lundi 29 mai 2023

Howard et les prisonniers de la glace

1997/1998

Samedi matin. Le week-end a enfin daigné se présenter mais pour autant je n’échappe pas à la corvée d’approvisionnement de tabac consommé par ma compagne d’alors. Nous vivons dans un petit appartement comme l’aurait souligné Eleanor Vance dans « The haunting of hill house », l’un de mes romans de chevet écrit par Shirley Jackson. Les murs y sont a peu près épais ce qui n’empêche pas d’entendre les ébats des voisins immédiats ou encore la musique poussée a un volume extrême par ceux d’en face souhaitant partager leurs goûts musicaux le plus largement possible. 

Décidément, j’ai réellement horreur de l’environnement urbain mais en cet instant peu de choix s’offrent à moi. Néanmoins, ne le nions pas, il a aussi ses avantages comme par exemple son magasin indépendant de jeux vidéos situé en centre ville ou encore ses relais presses me permettant d’accéder facilement au Playstation magazine du moment.

C’est donc sous un soleil généreux que mes pas sont orientés vers ces commerces en ce samedi matin. En entrant dans le bar tabac local, les discussions semblent déjà aller bon train. Un léger silence tombe lorsque je pousse l’épaisse porte vitrée, différents parfums et odeurs assaillent mon odorat, du vin blanc auquel tournent déjà certains habitués aperçus à plusieurs reprises, au tabac dont les volutes finiront par se déposer sur mes vêtements mais aussi sur le sol paré de carreaux multicolores défraîchis. 

Les échanges verbaux reprennent, faisant état le plus souvent de politique se mêlant à la vie privée des intéressés. Après des salutations rapides d’usage, mon regard plonge dans l’espace presse proposant son lot de quotidiens, de magazines aux titres évocateurs mettant en exergue des corps féminins dénudés destinés à  assouvir une certaine avidité masculine mais après ça vous vous enquerrez bien de la cote argus d’une certaine Clio? Bon, son espace dédié est maigre mais pour autant le voilà (non, pas Albator), le rayon lié au jeu vidéo! Pourtant mon regard ne se portera pas sur le Playstation magazine mais sur une revue proposant un jeu pc pour une somme modique.

Oui, depuis quelque temps, le C a quitté le PC, le basic a été remplacé par un OS, Windows 95 avec lequel je prends tout juste mes repères. Quant aux caractéristiques techniques de la machine… disons que tout cela est encore un monde bien nébuleux pour moi. C’est donc sans me poser de question, que je décide d’acheter le magazine, ne sachant aucunement si le soft tournera sur ma machine, ce jeu c’est « Prisoner of ice » un point’n’clic édité par Infogrames se déroulant dans l’univers de l’écrivain H.P Lovecraft qu’on ne présente plus. Et à cette période j’y suis assez sensible puisque je suis en pleine lecture de ses œuvres notamment « L’appel de Cthulhu ».

Le patron de l’établissement, un colosse, émet un petit reniflement lorsque je dépose le magazine sur le comptoir destinés aux jeux d’argent et expédie rapidement mon achat y ajoutant à la volée les paquets de cigarettes d’une célèbre marque. Lorsque je sors de l’établissement je l’entends déjà reprendre sa conversation avec les habitués, accompagnés de quelques rires gras. Ces derniers n’auraient sans doute pas été du goût du vénérable Jorge de Burgos dans « Le nom de la rose ». Quoiqu’il en soit me voici de nouveau sous ce soleil bienvenu, la légère brise qui l’accompagne me libère des effluves de tabac, d'alcool et divers après-rasage saupoudrés par l’odeur acre des fluides corporels humains.

