un tapis, adoucit quelque peu cette fausse note. Une pièce à l’imposante porte laissée entrouverte, interdite au public, fait état d’une réserve d’ouvrages reposant sous la morne lumière d’une fenêtre aveugle, sans doute dans l’attente d’être aptes à rejoindre les diverses sections. Une fois les inscriptions terminées, ma mère se retrouve bien vite absorbée par son genre de prédilection : le thriller. Quant à moi, j’ai déjà trouvé mon bonheur avec l’adaptation littéraire du film de Ridley Scott, Alien, mais aussi avec l’œuvre de Joseph Sheridan Le Fanu, Carmilla, ici dans la collection « Présence du fantastique » de l’éditeur Denoël. 

 Il s’agit en réalité d’une nouvelle, dont voici la quatrième de couverture : « Il était une fois une jeune fille qui s’ennuyait un peu en compagnie de son père dans un château de Styrie. Jusqu’à l’arrivée accidentelle de Carmilla, pour qui Laura éprouve aussitôt une amitié trouble, faite d’attirance sensuelle et du sentiment qu’il existe entre elles des liens mystérieux. Mais qui est Carmilla ? Comment se fait‑il qu’elle ressemble étrangement à la jeune femme qui hantait jadis les cauchemars de Laura ? Et qu’à mesure que celle‑ci dépérit, le teint de Carmilla prenne “un velouté et un éclat particuliers” ? »

En cet instant, je ne connais rien de l’auteur irlandais (1814‑1873), mais très vite, lors des premières pages, je me vois absorbé par son élégance et sa poésie, ici traduites par Alain Dorémieux. Le récit est court donc, suivi de trois nouvelles que je suis en train de relire actuellement, mais il marquera à jamais mon esprit. Des années plus tard, au détour d’un vide‑grenier, mon regard croisera celui de la jeune comtesse de Karnstein, originaire de Styrie. Ainsi, pour une somme modique, nous voici à nouveau réunis, sous la coupe d' une nouvelle traduction effectuée par Jacques Papy, ayant déjà œuvré sur les écrits du maître de Providence, H. P. Lovecraft.

 Depuis, le livre de Joseph Sheridan Le Fanu a connu bien des éditions, y compris sous forme de bande dessinée, avec les illustrations de Pascal Croci, dont j’ai beaucoup apprécié le dessin. Et puis, poussé par la nostalgie de ces instants passés à fouler le sol de cette bibliothèque avec ma mère, j’ai également pu remettre la main sur l’édition m’ayant fait connaître cet élégant roman gothique, laissant ainsi Carmilla venir esquisser un portrait sanguin d’une partie de mes souvenirs.


samedi 15 novembre 2025

Arnold et Alyssa

 Suite à la rediffusion par RTL9 de Commando avec Arnold Schwarzenegger ce samedi soir, bon nombre d'images me sont revenues en tête. Le poster offert par ma mère à l'époque et qui s'affichait fièrement au-dessus de mon lit, le commentaire de mon père lors de l'assaut final : "mais ton gars là, il ne recharge jamais en fait!", l'apparition de Bill Paxton en contrôleur aérien le temps de quelques minutes, la languette de la VHS retirée afin d'être sûr que le film ne soit pas écrasé par un autre enregistrement (coucou l'épisode de Schimanski enregistré par Maman!) et bien entendu les répliques cultes. Je me revois encore, sur le canapé du salon, attentif à chaque prouesse du colonel Matrix en guerre contre son ancien coéquipier Bennett ravisseur de sa fille incarnée par Alyssa Milano, admiratif lorsqu'au début ce dernier a senti venir les ennemis avant même qu'ils n'apparaissent. 

 Et puis il y avait eu cette petite déception lorsque Cooke incarné par Bill Duke, également présent deux ans plus tard dans "Predator", combat Arnold Schwarzenegger dans la chambre d'hôtel. Cooke déclare être un béret vert mais se faisait avoir trop rapidement à mon goût. Cette amertume venait sans doute du fait que mon père ayant fait partie de ces soldats d' élite dans sa jeunesse et, le considérant alors comme un héros de guerre, je voyais ces hommes invincibles.  

