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mardi 5 mai 2026

Le printemps du flingueur

 1989. C’est l’un de ces dimanches printaniers pluvieux qui voit cet ado que je suis batailler une fois de plus, en silence, avec sa mélancolie. Au dehors, les feuilles du noyer, juste en face de ma chambre, ploient sous les rancœurs d’un ciel d’été en devenir, qui réserve ses soldats de l’orage (sans Trantor) aux futures masses d’air conflictuelles.

Vestige du passé...

Au cours de l’après-midi, entre deux hoquets de chargement du lecteur du CPC 6128, je ferai peut-être un saut sous la véranda, dont les panneaux ne s’ouvriront réellement qu’en juillet et août. La vue qu’offre cette ruralité bourbonnaise y est superbe : des champs luxuriants à perte de vue, sans compter l’imposante silhouette de la chaîne des Puys qui, au loin, se fait parfois mirage lorsque les volutes caniculaires embrasent les environs. 

Il n’y a pas si longtemps, mon père et moi observions, subjugués, une vague orageuse bombardant silencieusement les reliefs montagneux. Si mes yeux reflétaient mon ébahissement contemplatif face à la violence du phénomène, le regard du vétéran des guerres d’Indochine et d’Algérie, lui, témoignait de toute autre chose. Un murmure, presque inaudible, me le fit rapidement comprendre : « Ils sont en train de bombarder nos positions ». Accompagné d’un geste mécanique portant sa cigarette à ses lèvres, tel un pantin à l’esprit vagabond, je sus en cet instant que mon paternel luttait toujours quelque part, au cœur de cette jungle à la chaleur étouffante. Une partie de lui était à jamais restée dans ces pluies sanglantes de chair et de métal. 

Mon père...

Ma rêverie est cependant rapidement interrompue, car le chargement de Death Wish 3 – adaptation du troisième volet de la sanglante croisade de Paul Kersey, incarné par Charles Bronson (La Grande Évasion, Le Flingueur et tant d’autres !) – vient de se terminer. Sa musique endiablée, composée par Ben Daglish comme pour la plupart des softs  de l’éditeur anglais Gremlin, m’invite à m’emparer du joystick pour me défendre face aux hordes de malfaiteurs qui sévissent dans les rues de New York. L’adaptation CPC reprend la trame principale du film : flinguer tout ce qui bouge, en veillant à ne pas blesser les innocents qui se mettront entre nous et les criminels. De même, il faudra éviter les tirs amis, c’est-à-dire prendre soin de ne pas toucher la police venue nous prêter main-forte. Qui plus est, cette dernière pourra même se retourner contre notre personnage si  trop d’erreurs venaient à être commises à son encontre. 

Pan !

Le jeu s’avère très vite répétitif une fois le chef de gang local défait, attablé dans l’un de ses squats malfamés ; d’ailleurs, le meneur ne prend même pas la peine de se défendre. S’ensuit un passage dans un autre quartier où notre armement reprend du service : il y a de quoi faire entre pistolet, fusil à pompe, arme automatique et le fameux lance-roquettes, utilisé par l’architecte à la fin du long-métrage contre le boss de la joyeuse bande. Si nous ne sommes pas face aux graphismes les plus beaux sur CPC, ceux-ci restent néanmoins sympathiques, d’autant que fluidité et maniabilité sont également au rendez-vous.  Il y a également ces petits détails cyniques comme ces infirmiers venant évacuer les corps ou encore ces vieilles dames se déplaçant lentement avec la fâcheuse tendance à se positionner dangereusement sous les tirs nourris.

Mais quid du film, me demanderez-vous peut-être ? Ce troisième opus se veut sans doute le plus « tout public ». Paul Kersey, dont le CV est aussi chargé que ses armes, s'est vu forcé à l'exil ; il revient à New York pour rendre visite à un vieil ami. Ce dernier, ayant tenté de résister aux malfrats locaux, est assassiné sous les yeux de Bronson. La police arrive et coffre Kersey pour le meurtre de son pote. En réalité, cette arrestation n'est qu'un prétexte : le chef de la police, incarné par Ed Lauter, a reconnu le justicier et lui propose un marché. L'aider à « nettoyer » les environs s'il veut repartir comme si de rien n'était. La suite est aisément imaginable : le vengeur accepte et une guérilla urbaine s'ensuit. 

Ratatatata !

Je ne vais pas mentir : à l'époque, j'avais apprécié ce film, vu avec ma mère qui affectionnait l'acteur. Étrangement, la scène la plus marquante reste pour moi celle où Paul Kersey quitte les lieux bagages à la main, à la fin du long-métrage, comme si de rien n'était. Cet épisode, réalisé par Michael Winner (déjà aux commandes des deux premiers volets), est sans doute le moins « dérangeant ».

Alors que j'écris ces lignes, un autre souvenir me revient à brûle-pourpoint : le visionnage du second opus avec ma mère. Voyant la tournure prise par le récit, elle m'incita fortement à aller voir ailleurs « si j'y étais ». Je refusai alors catégoriquement... pour regretter amèrement le visionnage de cette scène interminable où l'employée de maison  se fait violemment et sordidement agresser par une bande de voyous ayant pris à partie le justicier quelque temps plus tôt. Comme pour le premier film, ce passage (sans Alain Delon) restera à jamais gravé en mon esprit, tout comme le sort de Carol, la fille de cet homme dont la vie fut jadis paisible.

Et toi, tu es plutôt cpc 464 ou 6128 ?

Alors que je parcours les rues de « The Big Apple », un sentiment de malaise s’empare de moi au souvenir des œuvres citées précédemment, éditées sous l’égide de la Cannon. Bientôt, je ne prends plus plaisir à malmener les ennemis qui se présentent. Il est temps d’éteindre le CPC pour me diriger, comme promis, vers la véranda. Là, tandis que la pluie  semble prendre un malin plaisir à tambouriner de manière véhémente le toit transparent, encore paré de quelques reliques hivernales, le paysage bourbonnais m’offre un apaisement que je ne connaîtrai quasiment plus par la suite. Après toutes ces années, je me souviens néanmoins de ce dimanche après-midi où les notes de Death Wish 3 résonnaient en ma chambre, s’échappant du haut-parleur de mon Amstrad CPC 6128, écho d'une innocence perdue.


dimanche 12 avril 2026

Le xénomorphe codé

  1984. Canal+ est entré dans notre foyer, un événement déjà évoqué à plusieurs reprises au fil de mes articles. Le décodeur à touches a aisément trouvé sa place aux côtés du lourd magnétoscope et de l’imposante télévision cathodique de marque Grundig, dont la télécommande semble tout droit échappée du pupitre de l’Enterprise. Les bandes-annonces, promettant monts et merveilles – comme la diffusion du dessin animé consacré à Mister T. ou du Sherlock Holmes de Miyazaki aux prémices de la chaîne –, ont plus que capté mon attention.