C’est la tête dans les nuages, absent du ciel en ce samedi, que je retourne vers mon appartement, mon regard se plongeant dans la couverture du magazine dont je me souviens absolument plus du nom. Après quelques doux mots échangés avec la muse du moment, j’allume le pc et attends patiemment le démarrage de Window 95. Pendant ce temps je compulse le magazine, notamment la partie sur « Prisoner of ice » dans lequel nous incarnons le lieutenant Ryan dont la mission principale est initialement de secourir un savant norvégien tout juste échappé d’une base antarctique allemande, l’action se déroulant en pleine seconde guerre mondiale. En plus du scientifique, le sous-marin utilisé dans cette opération de sauvetage réceptionnera deux caisses mystérieuses. Je n’en dis pas plus si vous souhaitez vous plonger également dans l’aventure, je précise juste que l’histoire est inspirée des « Montagnes hallucinées » de l’écrivain.

Une caisse, le début des ennuis...

L’installation du jeu se déroule sans accrocs (n’est-ce pas Colonel Smith?), ma machine d’alors correspondant aux exigences techniques et bientôt je suis happé dans l’aventure, oubliant presque les murs de l’appartement. Opale, la chatte ayant partagé ma vie pendant quelques années et dont je vous ai déjà parlé sur ce blog vient me rappeler à la réalité en sautant sur mes genoux et même la silhouette féminine d’alors qui m’avait d’abord jeté un regard inquisiteur concernant mon achat se laisse séduire par le soft. Ainsi pendant quelques heures, nous nous évertuerons à résoudre les énigmes qui composent le jeu. A cette époque j’aime beaucoup le style « point’n’clic », style que j’avais déjà expérimenté avec « Les chevaliers de Baphomet » sur Playstation, un autre grand jeu du genre.

Je garde donc un excellent souvenir de Prisoner of ice, disponible de nos jours sur GOG pour une somme modique (il est d’ailleurs régulièrement en promo) et de son pendant, Shadows of the comet qui était également présent dans le magazine mais j’ai appréhendé ce titre avec plus de difficultés à l’époque, ceci dit il s’agit d’un autre souvenir…

Les images du jeu proviennent du site abandonware-france.org

samedi 13 mai 2023

Combattant du dimanche

1988. Mon sommeil se voit bientôt subtilisé par la lumière de l’astre solaire dont les accents promettent une belle journée. Au-dehors les oiseaux ont depuis longtemps entamé leurs discussions, communiquant dans une langue propre à chaque espèce et la rumeur de leurs conversations est amplifiée lorsque je me décide à ouvrir mes lourds volets de bois. Cette irruption ne semble nullement les déranger même si certains ont tourné la tête vers cet étranger au visage portant encore la bénédiction de Morphée… à moins que, dans un élan moins poétique, je ressemble plus à un critters ou encore au xénomorphe de mon poster voyant la créature se frayer un chemin en détruisant une porte!

Coucou, il est l'heure de se lever!

Si passereaux, pies, hirondelles se sont appropriés les cieux tout autant que les arbres environnants, mon chien lui lève la patte sur les fleurs récemment plantées par mes parents qui ne semblent pas l’avoir vu. Son regard m’implore de ne pas le dénoncer, cela sera notre secret. Je vais encore rester là quelques minutes, à profiter de ce calme que seule une voiture roulant paresseusement sur la route communale voisine viendra troubler. Elle aussi, à sa manière, donnera l’occasion à ses occupants de goûter à la beauté des lieux. En cet instant j’en suis convaincu, la richesse est là, sous mes yeux.

Malgré cette quiétude, un combat est sur le point d'être livré sur mon Amstrad CPC 464… enfin, plusieurs pour être plus précis. Là, dans son boîtier cristal, Street Fighter édité par Capcom en 1988 n’attend qu’une chose: lui prouver que je suis le meilleur face à dix combattants dans cinq pays autour du monde. Peuh, pas de problème pour moi! Cependant mon éphémère arrogance me suggère de prendre quelques forces puisées dans mon petit déjeuner. Chuuuttt!! Les gros durs de la jaquette ne doivent pas savoir que leur adversaire n’a pas encore pris son chocolat chaud et dévoré ses tartines de pains grillées agrémentées de confitures! Rien qu’à leur expression, je doute que ces gars là carburent au Tonimalt! 