 Je me revois tout autant fredonner le thème musical, aux consonances d'Aliens 2 puisque James Horner s'est chargé de la bande-son du long-métrage réalisé par Mark Lester à qui l'on doit notamment "Dans les griffes du dragon rouges" avec Brandon Lee. De mémoire, j'avais vu le film grâce à Canal +, substitut d'un cinéma dans lequel je ne me rendais que très rarement. Les années passent, j'ai déjà 51 ans, pour autant, même si l'adulte s'amuse désormais des répliques et scènes d'actions de Commando, quelque part, non loin de là, l'enfant/adolescent conserve lui une grande part d'affection pour ce cinéma des années 80 et reste profondément attaché à ces rendez-vous télévisuels peu à peu effacés par les plateformes de streaming. 

mardi 28 octobre 2025

Un cœur en hiver

Bien que le titre suggère le contraire, je ne vais pas vous parler du film réalisé par Claude Sautet en 1992. Nous sommes sans doute aux alentours de 1990 puisque Amcharge est dans les parages. Au dehors, la neige recouvre une fois de plus le paysage bourbonnais même si son manteau se veut moins épais que les années précédentes. Qu'à cela ne tienne, par sa lumière, sans les conquérants, l'hiver dépose tout de même un peu de sa magie en mes yeux. J'ai l'impression d'être illusoirement invincible, inatteignable, au sein de cette ruralité située au milieu de nulle-part, un peu comme l'île de Alain Massoumipour alias Poum. Rien n'est peut-être plus vrai en cet instant puisque d'ici peu, une compilation composée de jeux téléchargés via le service 3615 Amcharge s'apprête à visiter, malgré la distance prise par les mercredis, le lecteur de disquette de mon cpc 6128.

Là, dans cette chambre, sanctuaire se voulant désormais fissuré, laissant peu à peu les ténèbres fétides quotidiennes esquisser la lumière cru de la réalité, me voici fidèle au poste. Un peu comme celui de l'ingénieur dans Night Raider de Gremlin Software déjà évoqué sur ce blog. Aux abords de cet article, nous restons néanmoins dans le même domaine puisque je m'apprête à essayer The Dam busters édité par U.S Gold en 1986. Bien que n'étant pas un féru de simulation aérienne, le versant historique et l'ambiance nocturne de ces deux jeux sont peut-être la cause de mon attrait pour eux.

Ghost... euh Dam Busters!

Amstrad Cent Pour Cent m'avait prévenu, le téléchargement de la notice s'avérait absolument nécessaire... conseil que je n'ai, bien entendu, absolument pas suivi à l'époque. "Peuh, j'ai déjà joué à Night Raider moi Monsieur, alors passez moi les commandes que je vous montre un peu!" Et bien pas du tout en réalité! 

Le soft est un peu plus complexe techniquement, les postes de commandes plus nombreux. Ce dernier nous place donc à la gestion d'un bombardier Lancaster MK III, notre but étant de détruire trois barrages allemand situé dans le bassin de la Ruhr. Cet acte aurait pour effet de déverser des quantités importantes d'eau sur la région engendrant un impact significatif sur la logistique de l'ennemi tout autant que sur le moral des troupes. Pour ce faire, le largage d'une bombe sera nécessaire et c'est là que les choses sérieuses commencent dans le sens où l'opération prendra une tournure technique.

Les graphismes ne sont certainement pas le point fort du jeu, là n'est pas son atout de toute manière. L'intérêt se situe au niveau de l'opération en cours et surtout dans la gestion de l'appareil. Il convient également de rappeler que le jeu est sorti en 1986 alors que Night Raider en 1988. Malgré mes difficultés à gérer l'ensemble, j'adhère à l'ambiance accentuée par l'impression nocturne et l'absence de musique permettant de se concentrer. 

Je n'irai jamais très loin cependant, mes souvenirs confus restituent de manière éparse l'exactitude de mes sessions. Je ne ressens néanmoins aucune amertume quant à The Dam Busters, il était peut-être tout simplement arrivé trop tard par rapport à "Night Raider". Il y a également le fait que les festivités d'antan, pourtant vécues deux ans à peine sur mon cpc 464, s'estompent plus rapidement que prévu, laissant cette âme de "cpcciste" déjà empreinte d'une certaine nostalgie devenir rien de plus qu'un cœur en hiver.