Un logo, mille souvenirs

Bientôt, c’est tout un monde cinématographique qui s’ouvre à moi. Ainsi, à l’âge de 10 ans, la violence de Délivrance, réalisé par John Boorman en 1972, celle de Vigilante, ou encore la soif de vengeance de Paul Kersey sous les traits de Charles Bronson, me marqueront sans doute à jamais. Heureusement, je peux compter sur Jackie Chan pour esquisser quelques sourires sur ce pâle visage d’enfant, adolescent en devenir, fasciné par ce déluge de plans mettant le plus souvent en scène des acteurs légendaires.

Au détour du programme envoyé chaque mois par la chaîne cryptée, un long-métrage attire mon attention : Alien de Ridley Scott, sorti en 1979. J’ai cinq ans lors de sa diffusion télévisée ; alors qu’un organisme implacable décime l’équipage du Nostromo dans les salles obscures, le Téléscore de SEB, ma toute première console, anime encore la télévision en noir et blanc. La bande-annonce, aperçue au détour d’un spot publicitaire, ne m’annonce rien de bon avec ses hurlements, heureusement sans loup-garou pour le moment. Pourtant, la répulsion cède bientôt place à la curiosité et me voici devant ce film se déroulant dans l’espace profond.

Bien loin des codes classiques, le Nostromo, ce vaisseau-cargo transportant divers minerais à destination de la Terre, me révèle que l’espace, c'est crade, et que les conditions de travail infligées aux employés semblent similaires à celles sur Terre. Il y a tout d’abord l’hyper-sommeil, ces sombres histoires de primes inégales entre les membres de la compagnie Weyland-Yutani, mais c’était sans compter ces petites lignes perdues au milieu des contrats : elles transforment, sans discussion possible, les membres de l’équipage en secouristes ou explorateurs dès qu’un signal de détresse se manifeste. 

Ainsi, le capitaine Dallas, le lieutenant Ellen Ripley, les ingénieurs Parker et Brett, l’officier scientifique Ash, la navigatrice Lambert, l’officier en second Kane ainsi que le chat Jones sont tirés de leur sommeil profond à l’approche d’une planète répertoriée sous le nom LV-426, qui émet l’un de ces signaux… en apparence, tout du moins. La suite, si vous avez vu le film, vous la connaissez. À l’issue de ces deux heures éprouvantes, un sentiment d’admiration pour Ellen Ripley m’étreint, tandis que mes mains semblent incapables de quitter mon plexus. Je viens de faire la connaissance du Xénomorphe, mais aussi d’une grande dame du cinéma. 

J’avoue ne plus avoir aucun souvenir de la date précise à laquelle j’ai vu ses suites, notamment Aliens de James Cameron, sorti en 1986. Je n’ai malheureusement visionné aucun volet de la saga au cinéma, seulement sur le petit écran, ce qui fait de moi un « cinéphile télévisuel », comme j’aime à le dire, pour peu que ce terme ait une quelconque importance aux yeux d’élitistes idiots. Curieusement, je me souviens particulièrement de l’arrivée imminente du troisième opus en 1992 : juste avant de partir pour le service militaire, j’avais acheté mon dernier numéro de Mad Movies, me semble-t-il (à moins que ce ne fût un autre magazine du genre). Après ce troisième volet, la saga s’est arrêtée pour moi. 

J’aimerais pouvoir vous dire avoir connu les trois jeux sortis sur Amstrad CPC, mais tel n’est pas le cas. À vrai dire, je n’ai découvert que récemment l’adaptation du premier volet sur ma machine de cœur, publiée par Amsoft en 1985. Dans ce titre, nous devons traquer le Xénomorphe pour l’éliminer, le tout sur fond de stratégie. Comment aurais-je réagi face à ce jeu à l’époque ? Je l’ignore ; peut-être ma curiosité l’aurait-elle plébiscité, mais j’avoue rêver encore d’une conversion par Ocean reprenant les scènes principales de l’œuvre signée Ridley Scott, à la manière de RoboCop, Batman: The Movie ou encore Les Incorruptibles. Si le logiciel vous intéresse mais que l’hermétisme de son fonctionnement vous pose problème, une excellente solution proposée par Orko Ready est disponible sur la fiche du jeu dans CPC Power.

Indice : Ceci n'est pas un œuf de Pâques

Il en ira de même pour Aliens (UK), édité par Activision en 1986, qui reprend l’action principale du long-métrage de James Cameron se déroulant dans le complexe établi par les colons venus s’installer sur LV-426… quelle bonne idée ! Là aussi, bien qu’ayant repéré le jeu au fil des pages d’Amstrad Cent Pour Cent, le soft n’échouera jamais dans les limbes magnétiques de mon CPC 464. Pour l’avoir découvert dans un élan nostalgique, des années après, la première chose qui m’ait marqué est la musique, surtout celle jouée en cours de partie. Nous y incarnons donc Ripley, ainsi qu’une partie des Marines, sans oublier l’infâme sbire de la Compagnie, Burke ; notre but étant de reprendre la base aux Xénomorphes. Le jeu est difficile, les munitions sont limitées et la gestion de l’escouade, afin que tous ses membres restent en vie, s’avère délicate. 

Sur fond de scrolling horizontal, la maniabilité s’avère quelque peu rigide, d’autant qu’un tir manqué sur l’une des créatures est souvent synonyme de mort immédiate. Pourtant, l’esprit du film se veut bien respecté, notamment grâce au système de caméra et au son caractéristique du détecteur de mouvement (enfin plus où moins). Je ne suis jamais parvenu à finir le jeu, qui a d’ailleurs bénéficié d’un remake intitulé LV-426, offrant une maniabilité retravaillée et quelques éléments de repérage bienvenus. Malgré cela, je n’ai pas non plus réussi à aller bien loin dans cette version. Il n’en reste pas moins que sa fidélité envers son aîné est à souligner.  

