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dimanche 12 avril 2026

Le xénomorphe codé

  1984. Canal+ est entré dans notre foyer, un événement déjà évoqué à plusieurs reprises au fil de mes articles. Le décodeur à touches a aisément trouvé sa place aux côtés du lourd magnétoscope et de l’imposante télévision cathodique de marque Grundig, dont la télécommande semble tout droit échappée du pupitre de l’Enterprise. Les bandes-annonces, promettant monts et merveilles – comme la diffusion du dessin animé consacré à Mister T. ou du Sherlock Holmes de Miyazaki aux prémices de la chaîne –, ont plus que capté mon attention.

Un logo, mille souvenirs

Bientôt, c’est tout un monde cinématographique qui s’ouvre à moi. Ainsi, à l’âge de 10 ans, la violence de Délivrance, réalisé par John Boorman en 1972, celle de Vigilante, ou encore la soif de vengeance de Paul Kersey sous les traits de Charles Bronson, me marqueront sans doute à jamais. Heureusement, je peux compter sur Jackie Chan pour esquisser quelques sourires sur ce pâle visage d’enfant, adolescent en devenir, fasciné par ce déluge de plans mettant le plus souvent en scène des acteurs légendaires.

Au détour du programme envoyé chaque mois par la chaîne cryptée, un long-métrage attire mon attention : Alien de Ridley Scott, sorti en 1979. J’ai cinq ans lors de sa diffusion télévisée ; alors qu’un organisme implacable décime l’équipage du Nostromo dans les salles obscures, le Téléscore de SEB, ma toute première console, anime encore la télévision en noir et blanc. La bande-annonce, aperçue au détour d’un spot publicitaire, ne m’annonce rien de bon avec ses hurlements, heureusement sans loup-garou pour le moment. Pourtant, la répulsion cède bientôt place à la curiosité et me voici devant ce film se déroulant dans l’espace profond.

Bien loin des codes classiques, le Nostromo, ce vaisseau-cargo transportant divers minerais à destination de la Terre, me révèle que l’espace, c'est crade, et que les conditions de travail infligées aux employés semblent similaires à celles sur Terre. Il y a tout d’abord l’hyper-sommeil, ces sombres histoires de primes inégales entre les membres de la compagnie Weyland-Yutani, mais c’était sans compter ces petites lignes perdues au milieu des contrats : elles transforment, sans discussion possible, les membres de l’équipage en secouristes ou explorateurs dès qu’un signal de détresse se manifeste. 

Ainsi, le capitaine Dallas, le lieutenant Ellen Ripley, les ingénieurs Parker et Brett, l’officier scientifique Ash, la navigatrice Lambert, l’officier en second Kane ainsi que le chat Jones sont tirés de leur sommeil profond à l’approche d’une planète répertoriée sous le nom LV-426, qui émet l’un de ces signaux… en apparence, tout du moins. La suite, si vous avez vu le film, vous la connaissez. À l’issue de ces deux heures éprouvantes, un sentiment d’admiration pour Ellen Ripley m’étreint, tandis que mes mains semblent incapables de quitter mon plexus. Je viens de faire la connaissance du Xénomorphe, mais aussi d’une grande dame du cinéma. 

J’avoue ne plus avoir aucun souvenir de la date précise à laquelle j’ai vu ses suites, notamment Aliens de James Cameron, sorti en 1986. Je n’ai malheureusement visionné aucun volet de la saga au cinéma, seulement sur le petit écran, ce qui fait de moi un « cinéphile télévisuel », comme j’aime à le dire, pour peu que ce terme ait une quelconque importance aux yeux d’élitistes idiots. Curieusement, je me souviens particulièrement de l’arrivée imminente du troisième opus en 1992 : juste avant de partir pour le service militaire, j’avais acheté mon dernier numéro de Mad Movies, me semble-t-il (à moins que ce ne fût un autre magazine du genre). Après ce troisième volet, la saga s’est arrêtée pour moi. 

J’aimerais pouvoir vous dire avoir connu les trois jeux sortis sur Amstrad CPC, mais tel n’est pas le cas. À vrai dire, je n’ai découvert que récemment l’adaptation du premier volet sur ma machine de cœur, publiée par Amsoft en 1985. Dans ce titre, nous devons traquer le Xénomorphe pour l’éliminer, le tout sur fond de stratégie. Comment aurais-je réagi face à ce jeu à l’époque ? Je l’ignore ; peut-être ma curiosité l’aurait-elle plébiscité, mais j’avoue rêver encore d’une conversion par Ocean reprenant les scènes principales de l’œuvre signée Ridley Scott, à la manière de RoboCop, Batman: The Movie ou encore Les Incorruptibles. Si le logiciel vous intéresse mais que l’hermétisme de son fonctionnement vous pose problème, une excellente solution proposée par Orko Ready est disponible sur la fiche du jeu dans CPC Power.