"Alors vous voyez les gars, le clavier du cpc fait à peu près cette dimension là."

Allez, plus de temps à perdre, mais avant de me plonger dans le soft je vais accompagner mon père dans sa virée au village voisin. Journal local, pain et peut-être un petit bonus pâtisserie feront partie du butin de cette matinée dominicale. J’avoue apprécier ces quelques instants passé en sa compagnie. Une fois de retour les choses sérieuses commencent, la tension monte alors que le chargement de la cassette s’effectue. Au-dehors, la douceur printanière m’interpelle sérieusement mais je ne dois pas me laisser déconcentrer surtout que l’écran de présentation montre un adversaire prêt à en découdre ! 

Attends, je vais chercher le pain et on règle ça!

Si Retsu, le premier adversaire, ne pose pas réellement de problème il en sera autrement avec Geki, un ninja qui se rend temporairement invisible. Ce dernier m’a donné un peu de fil à retordre au début mais après quelques observations j’ai pu appréhender sa technique ninjutsu pour le contrer. Il en sera de même pour les adversaires suivants jusqu’au terrible Sagat, les voyages étant entrecoupés par des séquences bonus où nous devrons briser une pile de brique à mains nues. J’ai bien entendu essayé de reproduire cette séquence avec quelques briques usagées trouvées parmi le bric à brac de mon paternel… Le ridicule de la situation restera à ma discrétion. Même si le soft est assez avare en son (aucune musique), j’apprécie l'ensemble esthétique notamment ses graphismes colorés et les environnements traversés au cours de nos pérégrinations.

Pas de quoi fanfaronner avec ce qui me reste d'énergie!

Notre personnage n’est pas très véloce mais cela me permet d’appréhender les combats et de terminer le jeu sans trop de difficultés après quelques séances d’entraînement. Ne connaissant alors pas la borne d’arcade je ne peux juger la qualité de l'adaptation mais quoiqu’il en soit, j’apprécie vraiment ce jeu sur Amstrad cpc même si Ryu a perdu son « hadouken » sur le chemin. Quelques années plus tard je m’y essaierai avec la borne d’arcade de Street Fighter 2. Malgré ces défauts je conserve un très bon souvenir de Street Fighter.

Mais alors que je viens de défaire Sagat, midi s’annonce et son repas propose des frites! Hors de question d’attendre plus longtemps, après avoir rangé le boîtier dans mon carton qui accuse une certaine fatigue, je me dirige vers la cuisine sous le regard du Xénomorphe salivant lui aussi (cette saloperie est en train de bouffer la coque!). Bientôt la table de la véranda baignée de soleil sera parée des assiettes, ébréchées pour la plupart, couverts et verres de toutes les occasions. La fin de repas me verra céder à cette douce journée, foulant l'herbe des champs en compagnie des Dryades, le regard plongé dans l'horizon lointain traversé par quelques nuages paresseux.

vendredi 5 mai 2023

Opération Light Phaser

1990. En ce samedi après-midi, un soleil de printemps aux forts accents d’été inonde les rues de la petite commune à proximité de laquelle nous résidons. Ci et là quelques îlots d’ombres offerts par certains bâtiments à la façade défraîchie protègent un petit regroupement de personnes âgés venues profiter de ce bel après-midi. Il y a quelques minutes ma mère m’a déposé sur la place ne souhaitant pas trop s’attarder et c’est d’un pas rapide que je me dirige vers la maison d’un ami… enfin… une connaissance plus précisément. Le seul point commun qui nous fédère est l’Amstrad cpc. Justement, les parents de ce dernier ont fait l’acquisition d’un 464 avec le pistolet "light phaser" et je dois avouer que mon acceptation quant à l’invitation de cet élève qui fréquente le même collège est en réalité poussée par la curiosité de découvrir ce système. 