Une seconde version d’Aliens (US) est également sortie un an plus tard, proposant une approche différente, plus fidèle au déroulement du film : on y assiste notamment au briefing des Marines sur le Sulaco.  Cette mouture reprend les grandes scènes du long-métrage, en particulier l’affrontement final contre la Reine Alien, entrecoupées de mini-jeux tels que l’identification du nom de chaque équipement, etc. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à passer le premier niveau, qui consiste au largage de notre module sur la planète des Xénomorphes. Après avoir visionné plusieurs vidéos de gameplay (notamment sur la chaîne Amstrad Maniaque), je trouve les graphismes particulièrement laids et préfère de loin la version UK. Cette dernière offre finalement un parcours en demi-teinte à la poursuite de l’organisme parfait, du moins aux yeux de l’officier scientifique Ash. 

Mais je dois vous laisser, car cet enfant que j'étais résidant toujours quelque part au cœur des années 80 vient tout juste de recevoir le nouveau code mensuel destiné au décodeur. Il a intérêt à le saisir, mais aussi à conserver les précédents si il souhaite revoir les films enregistrés précédemment sur la chaîne cryptée via son magnétoscope… faisant peut-être de ce système un lointain précurseur des DRM. 

mercredi 25 juin 2025

Saboteur d'été

 1988. En cette nuit d’été où les ténèbres se meuvent à leur guise, j’ai décidé de camper dans le  jardin familial. Ce dernier n’obtient son nom que grâce à la barrière de fortune bricolée par mon paternel le séparant ainsi du vaste champ sur lequel le ciel étend ses humeurs selon les saisons. Installée à quelques encâblures du sapin planté après mon second noël passé en ces terres aux accents volcaniques, ma tente semble être une forteresse imprenable toute indiquée pour rêver de mes futurs jeux Amstrad cpc. Chien et loup ont tout juste terminé leur affrontement me laissant enfin la possibilité de contempler Dame Lune parée d’argent ou sanguine selon son humeur. Inutile de la courtiser, elle n’a d’yeux en cet instant que pour les étoiles occultées par son imposante présence. 

En cette année 1988, la sorcière de Cauldron prendra son envol sur d’autres cpc que le mien puisqu’elle n’entamera son sabbat qu’en 1989 dans « La Collection CPC » pour ma part, sur 6128. Mais… qu’est-ce que?!! Le loup-garou de « Hurlements » serait-il venu s’appuyer sur ma toile de tente? Hmmm… sûrement pas, il la transpercerait d’un seul coup de griffes! Mais alors qui s’amuse à me faire peur? Allez un peu de courage, je dois inspecter les environs. Ah, voilà les coupables! Mon chien, Titi et Belzébuth le chat ont décrété que faire du toboggan sur mon édifice de fortune se veut très amusant. Bon, après m’être esclaffé et les avoir gentiment chassé, me voici à nouveau dans les bras de cette quiétude rurale. Les imposants feuillus bordant la départementale deux haies plus loin se chargeront d’atténuer les phares d’une voiture égarée au cœur de la nuit alors que les grillons poursuivent sans discontinuer leur chant. 

Ouais, ouais, c'est de toi qu'on parle!

Quelle heure est-il au fait? Bien que la fatigue semble vouloir m’étreindre, la chaleur de cette journée écoulée a bien du mal à se dissiper mais je peux compter sur la verdure environnante pour atténuer ses effets. En attendant que Morphée daigne se présenter, une question existentielle s’empare de mon esprit: Quel jeu vais-je lancer demain sur mon cpc 464? Cela fait un petit moment que je n’ai pas ouvert mon coffret FIL de trois jeux… Alors pourquoi pas jouer à… V? Euh… non, je ne comprends toujours rien et il fut sans doute ma première grosse déception de la part d’Ocean. Gunfright alors? J’ai beaucoup aimé celui-ci mais j’en ai fait un peu le tour idem pour The way of the tiger même si je ne suis parvenu qu’une fois à en voir la fin. 

Ah oui, on parle de toi aussi!

Allongé sur mon duvet, assailli par l’odeur du gazon fraîchement tondu se mélangeant à celle des matières qui composent la toile de tente, me voilà à nouveau attiré par un bruit extérieur. Oh, rien de bien terrifiant semble-t-il mais ce dernier est assez singulier en cette heure désormais avancée de la nuit pour me pousser à scruter le ciel. Bon la fermeture de la porte est un peu capricieuse (forever) mais je parviens à m’extraire à temps pour admirer le spectacle. Là, entre les errances d’une pipistrelle et les hululements d’une chouette engoncée dans son manteau nocturne, passant devant le disque cendré à présent nimbé d’une fine brume, il me semble bien apercevoir un vol d’oies sauvages. Inutile de tergiverser, le souvenir est lointain et ma mémoire me joue peut-être des tours, cependant je reste suffisamment sûr de ce que j’ai vu pour être affirmatif concernant ce point malgré tout ce temps.

Non j'ai dit Morphée pas Orphée!

Mais où en étais-je? Ah oui, j’en appelais au gluon du carton gardien de mes cassettes cpc, comme me l’aurait suggérer Groucha de l’émission « Téléchat », afin de m'aider à choisir une cassette pour contenter le lecteur de mon cpc 464. Head over Heels? Non, je l’ai déjà terminé celui-ci et j’en suis fier d’ailleurs! Bon, ok, sortons l’artillerie lourde et plongeons nous dans cette compilation qui me renvoie encore, à l’écriture de cet article, de puissantes ondes nostalgiques. Alors que mon cerveau énumère un par un les dix softs qui composent la compil’ « Top Ten Collection » de Elite, mon choix s’arrête sur "Saboteur 2" édité par Durell en 1987 et programmé par Clive Townsend. Nous incarnons la sœur du ninja mortellement blessé dans le premier volet. Bon, si comme moi vous êtes un heureux nostalgique de l’Amstrad cpc, vous avez sûrement croisé le chemin de cet excellent jeu dont la musique résonne encore en mes oreilles après toutes ces années. Allez, je l’avoue, pour avoir vu la jaquette du soft dans les pubs d’un magazine, sans doute un numéro d’Amstrad Cent Pour Cent, mon âme adolescente n’est certainement pas restée insensible face à cette silhouette féminine bravant moult danger sur sa moto. 