Indice : Ceci n'est pas un œuf de Pâques

Il en ira de même pour Aliens (UK), édité par Activision en 1986, qui reprend l’action principale du long-métrage de James Cameron se déroulant dans le complexe établi par les colons venus s’installer sur LV-426… quelle bonne idée ! Là aussi, bien qu’ayant repéré le jeu au fil des pages d’Amstrad Cent Pour Cent, le soft n’échouera jamais dans les limbes magnétiques de mon CPC 464. Pour l’avoir découvert dans un élan nostalgique, des années après, la première chose qui m’ait marqué est la musique, surtout celle jouée en cours de partie. Nous y incarnons donc Ripley, ainsi qu’une partie des Marines, sans oublier l’infâme sbire de la Compagnie, Burke ; notre but étant de reprendre la base aux Xénomorphes. Le jeu est difficile, les munitions sont limitées et la gestion de l’escouade, afin que tous ses membres restent en vie, s’avère délicate. 

Sur fond de scrolling horizontal, la maniabilité s’avère quelque peu rigide, d’autant qu’un tir manqué sur l’une des créatures est souvent synonyme de mort immédiate. Pourtant, l’esprit du film se veut bien respecté, notamment grâce au système de caméra et au son caractéristique du détecteur de mouvement (enfin plus où moins). Je ne suis jamais parvenu à finir le jeu, qui a d’ailleurs bénéficié d’un remake intitulé LV-426, offrant une maniabilité retravaillée et quelques éléments de repérage bienvenus. Malgré cela, je n’ai pas non plus réussi à aller bien loin dans cette version. Il n’en reste pas moins que sa fidélité envers son aîné est à souligner.  

Une seconde version d’Aliens (US) est également sortie un an plus tard, proposant une approche différente, plus fidèle au déroulement du film : on y assiste notamment au briefing des Marines sur le Sulaco.  Cette mouture reprend les grandes scènes du long-métrage, en particulier l’affrontement final contre la Reine Alien, entrecoupées de mini-jeux tels que l’identification du nom de chaque équipement, etc. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à passer le premier niveau, qui consiste au largage de notre module sur la planète des Xénomorphes. Après avoir visionné plusieurs vidéos de gameplay (notamment sur la chaîne Amstrad Maniaque), je trouve les graphismes particulièrement laids et préfère de loin la version UK. Cette dernière offre finalement un parcours en demi-teinte à la poursuite de l’organisme parfait, du moins aux yeux de l’officier scientifique Ash. 

Mais je dois vous laisser, car cet enfant que j'étais résidant toujours quelque part au cœur des années 80 vient tout juste de recevoir le nouveau code mensuel destiné au décodeur. Il a intérêt à le saisir, mais aussi à conserver les précédents si il souhaite revoir les films enregistrés précédemment sur la chaîne cryptée via son magnétoscope… faisant peut-être de ce système un lointain précurseur des DRM. 

samedi 21 mars 2026

Jour sombre à Sunnydale

Les jours passent et se ressemblent sombrement parfois. Il interprétait Alexander dans la série Buffy contre les vampires (1998), une série que j’appréciais regarder sur ma télévision 26 cm de marque Kaïsui à l’époque. Avec son générique énervé, l’interprétation de Sarah Michelle Gellar, le trouble hypnotisant qu’avait Drusilla (interprétée par Juliet Landau) sur mon être, la série me rappelait mon adolescence effacée par la vie adulte.

Nicholas Brendon 1971 - 2026

 Et puis il y avait le personnage de Alexander joué par Nicholas Brendon, gaffeur invétéré du groupe mais pote sur qui l’on pouvait compter à chaque instant, nous ayant quittés ce 20 mars 2026, même jour que Chuck Norris, à seulement 54 ans. Il en va de même pour chacun d’entre nous mais alors que j’approche également de cet âge, impossible de ne pas penser au flot ininterrompu de ce temps implacable.

vendredi 20 mars 2026

Porté disparu

 Je ne vais pas mentir. Lorsque j’étais gosse j’adorais les films de Chuck Norris, souvent vus à la télévision bien sûr mais également au détour d’une cassette VHS offerte dans le cadre de  l’abonnement du Club Dial, sans oublier celles louées par le paternel auprès du vidéoclub local.

J’ai grandi, ses films m’ont nettement moins attiré et j’ai peut-être regardé un ou deux épisodes de « Walker Texas Ranger » sans jamais y porter grande attention. Depuis, je ne nie pas avoir souri aux nombreuses blagues liées à son statut underground d’homme invincible, notamment celle-ci (approximativement) : «  Et Dieu dit, que la lumière soit. Chuck Norris répondit : on dit s’il-vous plaît ».

Mon souvenir cinéma le plus marquant avec cet acteur et artiste martial restera sans doute son affrontement avec Bruce Lee dans « La fureur du dragon ». Reposez en paix Chuck Norris.