La pétoire en question (image CPC Power)

Un léger vent balaye les rues de ce village qui compte tout au plus 158 âmes à l’époque (je ne sais désormais combien d’habitants sont venus grossir ce nombre), mon ombre passe devant le restaurant dans lequel mes parents et moi allons déjeuner en certaines occasions. D’ailleurs il y a quelques temps de cela, entre deux plats, je m’essayais à la borne d’arcade Frogger tandis que mon ouïe indiscrète malgré elle entendait les critiques acerbes des gérants en cuisine sur les clients en salle… classe. L’établissement a depuis longtemps fermé ses portes tout comme un autre café à proximité. Désormais, les vitres sales renvoient un regard aveugle aux saisons qui défilent, attendant un éventuel repreneur dans une morne quiétude. 

Mais où en étais-je? Ah oui, me voici bientôt devant la bâtisse de cet « ami ». Sa maison est plutôt jolie, mitoyenne à d’autres. Les rosiers, gardiens aux épines acérées, font état d’un agréable parfum. Non loin de là un chat sans maître traverse la rue principale à la hâte. Je le connais quelque peu pour l’avoir vu à plusieurs reprise et m’étonne qu’il soit encore en vie. Dans le coin il ne fait pas bon être félin. Allez, plus de temps à perdre, je sonne et m’attends à voir l’un des parents surgir pour m’ouvrir la grille. En réalité c’est l’ami lui-même qui viendra à ma rencontre. J’avoue être soulagé. Si sa mère est plutôt chaleureuse, au sourire bienveillant (un terme à la mode), son père est aussi glacial qu’une tombe secrète retrouvée en arctique. Quelques regards et gestes anodins m’ont fait comprendre qu’il ne m’appréciait guère tout comme mes parents d’ailleurs. A ses yeux nous serons toujours des « pièces » importées.

Encore mieux, les dits parents se sont absentés, la maison est à nous! Elle est bien entretenue, rangée, nos pieds enveloppés par des chaussettes de sports blanches dotées de rayures rouges et bleues  traversent le salon. Ces derniers se veulent feutrés, se succédant sur la moquette qui ne souffre d’aucun défaut. Il en est de même pour celle posée sur les marches de l’escalier menant à la chambre de mon hôte. Ah, le voilà enfin cet Amstrad cpc 464 avec le light phaser prêt à l’emploi. Il est accompagné par une compilation de jeux dédiés dont Operation Wolf que je connais déjà bien pour y avoir joué sur mon cpc 464 en son temps…. « En son temps »… cette phrase me fait un peu bizarre à lire, même si je suis passé depuis sur 6128, j’ai l’impression que les chargements cassettes datent encore d’hier. 

Cœur de Louuuuuuppppp...

Le copain m’explique que la machine a été achetée chez Conforama et que le moniteur revient tout juste d’une révision car souffrant de problèmes avec le light phaser. Honnêtement je ne me souviens pas de toutes ses explications, leurs contours se voulant plus flous après toutes ces années. Il me défie sur Operation Wolf… Pourquoi pas? Après le chargement du jeu et de son premier niveau il est temps de rentrer dans l’action et je dois l’avouer… je ne suis pas très à l’aise avec le pistolet. A côté l’ami en question s’esclaffe déjà, un peu moins lorsque je lui explique que l’arme en plastique semble affectée par un manque de précision. Je finis par mourir dans ce premier niveau alors qu’habituellement j’arrive tout de même au dernier sans avoir utilisé le « continue ». Je cède la place à mon concurrent du moment.

Rapidement son assurance s’estompe lorsqu’il s’aperçoit que la précision souffre effectivement d’un défaut. Alors, là non plus, je ne me souviens plus trop de la suite des évènements sur ce dernier point mais il me semble que nous avions procédé à quelques essais, toujours sur Operation Wolf, sans plus de succès. Le pote du moment est dégoûté d’autant qu’il lui faudra annoncer la chose à ses parents. En un sens je compatis pour avoir expérimenté la chose sur certains softs. 