Je le soulignais quelques lignes plus tôt, la musique de Rob Hubbard est un « banger » comme dirait ma fille du haut de ses quinze ans. Je me souviens encore très bien de mon émerveillement face au menu principal. Graphiquement parlant il n’y a pas vraiment de dépaysement, nous restons dans les tons du premier volet. Le changement réside surtout dans l’aspect dynamique du jeu. Tout commence par l’arrivée de notre ninja en deltaplane au cœur de la nuit.

Une pression sur le bouton feu du joystick (ou la touche du clavier qui lui correspond) et la silhouette gracile effectue alors un saut périlleux pour atterrir aux abords de cette gigantesque base. Adieu le petit entrepôt de Saboteur, ici nous sommes face à une superficie qui nous fera tourner la tête! De même, gardes humains et chiens ont été remplacés par de dangereux robots armés de lance-flammes ainsi que des panthères bien plus coriaces. Notre mission évoluera au fil des parties, la première consistant « simplement » à nous évader sur une moto située au cœur des souterrains du silo à missile. Une fois celle-ci remplie, un code nous sera alors fourni pour accéder à la suivante un peu plus compliquée avec recherche de micro films à la clef. L’objectif de chacune d’entre-elles nous sera expliqué dans un débriefing, la dernière portant le numéro 9 étant la plus difficile et je ne l’ai jamais atteinte.

Non, ceci n'est pas une demande en mariage étrange!

Je parlais de dynamique et bien notre héroïne en est le parfait exemple avec ses sauts périlleux et ses coups de pieds chassés en courant!   Côté arsenal, l’étendue des lieux nous donnera l’occasion de trouver diverses armes au même titre que le premier volet et notre vie est toujours représentée par cette barre rouge qui se restaurera lorsque nous serons au repos. Puisque notre personnage reste un mercenaire, le score sera converti en argent (supposé amusant dans un monde d’hommes riches comme le chantait un certain groupe des années 70). 

Et puis… ah, il semble que je me sois enfin endormi. Mais c’était sans compter un satané moustique venu virevolter autour des mes oreilles. La rosée matinale ne verra donc pas l’aventurier de pacotille se réveiller, ce dernier s’étant au cours de la nuit réfugié en sa chambre. Titi et Belzébuth, dont la présence est à jamais ancrée en ma mémoire auront donc finalement leur toboggan. Quant à moi, le soleil écrasant ne m’atteindra pas, calfeutré dans ma chambre au volets fermés. Impassible, l’astre incandescent dispersera ses rayons sur l’herbe jaunie de cet été 1988 alors qu’appuyée par la musique tonitruante de Rob Hubbard, cette ombre féminine ayant pour seul témoin une lune argentée tentera d’assouvir sa vengeance. 

samedi 14 juin 2025

Buggy Bourbonnais

 1988. Il s’agit encore d’un samedi empruntant les atours d’une belle journée ensoleillée, délicatement balayée par un vent dont le seul propos est de chasser ces imposants nuages blancs paresseux traversant le ciel de ce coin du bourbonnais. De ma fenêtre de chambre, mon fidèle noyer, et, un peu en retrait au milieu du vaste champ, cet imposant chêne me défient de fouler le sol herbeux si je l’ose à moins que le cerisier un peu plus près sur la droite ne capture mon indécision. Enfin, il n’est pas vraiment question d’indécision en cet instant puisque le grand vainqueur reste mon Amstrad cpc 464.

Pas de noyer sur cet écran...

Ma mélancolie n’a qu’à bien se tenir et devra ronger son frein dans l’attente d’un dimanche aux abois car le petit jingle qui se fait entendre est celui de Buggy Boy édité par Elite en 1987. Le chargement du jeu vient de s’achever et son menu principal est un petit cocktail (sans vision) de couleurs! Pas d’options compliquées ici, il me suffit juste de choisir entre le joystick ou clavier puis sélectionner ma piste et me voilà parti à emprunter l’une des pistes pavées d’obstacles.

Vitamines, l'émission qui donne bonne mine!

Il y a cinq types de pistes, ces dernières offrant différents décors allant du tempéré à une saison plus froide en passant par un environnement désertique. Les obstacles restent les mêmes, prenant parfois la forme de rochers tandis que d’autres serviront de tremplin à notre véhicule ou le transformeront en équilibriste sur deux roues. Outre les aléas de la route, le temps sera également notre concurrent mais nous aurons possibilité de déjouer ses plans en amassant des drapeaux estampillés « TIME » le long de notre périple. 

Permis B obligatoire...

Le jeu se veut plutôt agréable, autant par ses graphismes et effets sonores que dans sa jouabilité. Certainement pas le meilleur jeu de l’Amstrad cpc à mes yeux mais extrêmement sympathique, sans prise de tête. J’avais croisé son chemin via la compil’ « Fists’n’Throttles » du même éditeur, ensemble de softs déjà évoqué sur la chaîne ici. Il m’arrive encore de revenir vers Buggy Boy et comme je le dis dans ma vidéo c’est avec ce jeu que j’ai fait découvrir l’Amstrad cpc à ma fille. 

Glagla boy!

Mais alors que je viens d’effectuer une nouvelle sortie de piste, cette belle journée me voit céder à ses avances en foulant à présent le sol de la contrée bourbonnaise verdoyante, espérant secrètement y rencontrer la dryade, protectrice de ce chêne roi du champ.

mercredi 11 juin 2025

Nostalgie estivale

Vous savez, lorsque les beaux jours reviennent, il m’est impossible de ne pas penser à ces magnifiques saisons estivales passées en compagnie de mon Amstrad cpc 464 et, dans une autre mesure le 6128. Je me revois encore venant tout juste de recevoir la compil’ Four Hits Pak de Elite avec ses quatre hits qu’étaient Airwolf… euh non pas celui-là… ses trois hits donc qu’étaient Bomb Jack, Frank Bruno’s Boxing déjà évoqué dans un autre article et Commando. 

Combien de temps avons nous passé, avec mes cousines, à tenter de faire le meilleur score dans Bomb Jack et Commando? Combien de temps sommes nous restés quelque peu perplexes devant le fonctionnement de Frank Bruno’s Boxing avec ses codes à noter précieusement afin de revenir aux boxeurs suivants ultérieurement? Ah, il y a cette anecdote également, qui prête à sourire désormais, cette situation un peu absurde où, après avoir oublié la cassette dans le lecteur du cpc 464 alors que la machine était éteinte, nous nous sommes demandé si cela n’avait pas endommagé la cassette ainsi que la machine! Tout ceci sous le regard impassible des divers héros et héroïnes de cinéma qui ornaient alors les murs de ma chambre. 