Chuck Norris 1940 - 2026

samedi 15 novembre 2025

Arnold et Alyssa

 Suite à la rediffusion par RTL9 de Commando avec Arnold Schwarzenegger ce samedi soir, bon nombre d'images me sont revenues en tête. Le poster offert par ma mère à l'époque et qui s'affichait fièrement au-dessus de mon lit, le commentaire de mon père lors de l'assaut final : "mais ton gars là, il ne recharge jamais en fait!", l'apparition de Bill Paxton en contrôleur aérien le temps de quelques minutes, la languette de la VHS retirée afin d'être sûr que le film ne soit pas écrasé par un autre enregistrement (coucou l'épisode de Schimanski enregistré par Maman!) et bien entendu les répliques cultes. Je me revois encore, sur le canapé du salon, attentif à chaque prouesse du colonel Matrix en guerre contre son ancien coéquipier Bennett ravisseur de sa fille incarnée par Alyssa Milano, admiratif lorsqu'au début ce dernier a senti venir les ennemis avant même qu'ils n'apparaissent. 

 Et puis il y avait eu cette petite déception lorsque Cooke incarné par Bill Duke, également présent deux ans plus tard dans "Predator", combat Arnold Schwarzenegger dans la chambre d'hôtel. Cooke déclare être un béret vert mais se faisait avoir trop rapidement à mon goût. Cette amertume venait sans doute du fait que mon père ayant fait partie de ces soldats d' élite dans sa jeunesse et, le considérant alors comme un héros de guerre, je voyais ces hommes invincibles.  

 Je me revois tout autant fredonner le thème musical, aux consonances d'Aliens 2 puisque James Horner s'est chargé de la bande-son du long-métrage réalisé par Mark Lester à qui l'on doit notamment "Dans les griffes du dragon rouges" avec Brandon Lee. De mémoire, j'avais vu le film grâce à Canal +, substitut d'un cinéma dans lequel je ne me rendais que très rarement. Les années passent, j'ai déjà 51 ans, pour autant, même si l'adulte s'amuse désormais des répliques et scènes d'actions de Commando, quelque part, non loin de là, l'enfant/adolescent conserve lui une grande part d'affection pour ce cinéma des années 80 et reste profondément attaché à ces rendez-vous télévisuels peu à peu effacés par les plateformes de streaming. 

jeudi 1 mai 2025

Eddy et la créature

 1982.  Le souvenir est un peu flou néanmoins La tension est palpable et pour cause. Du haut de mes 8 ans j’ai la fâcheuse impression, en cette fin d’après-midi de ce mardi, que les courses au cœur du supermarché Rond Point  (devenu Carrefour par la suite) s’éternisent. L’heure tourne, une légère angoisse prenant la forme d’une question s’est emparée de moi: En restera-t-il pour nous? 

Je veux bien entendu parler de ce légendaire numéro spécial du programme Télé 7 jours contenant une paire de lunette en carton avec ses verres en plastique rouge et vert qui nous permettront de regarder le film de Jack Arnold en relief: « La créature du lac noir » (1954) dans l’émission « La dernière séance ». Enfin, c’est ce que nous promet la couverture.

Vestiges d'un passé

Allez plus de temps à perdre, le chariot chargé des achats réglés nous voici en direction du point presse où, en 1989, j’achèterais la réédition de « Batman: Year One » sous forme d’épisodes lors de la sortie du Batman de Tim Burton. Ouf, il est là, pas le saint Graal mais presque à mes yeux. Une fois le précieux ouvrage acquis retour à la maison pour préparer cette soirée qui sera de toute façon mémorable quoiqu’il arrive.

Sur le chemin, calé dans la banquette arrière d’une Lada s’apprêtant à tirer sa révérence, je suis littéralement absorbé par les quelques pages dédiées au long-métrage. Il s’agit de mon premier film réalisé par Jack Arnold, par la suite « Tarantula » deviendra culte à mes yeux, toujours diffusé au sein de l’émission présentée par Eddy Mitchell. Le temps passe (entraîne la mémoire comme le chantait Silmarils) œuvrant sur l’excitation de ce gamin qui n’en peut plus d’attendre. Cependant ce flottement temporel fait pour moi partie intégrante de ces précieux instants, ces précieux souvenirs.

L’heure du dénouement arrive, ne tenant pas en place sur le canapé à la gloire passée je préfère regarder le film à même la moquette noircie ci et là par quelques braises véhémentes échappées de l’âtre lors des soirées d’hiver. Je retiens mon souffle alors que le chanteur présente le film, AH voici le logo d’Universal! L’utilisation des lunettes est encore précoce, je préfère attendre, laissant mes parents à tour de rôle s’en équiper. Au final, je crois bien que le long-métrage m’intéresse plus que le procédé. Pourtant, ma mère m’invite à les utiliser lors de certaines scènes. Hmmmm, on ne peut pas dire qu’il y ait un grand changement mais je remarque tout de même quelques petits effets de profondeur ci et là.

Moi, après avoir enlevé les lunettes...

