mercredi 17 janvier 2024

Aria of SP

2003. L’aube n’est pas encore décidée à lever le voile sur cette nouvelle journée teintée par la grisaille. Nous sommes lundi (plus dans mon lit comme le chantait Jesse Garon), je suis déjà sur la route menant vers le centre de formation au cœur duquel les méandres de la communication me sont dispensés. En alternance, cet enseignements est mis en pratique sur le plateau téléphonique d’un célèbre opérateur de télécommunications. J’ai déjà une expérience significative en ce domaine, pour un défunt fournisseur d’accès Internet dont le propos était de promouvoir « le surf de la liberté » mais la navigation Internet sur les téléphones portables n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Mais qui est leur leader?!

En parlant de portable, alors que les groupes tels que R.E.M, Metallica, Machine Head, Depeche Mode ou encore Talk Talk côtoient les bandes sons de  certains films et jeux, une console s’invite en ma besace. Parmi mon bloc note, classeur et divers stylos, la Gameboy Advance SP parée de sa robe argentée devra attendre la fin de cette première journée empruntant le nom de l’astre cendré avant de revenir à la vie. Ma gamecube, arrivée avec le remake de « Resident Evil » noël dernier, est restée en la demeure que je partage avec la compagne du moment et Opale.

Qu'elle est belle!

Au fil des soirées passées alors chez mes parents dont le nouveau domicile se trouve à quelques kilomètres du centre de formation, entre les sempiternelles reproches de mon père et quelques épisodes de Julie Lescaut le jeudi soir avec ma mère, les magazines liés au monde du jeu vidéo égayent mes soirées. Au détour d’une page, c’est le choc, un nouvel épisode de la saga Castlevania s’apprête à sortir: « Aria of sorrow ». Les mots du journaliste, les captures d’écran présentes ne font aucun doute, ce volet restitue l’essence de « Symphony of the night » dont je vous ai parlé il y a quelques articles.

La magie des illustrations de Ayami Kojima

Mon âme de joueur connaît déjà les tenants et aboutissants de cette annonce. Une fois la prochaine journée de formation terminée, je me rendrais chez le magasin de la franchise Micromania situé dans la zone d’activité tout près du centre, l’ancien revendeur chez qui j’allais jadis ayant malheureusement déposé les armes. Je ferais l’acquisition de la console et du jeu. Cet achat me permet non seulement de découvrir l’univers portable du constructeur japonais, que je n’ai jamais eu l’occasion de connaître si ce n’est penché sur l’écran du premier Gameboy possédé par un élève de mon lycée lors d’un voyage scolaire en Allemagne, mais également de me replonger dans l’univers gothique de Castlevania.  Un peu plus tard, je découvrirais également « Castlevania: Circle of the moon » premier opus à sortir sur GBA.

Encore une fois, la poésie gothique opère

Toujours appuyé par la superbe musique de Michiru Yamane et des illustrations de Ayami kojima, Aria of sorrow nous propulse ici en 2035 lors d’une éclipse solaire. Soma Cruz, un étudiant accompagné de son amie Mina, est en visite au temple Hakuba (Japon). Alors qu’ils gravissent les marches menant au sanctuaire, les deux jeunes gens se voient propulsés au cœur du phénomène astronomique véhicule de la résurrection du château du comte Dracula. Pour mettre fin à ce cauchemar, Soma devra parcourir les corridors, caves et autres endroits secrets peuplés par les sbires du vampire, excepté qu’ici nous affronterons un être, Graham, ayant hérité des pouvoirs du célèbre vampire. 

Tableau idyllique

Soma trouvera appui et conseils en la personne de Yoko Belnades, un certain Julius, amnésique, et Hammer marchand chez lequel nous pourrons acheter divers artefacts utiles lors de notre quête. Le jeune homme se découvrira également une aptitude dès le début du jeu: absorber l’aura de certains ennemis lui conférant divers pouvoirs, aptitude révélée par un certain Genya Arikado, un dhampire portant de manière troublante les traits d’un certain Alucard.