Bien sûr, la micro-informatique familiale n’était pas la seule star de l’été, les rediffusions télévisuelles  ne manquaient pas d’attirer notre attention tout autant que ce nouveau venu dans l’univers presse dédié à l’Amstrad cpc. Je parle bien entendu du magazine Amstrad Cent Pour Cent qui nous faisaient rêver avec ces pages de pubs annonçant de futurs hits en devenir (où véritable désastre selon le cas) et dessinaient quelques sourires à la lecture de certains tests. 

C’était il y a un peu plus de trente ans mais parfois, souvent même, pour moi… Nom de Zeus! Il s'agissait d'hier.

lundi 12 mai 2025

Xeno

 1988. Il vient de faire gros temps, en témoigne cette permanence rétinienne liée à certains éclairs qui viennent de strier ce paisible ciel d’Auvergne. Bien entendu, en ces instants tumultueux, hors de question de mettre sous tension mon Amstrad cpc 464 et ainsi prendre le risque de perdre ce précieux compagnon de jeu. Quelque part, dans certaines parties des mines de la Moria, Golum approuve ce choix. 

Mais cet enfant turbulent qu’est l’orage cessera bientôt ses caprices, peut-être conseillé par le soldat Trantor perdu au cœur de cette planète hostile. Là, se frayant un chemin au travers de cette noirceur ambiante, quelques rayons solaires, de ceux qui réchauffent les os et l’âme viendront réclamer leur part de royaume dans cette vaste étendue qu’est le ciel retrouvant ses teintes d’azur au fur et à mesure.

Mon regard d’ado plongé dans le numéro d’Amstrad Cent Pour Cent du moment se tournera bientôt vers le cpc, trouvant en cette percée lumineuse le signe qu’il attendait pour retrouver quelque compilation en dormance dans ce fameux carton au trésor. Les Goonies n’ont qu’à bien se tenir même si cette fois-ci « Amstrad Gold Hits 2 » ne sera pas de la partie. Non, la compil’ « Dix Sur Dix » lui volera la vedette et c’est sur le jeu « Xeno » édité par A&F Software en 1986 que se portera mon dévolu.

Rien à voir avec la guerrière...

Les instants suivants verront défiler les blocks sur le moniteur du cpc 464. Allez, le jeu est enfin chargé, il est temps de se lancer dans un match s’apparentant à un hockey sur glace futuriste. Au cours d’un match dont il est possible de modifier certains paramètres comme le temps de chaque session ou encore la véhémence de la machine qui sera notre adversaire en cas de jeu solo, le but sera de faire glisser la balle dans les buts opposés. Le manuel d’utilisation de la compilation va à l’essentiel: le propos du jeu, les commandes mais toute la partie scénaristique a été occultée, scénario que j’ai découvert des années plus tard via le manuel d’utilisation sur CPC Power.

L’action se déroule sur Io (désigné comme une planète mais s’apparentant peut-être plus au satellite naturel de Jupiter) où un ouvrier d’une colonie minière en place répondant au nom de Xeno a accidentellement poussé un bloc de gaz entre deux piliers de métal enfoncé dans le sol. De cette action fortuite est né ce jeu futuriste héritant du nom de la colonie. Les règles de ce dernier ont depuis changées, plus sécurisées dans le sens où  ce premier projectible instable a été remplacé par un disque et surtout il est possible désormais d’y jouer depuis un micro ordinateur! Graphiquement parlant le jeu est agréable avec sa couleur bleue dominante et présente une vue d’ensemble du terrain. Il n’y a aucune musique, seuls quelques sons comme le bruit du projectile touché par notre soucoupe, jingle d’interruption ou encore acclamation du publique intergalactique se feront entendre. L’action est également fluide, l’enchaînement des échanges entre les deux adversaires peuvent être assez intense selon les réglages choisis via le menu principal.

Si le jeu est sympathique dans l’ensemble c’est avec sa possibilité de jouer à deux qu’il prendra toute sa dimension, chose que je n’ai jamais pu expérimenter. J’avoue n’avoir jamais passé beaucoup de temps sur Xeno ce qui ne m’a pas empêché de saluer sa simplicité me permettant d’y jouer afin de briser parfois la routine des blockbusters. A n’en point douter, il fait partie de ces softs qui ont apporté un petit plus, tout comme la compilation « Dix Sur Dix » (command performance en Albion) qui avait pour elle de proposer des softs qui se « méritaient », dans le sens où ces derniers nécessitaient un temps d’adaptation afin de les savourer pleinement. Je pense notamment à « Mercenary », « Cholo » ou encore « The Armageddon Man » récemment évoqué. 

Mais alors que cette après-midi touche à sa fin, ma défaite face à mon adversaire dans Xeno m’extirpera de mon cpc 464 afin de profiter du parfum de pétrichor qui a fait main basse sur les environs. Ces baskets au blanc douteux mises à la hâte, me permettront de fouler le sol humide afin d’atteindre cet imposant chêne. Là, mes yeux captureront l’astre solaire bientôt subtilisé par le royaume des morts qu’est cet horizon ouest.

mercredi 16 avril 2025

Sunday Man

 1988. Les ombres de l’existence, sous ce soleil temporel implacable, s’étirent à une vitesse folle. Aujourd’hui devient soudainement hier, demain n’aura bientôt rien à lui envier. Malgré tout, mes souvenirs liés à l’Amstrad cpc s’éparpillant de manière résiduelle en ma mémoire subsistent. Comme celui de ce dimanche après-midi, oui encore ce jour que je n’apprécie guère avec son aspect doucereux de quiétude, prêt à me livrer en pâture au lundi après avoir âprement négocié avec ces heures sournoises.

Il n’y a cependant aucune raison de pas profiter de mon cpc 464, notamment avec la compilation Dix Sur Dix partiellement évoquée sur le blog. Quelques jeux ont attiré mon attention comme « The Armageddon Man » édité par Martech en 1987 dans lequel nous incarnons un commandant suprême devant veiller sur la paix mondiale… rien que ça! Le moins que l’on puisse dire c’est que la tâche ne sera pas simple. 