Au diable (dans la mare) les lunettes! Je veux pleinement suivre les péripéties de cette équipe scientifique en prise avec cette mystérieuse créature! Je suis réellement saisi par l’aspect du « monstre » qui est à mon sens convaincant. La soirée touche à sa fin. Mes parents semblent dubitatifs, face au programme, face à la technique… Quant à moi, alors que le sommeil espère bien me rattraper, me voici toujours étreint par l’effervescence de cette merveilleuse soirée.

lundi 21 avril 2025

Elisabeta

  1995. Les déménagements se succèdent au cœur de cette ville industrielle et le moins que l’on puisse dire c’est que l’appartement actuel loué par mes parents en cet instant est sans doute l’un des pires. Ce dernier est dans un immeuble bordé par l’artère principale d’un quartier inondé par le flot d’une circulation incessante. 

Lorsque le minuscule balcon n’est pas la proie des gaz d’échappements, il bénéficie de l’arrosage des plantes de l’appartement juste au-dessus sans parler du bruit occasionné par cette locataire affectionnant les talons hauts quelque soit l’heure. Entre deux pérégrinations, j’occupe la petite chambre située côté parking, lieu un peu plus calme mais néanmoins témoins d’échauffourées entre voisins pour une sombre histoire de place attitrée.  Combien champs et quiétude me manquent! Malgré cela je parviens à trouver quelque beauté en ces lieux comme cette cuisine baignée par la luminosité d’un soleil parfois généreux. Là, dans ce minuscule espace, l’astre incandescent me réchauffe les os et l’âme, m’offrant par la même occasion quelques beaux souvenirs de lectures empruntées à la bibliothèque locale.

Il y a aussi cette lune, fidèle compagne de mes humeurs sombres, que je peux admirer à son firmament sur ce balcon, entre deux flots de véhicules roulant vers leur destinée. Il arrive même que mon esprit s’évade par-delà les toits puisque l’appartement est situé à l’avant dernier étage de la bâtisse. Si l’été est plus agressif et morne avec ses atours de béton, je peux tout de même compter sur le petit parc situé à quelques mètres de là où règne un magnifique chêne sans doute centenaire. Titi, le chien de la famille lui aussi quelque peu désorienté, apprécie particulièrement ce carré de verdure, alors que la semi-obscurité s’apprête à prendre possession des lieux. 

Lorsque je ne profite du cinéma localisé un peu plus bas en centre ville, je réside en ma chambre, bénéficiant de ma télé cathodique 51 cm d’une marque obscure et de mon magnétoscope récemment acquis grâce à mon salaire. Bien que je n’ai guère le temps d’en profiter, certains samedis soir me permettent de rattraper mon retard sur des films manqués lors de mon service militaire par exemple. Canal +, tout comme l’Amstrad cpc, est devenu un lointain souvenir. Ces derniers sont désormais remplacés par des locations effectuées au sein de ce petit vidéoclub récemment installé non loin de là. 

Paraît-il...

En portant mon choix sur « Bram Stoker’s Dracula » réalisé par Francis Ford Coppola, je m’apprête à être transpercé. Le gérant, féru de cinéma, m’ayant déjà évité quelques navets vus plus tard lors de diffusions tv, approuve mon choix. Depuis toujours, les œuvres traitant du vampirisme m’interpellent, bientôt la vision de Francis Ford Coppola sur le roman de Bram Stoker viendra rejoindre mon cercle d’œuvres que je considère comme majeures.

Allez, tout est prêt. L’appartement est empreint d’une certaine quiétude, même l’agitation de cette laide ville semble s’apaiser, il est temps d’insérer la cassette alors que je prends place sur ce lit fatigué pour entamer mon visionnage. 

Je ne vais pas ici vous faire une critique de ce long-métrage faisant partie pour moi de mes films cultes car je ne suis pas très doué en la matière d’autant que je ne serai absolument pas objectif. Gary Oldman y est littéralement possédé tout comme Anthony Hopkins dans le rôle du Dr Van Helsing. A n’en pas douter, l’esthétique globale du film avec son jeu d’ombres, notamment lorsque le jeune Harker incarné par Keanu Reeves est « l’invité » du Comte, y est pour quelque chose, appuyé par la musique de Wojciech Killar qui résonne encore à mes oreilles. 

Lucy, magistralement incarnée par Sadie Frost

Autre approche que j’ai particulièrement apprécié c’est celle d’un Dracula sombrant dans les ténèbres suite au suicide de sa promise, Elisabeta incarnée par Winona Ryder rejetée par une église hypocrite alors que son époux s’est ardemment battu pour défendre son dogme. Nous sommes loin du Dracula de la Hammer incarné par Christopher Lee mais ne vous méprenez pas (peu importe si c’est le cas), impossible pour moi de les départager dans le sens où des films tels que « Le cauchemar de Dracula », « Dracula Prince des ténèbres » ou encore l’interprétation de Bela Lugosi résident dans mon cercle d’œuvres vers lesquelles je reviens souvent.  Il en va de même pour le remake de « Nosferatu, Phantom der nacht » avec Isabelle Adjani ici transfigurée et Klaus Kinski.

A la fin de mon visionnage, au cœur d’une nuit encore jeune, je suis ébranlé. La seule solution pour être sûr de ce que je viens de voir est de regarder une nouvelle fois le long-métrage de Francis Ford Coppola. Alors qu’au-dehors les étoiles se battent avec les lumières artificielles d’une ville réduisant son activité par cette nuit d’été, mon être artistique, encore en émoi après ce second visionnage, cède bientôt lui aussi aux avances de Nyx... mais peut-être également aux murmures de Lucy Westenra.

