1984. Canal+ est entré dans notre foyer, un événement déjà évoqué à
plusieurs reprises au fil de mes articles. Le décodeur à touches a
aisément trouvé sa place aux côtés du lourd magnétoscope et de
l’imposante télévision cathodique de marque Grundig, dont la télécommande semble tout
droit échappée du pupitre de l’Enterprise. Les bandes-annonces, promettant monts et merveilles – comme la diffusion du dessin animé consacré à Mister T. ou du Sherlock Holmes de Miyazaki aux prémices de la chaîne –, ont plus que capté mon attention.
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| Un logo, mille souvenirs |
Bientôt, c’est tout un monde cinématographique qui s’ouvre à moi. Ainsi, à l’âge de 10 ans, la violence de Délivrance, réalisé par John Boorman en 1972, celle de Vigilante,
ou encore la soif de vengeance de Paul Kersey sous les traits de
Charles Bronson, me marqueront sans doute à jamais. Heureusement, je
peux compter sur Jackie Chan pour esquisser quelques sourires sur ce
pâle visage d’enfant, adolescent en devenir, fasciné par ce déluge de
plans mettant le plus souvent en scène des acteurs légendaires.
Au détour du programme envoyé chaque mois par la chaîne cryptée, un long-métrage attire mon attention : Alien
de Ridley Scott, sorti en 1979. J’ai cinq ans lors de sa diffusion
télévisée ; alors qu’un organisme implacable décime l’équipage du Nostromo
dans les salles obscures, le Téléscore de SEB, ma toute première
console, anime encore la télévision en noir et blanc. La bande-annonce,
aperçue au détour d’un spot publicitaire, ne m’annonce rien de bon avec
ses hurlements, heureusement sans loup-garou pour le moment. Pourtant,
la répulsion cède bientôt place à la curiosité et me voici devant ce
film se déroulant dans l’espace profond.

Bien loin des codes classiques, le Nostromo, ce vaisseau-cargo
transportant divers minerais à destination de la Terre, me révèle que
l’espace, c'est crade, et que les conditions de travail infligées aux
employés semblent similaires à celles sur Terre. Il y a tout d’abord
l’hyper-sommeil, ces sombres histoires de primes inégales entre les
membres de la compagnie Weyland-Yutani, mais c’était sans compter ces petites lignes
perdues au milieu des contrats : elles transforment, sans discussion
possible, les membres de l’équipage en secouristes ou explorateurs
dès qu’un signal de détresse se manifeste.
Ainsi, le capitaine Dallas, le lieutenant Ellen Ripley, les ingénieurs
Parker et Brett, l’officier scientifique Ash, la navigatrice Lambert,
l’officier en second Kane ainsi que le chat Jones sont tirés de leur sommeil
profond à l’approche d’une planète répertoriée sous le nom LV-426,
qui émet l’un de ces signaux… en apparence, tout du moins. La suite, si
vous avez vu le film, vous la connaissez. À l’issue de ces deux heures
éprouvantes, un sentiment d’admiration pour Ellen Ripley m’étreint,
tandis que mes mains semblent incapables de quitter mon plexus. Je viens
de faire la connaissance du Xénomorphe, mais aussi d’une grande dame du
cinéma.