Il me faudra tout d’abord patienter alors que la cassette déroule impassiblement sa bande magnétique dans le lecteur du 464. Un temps devenu précieux pour compulser la notice. D’ailleurs mieux vaudra appréhender la langue d’Albion car si le manuel est en français dans la compil’, le soft est lui intégralement en anglais. Notre champ d’action se résumera à un écran où nous aurons tout à portée de main: un planisphère qui nous rappellera les cours de géographie manqués, quelques outils d’espionnage (satellites, intercepteur de fréquences radio etc..) rapports sur les ressources des 16 pays membres, gestionnaire des déplacements de notre force d’intervention militaire ainsi que le courrier entrant/sortant.

La pression du compte rendu...

En clair "The armageddon man" fait appel à mes talents de gestionnaire… que je n’ai pas! Pourtant le jeu m’interpelle et malgré mon niveau d’anglais encore assez faiblard en cette année 1988, je m’accroche afin de contenter chaque pays. Ce ne sera pas chose aisée car en réalité les évènements surviennent rapidement et il n’est pas rare de se voir submergé par le travail! L’observation et l’écoute seront deux atouts majeurs indispensables afin d’éviter une guerre conventionnelle entre deux pays ou pire encore un conflit atomique. En général, les signes de tensions entre deux pays sont rapidement visibles et il sera alors possible d’agir en conséquence avec la mise en place de satellites défensifs qui se chargeront d’intercepter les ogives alors lancés ou encore d’imposer au pays le plus agressif la présence de notre armée.

L'arsenal de chaque pays...

La difficulté réside essentiellement dans le contentement de chaque pays membres, assurer un statut d’égalité. Notre commandement sera aussi examiné à la loupe et si certaines contrées ne nous critiqueront pas ouvertement, ces dernières nous le feront savoir d’une manière ou d’une autre. Même sans conflits déclarés, il se peut très bien que notre gestion désastreuse nous pousse vers la sortie! Ainsi il sera très important de porter attention à chaque courrier, notification reçue car il nous faudra porter une appréciation. Ignorer une décision cruciale peut mettre fin à la partie! Côté commandes, le curseur peut-être déplacé via le joystick ou le clavier mais je me suis toujours demandé si la souris AMX était éventuellement utilisable, un peu comme dans le cadre d'un jeu point'n'clic actuel.

Ouch!

Alors que ce dimanche touche finalement à sa fin, comprenez par là que le générique de Sept Sur Sept résonne non loin de là dans les hauts-parleurs de l’imposante télévision cathodique et que par conséquent l’heure du repas approche, je suis brutalement     démis de mes fonctions. Malgré tout, un sourire se dessine sur mon visage en portant un regard vers ma fenêtre de chambre afin de me plonger dans la quiétude rurale environnante car, à n’en pas douter, « The Armageddon Man » est une pépite insoupçonnée de l’Amstrad cpc.

jeudi 10 avril 2025

Kwon et les autres

 1989. Quel jour sommes-nous? Un mercredi sans doute où cette mélancolie un peu folle, hors de contrôle, accentue sa présence en laissant mon regard flâner sur les environs. Par la fenêtre de cette chambre, qui se révèle au final être une porte dimensionnelle que Rod Serling aurait peut-être validé, il s’agit d’une journée lumineuse. Ce soleil est bien trop timide pour faire croire au retour des beaux jours, mais suffisamment présent pour réchauffer les os et l’âme. 

Il ne m’en fallait pas plus pour laisser un vent léger, venu jouer les trouble-fête au cœur de cet instant presque printanier,  guider mes pas au milieu de ce champs faisant face à la demeure familiale. Si le ciel d’azur suffit amplement à mon bonheur, mon esprit est quelque peu distrait par l’idée de lancer ce nouveau jeu reçu récemment en provenance de chez Micromania. 

Allez, il est temps pour cet ado pourri gâté matériellement de délaisser cette contrée, tout du moins temporairement, afin de retrouver encore pour quelques temps le clavier de ce bon vieil Amstrad cpc 464. Appuyé dans ma décision par un rouge-gorge dont la complainte me fait comprendre qu’il serait effectivement souhaitable que je quitte les lieux, j’ai déjà en tête ma future action: ouvrir ce boîtier cristal avec cette jaquette à l’allure esthétique discutable. 

HKMoche

H.K.M pour Human Killing Machine, tel est le nom du soft sur lequel s’est porté mon choix récemment. Edité par U.S Gold cette même année nous y incarnons Kwon, un artiste martial dont le but sera d’affronter divers ennemis autour du globe. Inutile de tergiverser, nous sommes face à un dérivé de Street Fighter que j’appréciais assez au final sur mon 464, jeu déjà évoqué sur le blog.

Pourquoi ce choix? Même après toutes ces années, je ne sais quoi répondre à vrai dire. Quoiqu’il en soit, lors de mes premiers pas ou plutôt coups de poings, j’étais loin d’être emballé malgré une musique qui figure parmi mes préférées de l’Amstrad cpc. Notre tour du monde de la bagarre se limitera à cinq destinations: Moscou, Amsterdam, Barcelone, Germany et Beyrouth. La différence avec Street Fighter réside dans le fait que nos opposants compteront parmi eux un chien et un taureau… Youpi.

On doit attendre la fin du chargement ok!!

Bien qu’assez brouillons, les graphismes sont jolis mais l’action terriblement lente. Petit détail sympathique, les coups rendus à nos adversaires apparaissent sous forme d’onomatopées un peu comme dans la série Batman avec Adam West et Burt Ward. Si je parviens à remporter la victoire face à Igor, Shepski, Maria et Helga, Miguel et Brutus deviennent des obstacles infranchissables. Développé une nouvelle fois par Tiertex, Human Killing Machine s’avère rapidement être une déception vers laquelle je reviendrais peu par la suite. Cette après-midi se verra donc bien mal employée à tenter de défaire mes opposants. Des années plus tard, avec l’appui de l’émulation, j’arriverais à voir les derniers opposants de Kwon pour découvrir que le jeu boucle une fois le dernier adversaire vaincu.

Tiens, prends ça vilain!