Lorsqu'on aime on ne compte pas #2

samedi 5 avril 2025

Les lions d' Eleanor

  1995/1996. Je marche… beaucoup… pour échapper aux ombres de l’esprit qui se meuvent en périphérie de mes humeurs. Cette marche ou « crève » a pour elle de me faire découvrir des ruelles à l’existence insoupçonnée. La dame pâle qui me hante depuis mon enfance me protège en murmurant à mon instinct de survie, par ses complaintes inaudibles sur ce plan, d’éviter certains recoins nauséabonds violentés par les hommes, de cette ville industrielle où je réside alors.

En ce dimanche impitoyable (J.R Ewing aurait remplacé le jour dominical par univers), me renvoyant aux instants nostalgiques passés devant mon Amstrad cpc, ce pont de bitume semblable à un arc-en-ciel monochrome me mène tout droit vers une « anomalie » architecturale. Elle est là, debout, sous la grisaille, encadrée par deux habitations pour qui l’originalité est un luxe inaccessible. Il y a tout d’abord cette grille en fer forgé (tout du moins c’est ce que mon expérience inexistante en ce domaine qu’est la métallurgie me souffle) que le temps n’a pas épargné. Les murets effrités soutenant à bout de pierre ses supports brouillent les pistes de ma perception.

L'idée est là...

Au-delà de cette barrière à la gloire passée, s’étend un petit chemin dont les gravillons se voient bousculés par quelques herbes folles. Le règne de cette verdure sans maître s’arrête face à quelques marches où pierres et béton forment un patchwork dissonant. Ces dernières mèneront mon regard sous ce porche dont les piliers, jadis colorés par une teinte bleu pastel, se veulent désormais fissurés. Mais la vedette de cette ensemble, outre son toit rappelant quelque peu le manoir de la famille Addams, est bien cette petite tourelle se dressant fièrement à gauche de l’édifice, à moins que ce ne soit cette fenêtre en forme d’œil de bœuf à l’étage. 

En cet instant je m’imagine déjà à l’intérieur, scrutant par cette élégante fenêtre les passants importuns qui oseraient jeter un regard par-dessus le muret. Le panneau « à vendre », cible des intempéries solidement accroché à la porte d’entrée prend l’allure d’un gardien que l’on ne peut soudoyer, mettant un terme à ma rêverie. De plus mes jambes crient grâce et il est temps pour moi de retrouver cette chambre que j’occupe alors chez mes parents. Poussé par la fatigue physique, peut-être trouverais-je le sommeil qui me fera ainsi oublier ce futur lundi me voyant reprendre mon poste dans cette usine, face à ces machines assourdissantes aux copeaux métalliques dévoreurs de chair.

Quoiqu’il en soit, le salaire obtenu par mon être physique, ma psyché ne ratant pas l’occasion de se faire la malle dès qu’elle en a l’occasion, me permet d’acheter des livres. J’aimerais vous dire que je déniche les différents auteurs qui composent la collection « terreur » de chez « Pocket » au cœur des rayons d’un obscur libraire en centre-ville mais il en n’est rien. C’est sous les néons à la lumière crue de l’hypermarché local, au détour d’un panier de course, que je flâne parmi les couvertures noires à l’écriture rouge. Le moins que l’on puisse dire c’est que le rayon est fourni, trop même pour mon esprit qui ne sait plus où… donner de la tête. Pourtant, ce dernier jettera son dévolu sur l’une d’elles : « Maison hantée » écrit par Shirley Jackson

Lorsqu'on aime on ne compte pas paraît-il...

Étrange, ce nom trouve quelque résonance en moi. En lisant la quatrième de couverture, le souvenir remonte par-delà les brumes de l’oubli… Mais oui… Souviens-toi (pas l’été dernier)… « La maison du diable » réalisé par Robert Wise en 1963… tu faisais semblant de dormir sur le canapé… et te voilà terrorisé! Il ne m’en faut pas plus pour saisir cette chance de découvrir le roman original ayant inspiré le long-métrage m’ayant tant effrayé enfant. 

En voici le résumé: Le Dr Montague, versé dans le domaine de la parapsychologie, réunit trois personnes  au cœur d’une ancienne bâtisse ayant la réputation d’être hantée: Hill House construite jadis d’après les plans de Hugh Crain, un riche propriétaire terrien. Si Eleanor et Théodora présentent, différemment, une sensibilité au paranormal, Luke fait partie du groupe uniquement parce que sa tante, désormais héritière de Hill House, a souhaité qu’un membre de sa famille s’assure du bon déroulement des évènements.