De sang et de marbre

Là où « Castlevania chronicles » sur Playstation m’avait quelque peu laissé dubitatif, « Aria of Sorrow » me remémore l’essence même de « Symphony of the night » avec sa musique et ses sublimes graphismes si bien qu’un peu plus tard, je retrouverais avec plaisir Soma dans « Dawn of sorrow » sur la Nintendo DS (dont j’avais fait l’acquisition dès le jour de sa sortie). Même si je n’ai jamais vécu de nouveau l’amour profond ressenti avec « Symphony of the night », il est clair que cet épisode GBA en est le digne héritier, avec ses secrets, ses fins alternatives (la seconde étant la plus riche), ses salles de sauvegarde et son ambiance gothique… Vous l’avez sans doute compris, cette saga a marqué de son sceau sanguin mon âme de joueur à jamais.


dimanche 10 décembre 2023

Combat School 92/10

 Octobre 1992 - 6h00 du matin. La lumière crue diffusée par des néons à la propreté douteuse inonde mon visage. Une voix jeune mais autoritaire prononce un mot que j'entendrais souvent lors des dix prochains mois: REVEIL! La réalité s'empare de mois, accompagnée par un profond dégoût: la tranquillité de ma chambre d'ado  vient de s'évanouir en une obligation administrative, l'Amstrad cpc n'est presque plus qu'un souvenir fugace. 

La journée précédente, m'ayant semblé la plus épuisante de ma vie, m'a vu remplir des documents, accuser réception de divers vêtements allant de l'uniforme de cérémonie au survêtement bleu,  me faire raser la tête, prendre connaissance des divers grades lors d'une réunion avec un maréchal des logis qui semble n'avoir qu'une phrase en bouche: "On va les mater!". Tout cela ne me semble pas très rassurant et j'étais encore loin du compte. Bientôt nous rencontrons les gradés en charge de notre peloton: un adjudant chef ayant fait la guerre du Liban, le maréchal des logis chef a quant lui pris part à celle du Golf. Aucune indulgence ne semble au programme donc. 

Sur le chemin du réfectoire situé à quelques mètres de nos quartiers, les esprits s'échauffent déjà entre certains militaires du rang. Nous venons tous d'horizons territoriaux et sociaux différents, des Territoires d'outre-mer en passant par Marseille, certains viennent de la capitale, d'autres de Lyon. Les heurts sont de courtes durées, contenus par les sous-officiers. Je sens d'ores et déjà les personnes à éviter, les brutes comme les manipulateurs repérés à la descente du train de nuit dont la destination était ce régiment de Hussards (absents du toit) situé au cœur d'une petite ville Alsacienne. Un léger sourire se dessine cependant sur mon visage à peine sorti de l'adolescence: finalement je vais faire le parcours du combattant de Combat School en conditions réelles!

C'est pour bientôt…

Les jours passent, "agrémentés" des servitudes, des courses à pieds, de divers exercices et bientôt l'heure des classes sonnent. Avec des températures négatives, nous camperons sous des toiles de tentes deux places,  nous nous camouflerons comme Arnold Schwarzenegger dans "Predator", apprendrons à tirer au fusil d'assaut, lancer des grenades, manier un lance-roquette, creuser des latrines de fortunes, nettoyer son arme près du feu qui ne m'a jamais semblé aussi réconfortant. Mes résultats sont semblables à ceux du collège: mauvais. Certains dans le peloton ne se priveront pas pour me menacer, n'ayant pas envie de subir des corvées punitives supplémentaires. L'image du soldat Lawrence dans le film de Stanley Kubrick "Full Metal Jacket", incarné par Vincent D'Onofrio, s'esquisse en mon esprit. 

Finalement la nuit fatidique arrive, une mise en situation, celle qui m'empêchera d'effectuer le parcours du combattant. Cette dernière sera blanche et nous verra marcher dans l'obscurité, portant à notre tour, à deux, une lourde caisse de munitions emplie de cailloux, en plus de notre paquetage et fusil. Aux alentours des jeeps P4 tournent, à leur bord des appelés d'un autre escadron simulant les forces ennemis. Le but de la manœuvre est simple: nous ne devons en aucun cas être capturés.  La marche débute, d'abord au crépuscule puis bientôt à la lumière des étoiles d'un ciel alsacien glacial. Il fait si froid mais le spectacle de la voix lactée est tellement beau entre les résineux! Pas le temps de rêvasser cependant, je n'ai pas encore envie de subir un autre retour au campement en courant, brimade reçue à cause d'un autre soldat s'étant endormi lors de l'apprentissage du creusage des trous de dissimulation. 

Fini le cpc mon p'tit gars!