Je ne garde donc pas un souvenir impérissable du soft d’U.S Gold si ce n’est son thème musical accrocheur. Alors que le boîtier cristal trouve sa place auprès des autres dans ce carton fatigué, ma main s’apprête à saisir celui de « Street Fighter » avant de se raviser. Une fois le cpc 464 éteint, un sourire se dessine sur mon visage: je connais un oiseau qui va sans doute être peu ravi de me revoir en ce champ.

jeudi 27 mars 2025

L’ œil du tigre

 1986 ou 1987 Le souvenir suivant reste à la discrétion de l’incertitude quant à sa date. Nous sommes mardi soir et pour ma part l’excitation est à son comble. L’imposante télévision cathodique, acquise depuis peu, avec son écran de protection et sa télécommande tout droit sortie d’une émission des frères Bogdanoff, est calée sur la seconde chaîne. Cette dernière me voit allongé sur ce canapé simili cuir à la teinte foncée. La mousse s’échappant de l’accoudoir hémorragique me fait sentir l’ossature de bois qui malmène en cet instant ma nuque. Le meuble est bien mal en point donc, assailli de toute part par les griffes de Belzébuth qui l’affectionne particulièrement et recouvert d’un plaid dont l’état n’a rien à lui envier. Le morceau de tissu beige clair est destiné à Love notre chienne Berger allemand  dont la mâchoire présente un handicap lié à la maltraitance de ses précédents « maîtres ». 

Elle ne tardera d’ailleurs pas à me rejoindre, prenant alors la majeure partie de la place. Bien que je sois allongé, outre le fait que Love entend bien avoir sa part de territoire malgré sa douceur, je ne tarderais pas à me redresser une fois la page de publicités cédant place au film de ce mardi soir. Le long-métrage en question est « Rocky 3 – L’œil du titre ». Les premières notes de la chanson du groupe « Survivor » me font immédiatement frissonner. En cet instant, le morceau est déjà gravé en ma tête et ne la quittera plus jamais , le cœur prenant le relais au fil du temps qui passe. 

Le salon à la moquette élimée, mes parents sur leur fauteuil respectif, l’odeur du tabac dont ma mère abuse, chaque détails liés à notre quotidien est absorbé par le film. Je suis en colère alors que Rocky s’écroule sous les coups de Clubber Lang incarné par Mister T, pleure discrètement lorsque Mickey joué par Burgess Meredith (Le Pingouin dans la série Batman datant de 1966) décède dans ce sombre vestiaire, exulte lorsque Apollo décide de mener Rocky vers la victoire.  A la fin de cette séance qui n’est pas encore la dernière, impossible pour moi de rester en place malgré les gestes de mon père qui m’invite au calme. Le sommeil aura bien du mal à trouver son chemin cette nuit là, quelque peu retardé par la chanson du groupe « Survivor » entonné par mon esprit agité.

C’est avec ce souvenir en tête que j’aborderais Frank Bruno’s Boxing édité par Elite en 1985 et découvert pour ma part via la compilation « Four Hits Pak » du même éditeur. Nous y incarnons ici un boxeur professionnel bien réel: Frank Bruno.  Le jeu obtient à mes yeux un statut mystérieux avec son menu austère et son choix de commandes déroutant. Afin de vaincre mes adversaires au nombre de 8 je dois utiliser le joystick ainsi que le clavier. Tous sont caricaturaux mais n’en sont pas moins redoutables, la difficulté augmentant progressivement. Pour atteindre la victoire, outre me familiariser avec les commandes, il me faudra également observer les techniques de mes ennemis. 


Si le premier combattant n’est pas très difficile à vaincre, le second n’hésitera pas à enfreindre les règles en vigueur en utilisant ses pieds pour me mettre à terre. Il faut donc être prêt à se baisser dès que celui-ci entreprend un coup de savate ce que je ne fais pas à temps, me retrouvant bien souvent K.O. La victoire n'est donc pas pour aujourd’hui, l’entraînement sera de mise avant d’aller plus loin et d’atteindre Peter Perfect le champion américain. La bonne idée du jeu est de fournir un code une fois l'adversaire en cours vaincu, ainsi il est possible de reprendre là où nous en étions lors d’une prochaine partie. De même si la défaite survient en cours de jeu, il est possible d’affronter à nouveau le dernier boxeur.


Graphiquement parlant, j’apprécie beaucoup le style. Si comme dit plus haut je suis quelque peu déstabilisé par les commandes, la jouabilité reste très agréable. Je ne parviendrais jamais à défaire mes adversaires en une seule fois, cependant, avec le temps, l’œil du tigre appuiera mon ambition de gagner le titre mondial. Mais au final, le seul gagnant de l’histoire reste ce souvenir indélébile lié au film avec Sylvester Stallone et le jeu de l’éditeur Elite.

mercredi 26 février 2025

Pilotes et Mat(hs)

 1989/1990, la date exacte est floue à vrai dire. Le cpc 464 ne tardera pas à quitter les murs de ma chambre pour aller rejoindre ceux d’une connaissance, cédé à un prix qui restera à la discrétion des protagonistes que sont mon père et l’acheteur. Il me semble avoir déjà évoqué cette transaction lors de lignes précédentes d’ailleurs. 

Quoiqu’il en soit, mon échec scolaire s’apprête à m’accompagner lors de ce nouveau cursus propre au lycée. Mes angoisses et ma mélancolie semblent dispersées, aveuglées par un certain détachement que je ne sais vraiment expliqué. Malgré cela, l’obsession de mon père porte sur mon niveau en mathématiques (concernant ce point je n’ai aucun argument pour me défendre). Aussi décide-t-il de me faire suivre des cours particuliers auprès d’un premier étudiant calé en la matière qui jettera l’éponge au bout de quelques courts, assurant qu’il y a du progrès en la matière ce qui s’avère faux. 

Ne voyant aucun résultat probant, mon paternel revient à la charge avec cette fois-ci le fils du proviseur adjoint que tout le monde craint au lycée. En réalité, en dehors il s’agit d’un homme charmant. Ce dernier vit dans le coin et son fils a pour souhait d’être pilote de ligne. Il suit d’ailleurs un cursus en ce sens mais la route est longue. Alors pour arrondir les angles des frais liés à ses études, le voici en lys pour un défit de taille: relever mon niveau en maths toujours au ras du tarmac. A vrai dire, lors de ces cours, j’ai l’impression d’effectuer une sortie astrale, laissant ainsi cette enveloppe physique jouer au pantin avec son stylo et regard vide.

Le jeune homme n’est pas désagréable mais s’énerve légèrement parfois. La situation est néanmoins désamorcée par la présence de l’Amstrad cpc lorsque, lors d’une pause, il me pose quelques questions sur les jeux en ma possession. L’un d’eux attire son attention: Fighter pilot édité par Digital Integration en 1985 en  présent sur la compilation « They sold a million 3 » évoquée lors de précédents articles. J’ai cette compilation depuis longtemps mais elle aussi s’apprête à partir avec le cpc 464 d’ici quelques temps. 