Au fur et à mesure que le séjour se déroule, Hill House accentue son emprise sur Eleanor. Je n’en dirai pas plus si d’aventure vous n’aviez jamais lu ce fantastique classique. Oui, je m’emporte un peu, beaucoup même, mais cette rencontre avec Shirley Jackson au travers de ce roman a littéralement bouleversé mon monde littéraire et d’une certaine manière une partie de ma vie. Si La maison est incontestablement l’entité principale du roman, ce sont bien les états d’âme d’Eleanor qui nous guideront le long de ces lignes. Alors que la fatigue s'empreint à m'extirper de ma lecture, je résiste (peut-être afin de prouver que j'existe), impossible pour moi de m'arrêter (malgré les demandes d'un certain homme politique). A maints égards, je me suis senti proche de la jeune femme alors que cette dernière accuse la perte de sa mère et doit batailler avec sa sœur pour emprunter la voiture commune le temps du séjour. 

Drapée dans son manteau ténébreux, Hill House attend...

Alors que les kilomètres défilent, un peu à la manière de Marion Crane dans Psychose, je me suis parfois presque senti au côté d’ Eleanor qui se met à rêver de trouver ne serait-ce qu’une modeste maison comme celle qu’elle vient de croiser, avec ses deux lions de pierre, au détour d’un chemin. La demeure de Hugh Crain ne sera d’ailleurs qu'un leurre et Eleanor devra se débattre non seulement avec ses pensées mais également avec le regard des autres. 

Je l’évoquais lors des quelques lignes précédentes, le roman de Dame Jackson a été adapté par trois fois en tout sur le grand et petit écran. Tout d’abord avec « La maison du diable » (offrant au passage une légère modification intéressante), pour son titre français, de Robert Wise avec Julie Harris dans le rôle d’ Eleanor puis en 1999 sous la caméra de Jan de Bont avec Lily Taylor, Liam Neeson, Catherine Zeta Jones et Olwen Willson sous le titre Hantise. Je n’ai d’ailleurs pas du tout apprécié ce remake  faisant figure de « Train fantôme qui tâche » avec ses effets spéciaux grossiers. Je me souviens nettement de ce dimanche après-midi, plongé dans les ténèbres du cinéma local, mes yeux animés par la déception alors que je souhaitais  absolument voir le film dès sa sortie. 

Taken avec Liam Neeson... euh pardon Hantise!

La troisième adaptation nous viendra d’une plateforme de streaming tendance, sous forme de série en 2018, et sera une excellente surprise au final avec Thimoty Hutton. Enfin, même si elle n’est pas une adaptation directe, "Rose Red" de Stephen king sera un formidable hommage à l’œuvre originelle, parsemée de clins d’œil. D’ailleurs l’auteur a toujours clamé que « The haunting of Hill House » est le meilleur roman fantastique de ces cent dernières années et il en utilise les premières ligne en abordant « Salem » (un autre excellent roman à mes yeux).

Un très bel hommage

Ce que je regrette le plus c’est sans doute l’absence d’une édition digne de ce nom pour « The Haunting of Hill House » en France, l’œuvre devant se contenter uniquement du format poche. Néanmoins, son passage de « Pocket/terreur » à « Rivages/noir » nous a permis de bénéficier d’une révision de sa traduction initiale, révision opérée par Fabienne Duvigneau. Quoiqu’il en soit, si vous décidez de franchir le pas et peut-être découvrir « Maison hantée » de Shirley Jackson, peu importe l’édition choisie (sachant que la première, « Pocket » donc, est désormais plus difficile à trouver, je ne parle même pas de celle du « Masque fantastique »). Toutes vous permettront d’accompagner Eleanor dans cet éprouvant séjour.

Une édition à un prix décent svp...

« Aucun organisme vivant ne peut demeurer sain dans un état de réalité absolue. Même les alouettes et les sauterelles rêvent, semble-t-il. Mais Hill House, seule et maladive, se dressait depuis quatre-vingts ans à flanc de colline, abritant en son sein des ténèbres éternelles…/… Ce qui déambulait ici, scellé dans le bois et la pierre, errait en solitaire. »

Shirley Jackson – The Haunting of Hill House

 

 Ah mince, j'allais oublier la conclusion de Miss.P:

Et mes croquettes alors?
 

mercredi 2 avril 2025

Les portes de l'absence

  Je ne m’attendais pas à écrire tel article en ce 2 avril mais à vrai dire le décès de Val Kilmer survenu hier à l’âge de 65 ans m’a fait pas mal cogiter. Si je n’avais pas été convaincu par sa prestation dans le rôle de Bruce Wayne au cœur du film « Batman Forever » réalisé par Joël Schumacher en 1995, ses incarnations dans les longs-métrages Top Gun (1986), Willow (1988), The Doors (1991), Heat (1995) de Michael Mann et bien d’autres résonnent encore en moi après toutes ces années.

Val Kilmer dans Willow

Chris Shiherlis reste mon souvenir le plus récent, cependant je dois dire que  son interprétation de Jim Morrison dans le film d’Oliver Stone  me hante encore à ce jour. Je ne suis pas spécialement fan des Doors, néanmoins quelques-unes de leurs chansons font écho en moi et les textes du poète maudit restent à mes yeux un modèle du genre. Je considère l’artiste faisant partie de ces êtres talentueux, touchés par une grâce destructrice, un peu comme l’essence d’un pouvoir difficilement canalisable. 