Nous observons des courtes pauses, quelques gorgées de gourde plus tard arrive mon tour de porter cette fichue caisse avec l'un de mes compagnons de fortune. Le périple reprend, la caisse est lourde, très lourde, le terrain accidenté. Nous traversons un cours d'eau, je trébuche, l'une des sangles de mon FAMAS se détache et s'éloigne au sein de l'obscurité, en rentrant il me faudra faire un rapport concernant cette perte. Je maintiens l'arme tant bien que mal avec la caisse, une vive douleur s'empare de ma cheville gauche. Cette dernière m'accompagnera jusqu'au retour de la caserne. Je ne dis rien, serre les dents, continue mais suis soulagé au moment de passer le relais concernant la réserve mobile de munitions. 

L'exercice se termine à la faveur de l'aube, un petit déjeuner nous attends dans un campement mobile, tenu par des hussards dispensés médicalement. Je suis exténué. Jamais un chocolat chaud accompagnés de ses tartines "au gaz" ne m'aura paru si précieux. Pas le temps de savourer la chose trop longtemps, nous devons plier bagages, direction à la caserne où un dernier exercice nous attends. La promesse de quelques heures de repos se rapproche néanmoins mais j'ai toujours aussi mal. Une fois arrivés en nos chambrées, quelques instants nous sont accordés. Je rêve d'une bonne douche chaude mais elle ne sera pas pour tout de suite. Bientôt il nous est demandé de revêtir nos effets de sport. J'enlève d'abord ma rangers gauche... Ma cheville est très enflée, violacée, l'un de mes camarades de chambre appelle le maréchal des logis chef... la suite des évènements est quelque peu relatée vers la fin de l'article "You're in the army now"... C'est avec des béquilles que je reviendrais en ma chambre, mon tympan encore intact (ceci est une autre histoire). Assis sur ma chaise de bureau, jetant un regard vers le noyer et les champs alentours, un sentiment insidieux s'empare alors de moi… Celui d'être étranger à ces lieux. 

vendredi 8 décembre 2023

Le chat noir qui avait un haut-le-cœur

 Il s'agit ici de  lignes écrites il y a quelques années sur le coin d'une table de nuit au détour d'un réveil.

 

Le chat noir qui avait un haut-le-cœur en avait gros sur la patate

Inlassablement il attendait dans un coin son alter ego à deux pattes

Engoncé dans une nuit sans fin aussi noir que son pelage

Il en avait oublié son nom tout comme son âge

Le chat noir qui avait un haut-le-cœur était amoureux des Carpates

et à part lui aucun félin n'y aurait aimé traîner ses petites pattes

Il rêvait d'un maître aimant les films fantastiques comme ceux de Tim Burton

qui l’emmènerait partout avec lui dans son pardessus noir de l'hiver à l'automne

De la Terre à la Lune, de Jupiter à Saturne

ce chat là s’accommoderait bien  de cet humain taciturne

 

Et à ce que j'en sais...

Le chat noir qui avait un haut-le-cœur en a toujours gros sur la patate

et inlassablement attend son alter ego sur deux pattes.



mercredi 8 novembre 2023

Numéro 43

Bien que le titre de cet article puisse laisser penser à un souhait de vous parler de la série "Le prisonnier", dans laquelle Patrick Mc Goohan clamait être un homme libre, il n'en sera rien même si j'ai suivi les rediffusions de cette dernière étant enfant. Ses sphères blanches pourchassant les évadés resteront à jamais gravées en mon esprit au passage.

 Nous sommes en 1992, au moi d'avril ou mai pour être plus précis. Dans quelques mois, mes vêtements verront leurs couleurs se parer de kaki, mes baskets troquées contre des rangers. Même si ce compte à rebours hante un coin de mes pensées, l'échéance me paraît encore lointaine mais en cet instant la vitesse fulgurante à laquelle le temps peut défiler n'a pas encore atteint ma perception. Dans l'ombre, quelque chose de bien plus grave se trame: la vente de ma maison d'enfance décidé seul par mon père, celle-là même où j'ai effectué mes premiers pas, où la magie des terres rurales environnantes m'a offert son énergie pour surmonter diverses épreuves, cette demeure où mes Amstrad cpc 464 et 6128 m'ont émerveillé avec leurs divers jeux.

Oui, je vais parler encore de toi indirectement...

Mais pour l'heure, j'accompagne mes parents afin de dire au revoir à la sœur de mon paternel qui est aussi ma Marraine. Cette dernière réside dans une autre région, à environ 300 kilomètres. La route, un peu longue, se verra compensée par l'écoute des albums "Zenyattà Mondatta" et "Regatta de Blanc" du groupe "The Police" dans mon walkman, de lecture avec "Conan l'explorateur" mais aussi de la conduite accompagnée pratiquée depuis l'âge de 16 ans.