A la fin du cours (accueilli avec soulagement), je lui propose d’essayer le jeu. Il se livre alors sur son cursus en cours et son souhait de devenir pilote lui aussi dans un tout autre domaine néanmoins. Allez, une fois la cassette chargée et la musique d’intro (que j’apprécie au passage) éludée, nous voici sur la piste. Pendant le chargement, mon « invité » a pris connaissance de la notice car la procédure pour faire décoller et piloter l’avion de chasse est plutôt complexe (de mon point de vue). Hormis le tableau de bord, graphiquement parlant, le jeu n’est pas très détaillé mais ce n’est pas réellement gênant car ce sont surtout les commandes qui vont attirer notre attention dans les diverses situations proposées.

Et si on essayait ce bouton...

Sur ce dernier point, le jeu a l’air plutôt complet nous proposant les entraînements liés à tout bon pilote ainsi que le choix de notre grade (élève pilote pour moi svp!). En cet instant je possède un joystick Moonraker (peut-être Roger Moore l’a t-il utilisé qui sait?) dont le manche a la fâcheuse tendance d’être amovible. Ici nous n’aurons pas trop à nous en inquiéter car il ne s’agit pas d’un jeu d’arcade. Mon professeur du moment s’essaye donc à faire décoller en me demandant la procédure décrite sur la notice de la compil’ et c’est avec plaisir que je m’exécute car en réalité je reviens très peu vers Fighter Pilot à cette époque. 

L'écran de sélection: hey les mecs on est pas là pour rigoler ok?!

Ainsi pendant quelques instants, là, sur nos chaises face à l’Amstrad cpc 464 perdu au milieu du bourbonnais, j’ai l’impression d’être dans le cockpit de cet avion prêt à décoller. Une fois la procédure effectuée, le copilote que je suis devenu assistera de son mieux le pilote pendant ces quelques minutes car la session de jeu se voudra courte, le jeune professeur devant repartir assez tôt. 

Par la suite, les quelques cours suivis sous sa coupe s’achèveront par une séquence «Fighter Pilot », nous essayant à diverses sections du pilotage. Mon père mettra fin à ses cours de maths extra-scolaire jugeant mon cas réellement désespéré. Même si j’en suis soulagé j’éprouve tout de même un petit regret car ces séances de pilotages m’avaient bien amusé. Je n’ai jamais revu Jean-Marc mais il y a quelques années de cela, via un échange de mails avec son père, j’appris qu’il avait réalisé son souhait en devenant pilote de ligne. 

Le pilote: mais pourquoi tu m'as rien dit sur le train d'atterrissage?!!

Aussi, lorsque ce ciel suffisamment dégagé me laisse apercevoir  la silhouette d'un avion volant vers une destination inconnue, une esquisse de sourire se dessine sur mon visage en repensant à ses sessions de vols sur Fighter Pilot de Digital Integration.

 

lundi 13 janvier 2025

Let's go mister driver!

 1990. L’astre cendré a déjà pris possession de cette véranda, baignant les objets qui la peuplent d’une lumière spectrale. Dame Lune n’est pas la seule à s’être appropriée les lieux puisque l’hiver jaloux s’empare à son tour de sa main glaciale des baies vitrées ressemblant à  autant de passages dimensionnels qu’affectionnait particulièrement Rod Serling. 

L’heure du dîner n’est plus très loin mais j’ai encore une bonne heure devant moi, aussi dois-je me hâter car le droit exceptionnel d’utiliser Amcharge m’a été donné par la figure paternelle. Au détour du couloir direction la chambre parentale les bras chargés par mon Amstrad cpc 6128, le câble permettant de relier l’ordinateur au minitel pendillant dangereusement de l’ensemble en transit. 

Mon choix est déjà fait concernant le logiciel à télécharger, il s’agit de « Chase HQ », édité par OCEAN en 1989, repéré dans la VHS du « Micromania video show ». Bien entendu l'extrait montré présente la version arcade et je sais pertinemment que l’adaptation cpc n’aura absolument pas le même rendu. Autre point auquel je n’avais pas prêté attention, le téléchargement proposé ici comporte uniquement le premier niveau.

Allez, le (long) téléchargement vient de se terminer alors qu’au-dehors le saule pleureur tel un spectre, un peu comme le « King of pain » de The Police, semble être destiné à régner sur cette part de jardin. Let’s go Mister Driver! Pas si vite! Nancy, dont l’air fait état d’une certaine lassitude, doit d’abord nous briefer sur la mission qui consiste à intercepter le véhicule d’un criminel qui se dirige vers la frontière. 

Excepté une petite phrase d’encouragement de la part de mon collègue, on ne peut pas dire qu’il règne une ambiance folle dans l'habitacle. Qui plus est, aucune musique ne viendra compenser les piètres effets sonores ponctuant notre conduite. En parlant de cette dernière je m’aperçois très vite qu’il ne sera pas aisé de mener à bien notre mission, la conduite du bolide qui nous est confié étant plutôt raide.

Je n’ai d’autre choix que de m’accrocher, après tout « Chase HQ » obtenu par la magie de la technologie Amcharge ne peut s’avérer être une déception! Et pourtant, je dois l’avouer, c’est bien cette dernière qui  pose ses mains amères sur mes frêles épaules d’adolescent. Je parviens tout de même à trouver quelques points positifs dans cette adaptation comme l’impression de vitesse ou encore le son satisfaisant émis par le turbo. Mais l’ensemble, bien que coloré, ne parvient pas à me convaincre d’autant que ma piètre conduite, appuyée par la rigidité de la jouabilité, m’empêchera de terminer ce niveau. Malgré des graphismes plutôt sympathiques, je ne parviendrais pas à apprécier Chase HQ qui selon moi n’est pas le meilleur soft de OCEAN. 

Ambiance tonton à moustache

Ainsi se termine cette session Amcharge. Bientôt le cpc déserte le bureau de mon paternel afin de retrouver ma chambre à quelques pas de là. Pour sûr, hors de question de me laisser gagner par la déception. La soirée est loin d’être terminée et il y a fort à parier que « La Collection CPC » par exemple m’apportera quelque réconfort alors que les parents seront en train de regarder un énième épisode de Perry Mason (une très bonne série au passage) avec Raymond Burr. Alors que les contrées des rêves m’ouvriront leurs portes d'ici quelques heures, Nancy m’apparaîtra peut-être un peu plus charmante en dehors de son boulot.

Bouh le nul!!!