Ces quelques lignes sont courtes, trop courtes pour exprimer ce désarroi  ressenti ces derniers temps face la disparition de nos icônes culturelles, ces artistes qui nous ont impressionnés, fait rêver alors que nous n’étions encore que des gamins puis des adolescents. Le temps fait son œuvre, nous n'y pouvons rien. Ainsi Val Kilmer a rejoint Richard Chamberlain parti récemment lui aussi, inoubliable John Blackthorn dans l’adaptation du livre de James Clavell, Shogun, en mini-série dans les années 80. Reposez en paix Messieurs et merci pour tout.

Richard Chamberlain dans Shogun

mardi 25 février 2025

Vincent et le corbeau

  1996. Quel mois sommes-nous? Je ne sais plus très bien mais de mémoire la nuit a revêtu son manteau d’hiver. On ne peut pas dire que la foule se bouscule à l’entrée du modeste cinéma que j’ai l’habitude de fréquenter au cœur de cette ville industrielle. Mes yeux guidés par mon intuition prennent notes de quelques détails. Qui sait parmi tous ces visages se cache une âme hyper-sensible? Cette lueur d’espoir est vite conduite au tombeau, les gens attendant patiemment leur tour ne semblent être venu que pour passer un agréable moment… Mais au final, « quoi d’autre » comme le dirait un certain George. 

Allez, mon tour de demander un billet pour « The crow: City of angels » arrive bientôt. L’ouvreur est un homme assez âgé et semble illuminer par sa bonne humeur cette dernière séance (vous vous en doutez, sans Eddy Mitchell). Il ne semble n’y avoir que des étudiants en cet instant puisque les quelques personnes encore devant moi bénéficient d’un tarif préférentiel. Aussi, lorsque je lui réponds non à sa question « vous aussi monsieur tarif étudiant? » et que je réponds « non », l’homme marque un temps d’arrêt. Je m’imagine alors ce qu’il pense éventuellement  en cet instant: A – Ce mec ne saisit pas l’opportunité d’avoir un bon tarif  B – Ce mec est complètement con ma parole! C – Réponse A et B pour sûr! 

Après ce cours temps d’arrêt, le guichetier m’annonce sur le ton de la plaisanterie: « allez, tarif étudiant pour vous aussi, vous avez une tête à étudier quelque chose! ». Quelques instants plus tard, telle une ombre, je me faufile dans la plus petite salle du cinéma dédié au film avec Vincent Perez. En 1994, en cette même salle et peut-être même à seulement quelques sièges de là j’étais happé par le premier volet avec Brandon Lee

Alors que la salle s’apprête à plonger non seulement dans l’obscurité mais également dans les ténèbres de la résurrection, une silhouette féminine s’assied à quelques mètres du siège que j’occupe… Elle se veut plutôt jolie et… accompagné de celui qui semble être son compagnon. De manière impromptue, me reviennent en tête les paroles de la chanson du groupe Tripping Daisy « I got a girl »: I got a girl and… she’s got a guy.

Hey les mecs, vous faîtes quoi dans mon article?!

Puisque nous en venons à parler musique, je connais déjà quelque peu le film pour avoir dévoré des magazines cinés parlant du long-métrage mais surtout l’album mettant en pistes si je puis dire divers artistes, confirmés et d’autres émergents. Ainsi, dès la première écoute, ce dernier viendra non seulement à me faire découvrir de nouveau groupe tel que Deftones, Bush, The Toadies, Filter, Seven Mary Three mais aussi des chanteuses telle que Pj Harvey, Heather Nova sans oublier de me rappeler la puissance vocale de Linda Perry. A l’intérieur, en guise de bonus, un mini comics reprend quelques éléments du film. Je dois avouer qu’il s’agit d’un ajout sympathique mais sans plus. 

Tout dans ce disque est désespérément puissant devenant instantanément mon album de chevet alors que je suis pourtant plongé en quasi permanence dans le bruit de machines rythmées par l’acier. Mais chut, le film commence! 

Ici, le corbeau accompagnera Ash incarné par Vincent Perez revenu d’entre les morts pour venger la mort de son fils par la bande de Judah Earl qui a fait main basse sur un Los Angeles perdu dans les enfers. La lumière mordorée du long-métrage fait briller Vincent Perez qui surjoue un peu trop peut-être ici à mon goût. C’est un acteur discret que j’apprécie même si je ne revois désormais plus aucun de ses films. Pour l’appuyer Iggy Pop jouant à merveille les viles personnes et puis Mia Kirshner qui incarne la lumière dans ce royaume interdit à l’espoir. 

Corbac, baby corbac!