Car je le sais, arrivé  à destination, une fois les politesses et discussions d'usages avancées, je me retrouverais rapidement dans cette petite chambre que je connais déjà, accompagné par l'ennui. Aussi, puisque mon cpc 6128 n'est pas du voyage, lecture et musique sont en cet instant mes meilleures amies. Le séjour est long. Ce dernier sera quelque peu dépossédé de sa monotonie par une sortie vers le point presse local où l'aura de l'Amstrad cpc sera présente avec le numéro 43 d'Amstrad Cent Pour Cent alors passé bimestriel depuis le numéro 28.

Mes futurs instructeurs crieront comme ça eux aussi...

Au moment de le saisir pour passer en caisse, je ressens la maigreur de son contenu entre mes doigts. En ma gorge, une boule se dessine... j'ai l'intuition qu'une fin proche se veut imminente. Mais de nouveau en mon havre de paix temporaire, je plonge dans la lecture de ce numéro qui sera en réalité le dernier pour moi.  Comme à mon habitude, je parcours l'ouvrage à la volée, histoire de prendre possession des lieux avant de me lancer dans une lecture plus approfondie des différents articles. D'emblée je dois avouer que rien ne m'attire particulièrement excepté peut-être le test de "La famille Addams" édité par OCEAN cette même année. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié les films de Barry Sonnenfeld, le premier tout d'abord sorti en 1991, le second un peu plus tard en 1993. 

Mais à part ça je ne reconnais plus vraiment l'Amstrad Cent Pour Cent d'antan. Micromania a plié bagages, les quelques pages de pubs mettant en avant des illustrations de compils' sont anecdotiques. Aussi la lecture de cet exemplaire sera rapide même si j'y reviendrais à plusieurs reprises durant ce séjour. "Everything is changing" comme l'écrira Eels dans son livret d'album "Electro Shock Blues" quelques années plus tard. Mon monde lié fortement alors avec l'Amstrad cpc allait lui aussi bientôt prendre fin...

mercredi 25 octobre 2023

Explosion de l'esprit

 1988. Ce n'est pas "un samedi soir sur la terre" comme le chantera Francis Cabrel quelques années plus tard mais celui d'un ado seul dans sa chambre face à son Amstrad CPC. Seul pas tout à fait puisque Sieur Belzébuth a pris possession de mon lit, s'étalant de tout son long afin de ronfler comme il se doit. Au dehors, une nouvelle nuit hivernale prend ses marques mais la vie nocturne qu'elle abrite restera à sa discrétion puisque mes volets se voient fermés. 

Là, appuyé par ma chaude lumière de lampe de bureau, je dois me concentrer, me préparer au combat sous les yeux d'un maître qui sera sans l'ombre d'un doute intransigeant concernant ma discipline. Dans quelques instants, une fois que mon cpc 464 aura complètement chargé "The way of the exploding fist" arrivé jusqu'à moi via la compilation "Karate Ace" de Gremlin, mon but sera de démontrer mes capacités à vaincre mon adversaire dans le respect et la maîtrise de cet art martial qu'est le karaté.

On a dit "Karate Ace" pas "Kung-Fu Ace"!

Le jeu enfin chargé, une démo démarre nous montrant ainsi l'unique lieu où se dérouleront les combats, notre but étant de parvenir au 10ème DAN de la ceinture noire. A l'époque je rêvais de faire du karaté mais mon père m'avait inscrit au judo, unique discipline enseignée alors dans les villages à proximité. Suite à une expérience désagréable et d'autres faits en arrière plan, j'ai abandonné assez rapidement, atteignant tout au plus la ceinture jaune. Si vous souhaitez en savoir plus et découvrir quelques lignes sur le jeu Uchi Mata je vous invite à découvrir l'article correspondant. Le judo, bien qu'un très noble art, ne m'intéressait pas vraiment, surtout vu le contexte dans lequel il m'était enseigné. Au fond de moi j'espérais également que mon père, ayant été béret vert vétéran de guerre, puisse m'enseigner le close combat chose qu'il a toujours catégoriquement refusé, me donnant tout au plus quelques exercices de réflexes moqués par certains copains de collèges lorsque j'avais le malheur de les évoquer. 

Combien ai-je eu mal en essayant de reproduire cette scène!