J’avoue ne plus avoir aucun souvenir de la date précise à laquelle j’ai vu ses suites, notamment Aliens
de James Cameron, sorti en 1986. Je n’ai malheureusement visionné aucun volet
de la saga au cinéma, seulement sur le petit écran, ce qui fait de moi
un « cinéphile télévisuel », comme j’aime à le dire, pour peu que ce
terme ait une quelconque importance aux yeux d’élitistes idiots.
Curieusement, je me souviens particulièrement de l’arrivée imminente du
troisième opus en 1992 : juste avant de partir pour le service
militaire, j’avais acheté mon dernier numéro de Mad Movies, me semble-t-il (à moins que ce ne fût un autre magazine du genre). Après ce troisième volet, la saga s’est arrêtée pour moi.
J’aimerais pouvoir vous dire avoir connu les trois jeux sortis sur
Amstrad CPC, mais tel n’est pas le cas. À vrai dire, je n’ai découvert
que récemment l’adaptation du premier volet sur ma machine de cœur,
publiée par Amsoft en 1985. Dans ce titre, nous devons traquer le
Xénomorphe pour l’éliminer, le tout sur fond de stratégie. Comment
aurais-je réagi face à ce jeu à l’époque ? Je l’ignore ; peut-être ma
curiosité l’aurait-elle plébiscité, mais j’avoue rêver encore d’une
conversion par Ocean reprenant les scènes principales de
l’œuvre signée Ridley Scott, à la manière de RoboCop, Batman: The Movie ou encore Les Incorruptibles.
Si le logiciel vous intéresse mais que l’hermétisme de son
fonctionnement vous pose problème, une excellente solution proposée par
Orko Ready est disponible sur la fiche du jeu dans CPC Power.
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| Indice : Ceci n'est pas un œuf de Pâques |
Il en ira de même pour Aliens (UK), édité par Activision en
1986, qui reprend l’action principale du long-métrage de James Cameron
se déroulant dans le complexe établi par les colons venus s’installer
sur LV-426… quelle bonne idée ! Là aussi, bien qu’ayant repéré le jeu au
fil des pages d’Amstrad Cent Pour Cent, le soft n’échouera
jamais dans les limbes magnétiques de mon CPC 464. Pour l’avoir découvert
dans un élan nostalgique, des années après, la première chose qui m’ait
marqué est la musique, surtout celle jouée en cours de partie. Nous y
incarnons donc Ripley, ainsi qu’une partie des Marines, sans oublier
l’infâme sbire de la Compagnie, Burke ; notre but étant de reprendre la
base aux Xénomorphes. Le jeu est difficile, les munitions sont limitées
et la gestion de l’escouade, afin que tous ses membres
restent en vie, s’avère délicate.
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Sur fond de scrolling horizontal, la maniabilité s’avère quelque peu
rigide, d’autant qu’un tir manqué sur l’une des créatures est souvent
synonyme de mort immédiate. Pourtant, l’esprit du film se veut bien
respecté, notamment grâce au système de caméra et au son caractéristique
du détecteur de mouvement (enfin plus où moins). Je ne suis jamais parvenu à finir le jeu,
qui a d’ailleurs bénéficié d’un remake intitulé LV-426, offrant
une maniabilité retravaillée et quelques éléments de repérage
bienvenus. Malgré cela, je n’ai pas non plus réussi à aller bien loin
dans cette version. Il n’en reste pas moins que sa fidélité envers son
aîné est à souligner.

Une seconde version d’Aliens (US) est également sortie un an
plus tard, proposant une approche différente, plus fidèle au déroulement
du film : on y assiste notamment au briefing des Marines sur le Sulaco. Cette mouture reprend les grandes scènes du long-métrage, en particulier
l’affrontement final contre la
Reine Alien, entrecoupées de mini-jeux tels que l’identification du nom
de chaque équipement, etc. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à passer le
premier niveau, qui consiste au largage de notre module sur la planète
des Xénomorphes. Après avoir visionné plusieurs vidéos de gameplay
(notamment sur la chaîne Amstrad Maniaque), je trouve les
graphismes particulièrement laids et préfère de loin la version UK.
Cette dernière offre finalement un parcours en demi-teinte à
la poursuite de l’organisme parfait, du moins aux yeux de l’officier
scientifique Ash.
Mais je dois vous laisser, car cet enfant que j'étais résidant toujours quelque
part au cœur des années 80 vient tout juste de recevoir le
nouveau code mensuel destiné au décodeur. Il a intérêt à le saisir, mais aussi à conserver les précédents si il souhaite revoir les films enregistrés précédemment sur la chaîne cryptée via son magnétoscope… faisant peut-être de ce système un lointain précurseur des DRM.