En sortant de la salle je dois l’avouer, le film n’arrive certainement pas à la cheville du premier malgré la magistrale musique de Græme Revell.  Il n’empêche qu’en cet instant, cette séance m’a permis d’alimenter mes sombres pensées de l’époque. Mais alors que la lune a encore un long règne devant elle, je rentre à pied vers la promesse d’un certain sommeil. Les lampadaires répandant  leur lumière jaunâtre sur la grisaille des trottoirs à la propreté douteuse, font renaître en moi quelques scènes du long-métrage. Pour sûr, alors qu’en cet instant les corbeaux dorment, j’écouterais une dernière fois « City of angels » chanté par Heather Nova avant de rejoindre l’antre des songes tourmentés.

Par contre, avant de laisser voler cet article vers ce nouveau souvenir qui vient de rejoindre le blog, je laisse le dernier mot à Bowie, mon intervenant musical: T’en penses quoi de cet album?

C'est un peu dark ton truc là non?
 

samedi 1 février 2025

Steven et la facture téléphone

 1982. Le souvenir se veut épars, confus, tout au plus ai-je quelques images néanmoins plus insistantes qu’une persistance rétinienne. En cet instant, je tiens fermement une main, fine, élégante, et si je lève un peu la tête la grisaille ambiante me permettra de dessiner le visage de celle qui tient la mienne. Il s’agit de celui de ma sœur, plus âgée que moi, majeure. En cet instant c’est sans doute la plus jolie femme que je connaisse avec sa silhouette élancée et ses cheveux blonds cendrés tombant en cascade sur ses frêles épaules. 

En s’apercevant que je la regarde d’un air interrogateur, elle me sourit mais reste en alerte au milieu de la foule qui se veut plutôt dense devant ce cinéma s’apprêtant à diffuser d’ici peu E.T réalisé par Steven Spielberg. Je suis un peu intimidé. Hormis le petit écran familial je ne connais rien d’autre, qui plus est la ville avec sa densité d’âmes à la ronde ne me sied guère. Pourtant je m’apprête là à vivre ma toute première séance de cinéma accompagné d’une présence protectrice que je ne verrai quasiment plus par la suite.

Au fur et à mesure, la file d’attente s’étiole, bientôt l’humidité du trottoir n’est plus qu’un souvenir inconfortable et nous voici devant un guichet. Mon regard se perd un peu partout, sur les visages fermés, sur les affiches des autres longs-métrages dont je ne me souviens absolument pas. M’ayant délaissé le temps d’acheter les places, la main de ma sœur reprend son rôle de guide, les traits fins de son visage orné d’un sourire m’invitant à la suivre. J’aimerais vous dire que je me remémore la couleur des sièges et places précises mais cela m’est tout bonnement impossible. De mémoire je nous revois à peu près dans la rangée centrale et me sens sacrément perdu face à ce gigantesque écran. 

Ne pas reproduire à la maison...

Alors que la salle est encore sous le joug des lumières jaunâtres crues dont elle se débarrassera une fois plongée dans l’obscurité, mon regard est attiré par un ouvreur au panier chargé de friandises. Ma sœur ne manque pas l’occasion pour aller à sa rencontre, sa chevelure flottant parmi les silhouettes pour certaines encore indécises quant à leur siège définitif. Bientôt, j’entends quelques protestations, un individu à la courtoisie inexistante semble vouloir lui subtiliser sa  place parmi les gourmands. « Hey mec, tu la connais pas ma sœur! » Ai-je envie de crier mais je suis bien trop timide pour ça. Elle ne se laisse pas faire et envoie paître son adversaire. Ses yeux marrons indisposés reprennent les atours de la radiance alors qu’elle se tourne de nouveau vers moi, des treets dans les mains. Ma dentition n’est pas très enthousiaste face à ce déluge de sucre mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à la sortie d’un film surtout avec une sœur dont j’ai appris l’existence depuis peu!

Fond dans la bouche, pas dans la main!

Le brouhaha des conversations se substitue bientôt au silence alors que les lieux empruntent des atours ténébreux. Hormis quelques paquets de bonbons dissipés, les spectateurs sont absorbés par le film qui commence (après quelques publicités de l’époque concernant les magasins locaux). Le son tonitruant s’empare de mon être mais fait place, quelques plans plus tard, à l’émotion lorsque E.T semble exhaler son dernier souffle sous le regard d’Eliott dévasté. Ma sœur ne me voit alors pas pleurer et c’est tant mieux, de quoi aurais-je l’air?! 

Lorsque tu es décoiffé par le son...

La séance terminée, les derniers noms du générique disparaissant au profit des plafonniers implacables qui font leur grand retour, je m’aperçois que ma sœur ne cache pas son émotion. Scrutant mon visage, elle me pose la question que je redoute en apposant sur mon visage, d’un geste délicat, l’une de ses mains: « et toi tu n’as pas pleuré? ». Ma tête émet un geste de dénégation… les yeux gonflés. Son sourire est sans équivoque, elle a décelé ma supercherie!

Nous voici de retour sur ce trottoir aux accents de bitume. D’ici quelques instants le paternel viendra nous chercher. La voiture comptera un passager supplémentaire, prenant la forme d’un souvenir inoubliable lié à cette séance.

 Cet article, dédié à ma sœur, a été écrit en écoutant la chanson "Knock me out" de Linda Perry