Mais revenons à "The way of the exploding fist". La première chose que j'ai apprécié c'est son côté épuré contrairement à un autre jeu du même style, IK+ par exemple. Ici, l'environnement se veut apaisé sous le regard de notre "senseï", celui de notre adversaire, tout juste troublés par un jingle marquant le début et la fin d'un combat complet. Graphiquement le jeu est assez "ensoleillé" dirais-je et très lisible. Les animations sont vraiment gracieuses, petit bémol sur le bruit des coups mais ceci reste anecdotique dans ce tableau de qualité.

Notre quête de la maîtrise n'a pas réellement de fin mais à n'en pas douter, "The way of the exploding fist" est un classique du genre sur Amstrad cpc. Je ne me rappelle pas avoir atteint le 10ème DAN, rageant parfois quelque peu sous l’œil impassible de notre maître au fond et réveillant le gros matou derrière moi m'adressent un regard empli d'interrogation. Quoiqu'il en soit, le soft faisait parti de ceux vers lesquels je revenais assez régulièrement.

C'était mieux que ma moyenne en maths...

dimanche 22 octobre 2023

Fantômes et goules dansent au clair de lune

 1989. C'est l'un de ces mercredis après-midi où je recherche l'apaisement, les journées de collèges étant parfois, souvent même, assez éprouvantes. Le mercredi après-midi (tout comme le week-end) est aussi l'occasion de se défaire de l'étreinte des ombres violentes liées aux relations humaines. A demi-mot, il m'arrive d'espérer que ces dernières dansent à présent avec le diable au clair de lune comme le disait un certain Jack Napier.

Une fois revenu en ce sanctuaire qu'est ma chambre, les plaies sont pansées en me plongeant dans le regard sibyllin de mon chat Belzébuth, espérant tel Starlion que l'animal ne me quittant qu'en de rares occasions me donne "la vision par delà la vision".  Je peux donc compter sur ce vieux félin mais aussi la contrée environnante, mon Amstrad cpc 6128 quant à lui se chargera d'abreuver mon imagination.

Comme une réponse à ma silencieuse prière, une enveloppe matelassée estampillée Micromania vient d'arriver sur mon bureau. Tel un destrier dont l'armure est composée de bulles d'air, elle s'est assurée que son cavalier Arthur de Ghouls'n'Ghosts édité par U.S Gold cette même année arrive à bon port. L'éditeur d'Albion s'est fait écuyer pour Capcom dans cette adaptation du jeu d'arcade sur Amstrad cpc. Concernant cette version je sais justement à quoi m'attendre puisque j 'ai vu quelques rapides extraits sur la vidéocassette du Micromania Video Show évoqué sur ma chaîne au travers de la compilation "Les Justiciers".

 Je connais également son prédécesseur Ghosts'n'Goblins via une compilation Elite, épisode que j'avais tout de même apprécié malgré sa difficulté, rien que pour sa musique composée par David Whittaker. Timothy Follin prendra sa suite pour Ghouls'n'Ghosts. La boîte est belle, assez imposante avec son carton à l'aspect brillant et solide. Avant l'arrivée du jeu, j'avais fièrement accroché le poster issu du magazine Amstrad 100% reprenant l'illustration de la jaquette.  J'aime parfois me plonger dans ses détails comme pour mes autres posters d'ailleurs. Avec la rapidité du lecteur de disquette, mon regard n'a désormais que peu de temps pour se perdre dans la nature environnante traduite par ma fenêtre.  Déjà les premières notes composées par Timothy Follin résonnent en mes oreilles, elles restent encore gravées après toutes ces années. 

 Entamant la partie je ne peux m'empêcher de revoir des extraits de la version Sega Megadrive aperçus au détour d'une émission dédiée au jeu vidéo. Ma mémoire concernant le titre de cette émission ne manquera pas de me faire faux bond en ces lignes. Mais les premiers instants ne sont plus à l'hésitation, je sens d'ores et déjà la difficulté à portée de Joystick (mon vieil Amsoft a rendu l'âme depuis un moment). Le spectre de "Ghosts'n'Goblins" se voit en partie chassé alors que le chevalier Arthur, de nouveau en quête pour délivrer sa dulcinée, perd son armure se retrouvant ainsi en sous-vêtements. 

Le scrolling interrompu ne facilite pas les choses, mais qu'à cela ne tienne, j'entends bien persévérer au travers des cinq niveaux qui composent le jeu. Je n'en verrais jamais la fin, tout au plus arriverais-je au troisième niveau à grand-peine malgré les armes glanées au fil de ma progression. L'astuce nous invitant à sauter à gauche au tout début du premier niveau est présente mais la super armure obtenue plus loin reste identique à celle que nous portons de base et ses effets ne sont pas aussi spectaculaires que celle de la version 16 bits. Bien entendu la version cpc n'est pas la plus belle que l'on puisse trouver mais peu m'importe j'apprécie l'univers autour de mon Amstrad, j'ai en cet instant l'impression qu'il est le seul à pouvoir créer cette ambiance si particulière. 

En prise avec les créatures du second niveau, sans que je m'en aperçoive, l'obscurité a délicatement posé son manteau sur les épaules de cette journée, hésitant encore tout de même un peu entre chien et loup. Mon père vient d'arriver et, avec sa toux exagérée, me rappelle que mon sac de collège affalé contre mon bureau et bayant aux corneilles, se veut un piètre gardien des devoirs non faits. A grands regrets je quitte Sire Arthur et met hors tension mon 6128. En rangeant la disquette dans sa boîte, un sourire se dessine discrètement sur mon visage car je sais que le week-end, malgré son pas traînant sur le chemin de la semaine, ne tardera pas trop.

mercredi 18 octobre 2023

Fantastique 6128

 1966. Je ne suis pas encore né, il faudra attendre huit ans supplémentaires avant que mes cris et sanglots fulminent dans l'air de cette maternité d'un arrondissement où maintes âmes sont déjà passées. 1966, c'est la date à laquelle "Le voyage fantastique" réalisé par Richard Fleischer est diffusé dans les salles. C'est quelques années plus tard que je découvrirais ce film qui pour moi est un classique. 

Un classique dans lequel le scientifique Jan Benes résidant au cœur des pays de l'Est, détenant un procédé révolutionnaire de miniaturisation permanente des objets et des êtres se voit victime d'un attentat alors qu'il s'apprête à livrer sa technique au gouvernement américain. Seule solution pour sauver cet homme : la miniaturisation d'une équipe envoyée dans le corps de Benes afin de dissoudre le caillot situé au niveau du cerveau risquant de le tuer rapidement. Mais le groupe doit faire vite car il ne bénéficie que d'une miniaturisation temporaire. A l'évocation du long-métrage, je suis encore hanté par les cris de Donald Pleasence en prise avec un globule blanc. 

Trop de mousse dans le bain...

 1989. C'est quelque peu de mauvaise humeur que je reviens du collège. Le fait d'apercevoir les housses confectionnées par ma mère pour protéger mon Amstrad cpc en désordre m'énerve encore plus à vrai dire. D'un geste traduisant mon excès de colère, j'enlève celle recouvrant le clavier. Je reste interloqué, mon cpc 464 avec ses couleurs que l'émission "Vitamines" envierait a tout simplement disparu... au profit d'un cpc 6128 flambant neuf.  A ses côtés une compilation, La collection CPC (évoquée sur ma chaîne), les disquettes "systèmes" ainsi que dans son boîtier slim "The fantastic voyage" édité par Amsoft en 1985

Et malgré la présence de "La collection CPC" c'est bien le jeu de Amsoft que je vais essayer en premier, voyant tout de suite qu'il s'agit de l'adaptation du film éponyme. 

Je suis dans un premier temps charmé par la sympathique musique d'intro. En réalité, du temps de mon cpc 464 je ne pense pas avoir eu l'occasion de croiser un jeu Amsoft! Ainsi ce voyage fantastique sera mon tout premier. Et fantastique il l'est, pas forcément par sa réalisation mais sans l'ombre d'un doute parce que c'est la première disquette insérée dans mon 6128. 

Le scénario reprend les grands axes du film excepté qu'ici notre mission principale sera de reconstituer notre sous-marin brisé en huit morceau et disséminé dans le corps du Dr Eernest Hacker (changement de nom pour question de droits j'imagine).

Il nous faudra composer avec les défenses naturelles du corps humain et autant le dire tout de suite, je n'ai jamais vu la fin du jeu. Un détails que j'appréciais particulièrement était la possibilité de suivre mon cheminement avec le corps dessiné sur la droite de l'écran. Graphiquement et question maniabilité l'ensemble se voulait honnête. Pour être franc, si je revenais de temps en temps vers "The Fantastic voyage" c'est surtout sur "La collection CPC" que je m'attarderais, découvrant certains softs à côté desquels j'étais passé sur mon 464 (comme Sorcery par exemple). 

Malgré tout, lorsque le souvenir de mon cpc 6128 effleure la surface du temps, c'est au jeu d'Amsoft auquel je pense. Je me revois encore, émerveillé devant la rapidité du lecteur de disquette et les premières notes de sa musique d'intro.