Les grains du temps s’écoulent, l’heure de mon départ approche à grands pas néanmoins, nous jouons à "Bubble Bobble" via la compilation " Les défis de Taito ". Le jeu est plutôt sympa, de plus nous pouvons y jouer à deux simultanément, l’après-midi se terminera donc sur une note positive. Après avoir pris congé de la personne, je retrouve ma mère sur la place, au volant de la Toyota Corolla essoufflée. Direction la maison… Ma seule et courte expérience avec le light phaser ne me laissera pas grande impression mais suffisamment pour écrire ce souvenir. Du coin de l’œil je revois le chat sans maître étalé de tout son long sur l’un des bancs de la place, se dorant le ventre au soleil…


samedi 29 avril 2023

CD and I

Bien que le titre en fasse la suggestion, je ne vous parlerai pas de l’album du chanteur Morissey « Vauhall and I ». Nous sommes en 1994/1995 (les années passent, les contours de certains souvenirs s’assombrissent), un vendredi soir. C’est las, après une semaine de travail, que je rentre d’un pas traînant sous cette lune, confidente platonique de toujours. Dans mes poches, les clefs de mon appartement ayant remporté le titre de taudis tintent au contact de quelques pièces. Tout ce dont j’ai envie c’est d’une bonne douche et suivre les aventures des agents Mulder et Scully face à l’homme à la cigarette. 

Non, on a dit CD and I!

C’était sans compter mon voisin le plus proche, surgissant comme un diable de sa boîte à mon passage. Il me fait quelque peu penser à Rick Moranis dans « Ghostbusters » mais ici la porte d’entrée des studios aux murs mitoyens ne se refermera pas seule, loin de là. Je n’ai rien à lui reprocher de particulier, cependant nous n’avons aucun point commun et il parle… beaucoup. Ce dernier m’invite pour l’apéritif. Pourquoi pas? Qui plus est, un breuvage à tendance alcoolisée me fera un peu de bien, scandant ainsi un peu plus fort le nom d’ Hypnos au fil des gorgées.

 Les notes d’un morceau du groupe Talk Talk en arrière plan terminent ainsi d’asseoir sa proposition. L’appartement du dit voisin ressemble à un cabinet de curiosités, ce dernier achetant les dernières nouveautés dans une certaine mesure… et démesure.  En entrant, mon regard est d’abord attiré par sa chaîne hi-fi aux éléments séparés et enceintes composées d’un bois noble. Ma micro-chaîne JVC, cadeau que je me suis octroyé avec mon premier salaire, fait pâle figure avec son plastique noir moulé mais elle me convient parfaitement, tout du moins Mike Muir du groupe « Suicidal Tendencies » ou encore Les Thugs et Sloy ne semblent pas s’en offusquer lorsque le laser du lecteur déverse leurs paroles. 

Autour d’un verre, la discussion, enfin, SA discussion, alimentée de bric et de broc suit les flots des prémices de ce nouveau weekend. Le regretté Mark Hollis prononce les derniers mots de la chanson « Desire » tandis que mes yeux, accompagné par mon intérêt, s’égarent sur les disques de ce voisin bavard. Pourtant un mot, « Jeu », va me faire revenir instantanément au sein de la conversation. Ce terme me semble tout droit sorti d’une éternité, les images de mon Amstrad CPC, désormais chez mon frère, me revienne. D’ailleurs je ne reverrais plus ce dernier… Il en est ainsi, les chemins de vie se font et défont.

Pour mon hôte, cet univers est ici représenté par ce qui s’apparente à un autre lecteur de disque estampillé « Philips », le CD-I dont je ne connais absolument rien. Top fier de me montrer son nouveau gadget, il lance un jeu à la volée: Zelda. En cet instant je connais la licence de Nintendo uniquement de nom, n’ayant pas réellement croisé le chemin de Link par le passé mais ce que je vois ici me paraît très laid et ne me donne aucunement envie de m’y essayer. Je laisse mon voisin s’amuser et ce dernier ne semble pas connaître grand chose au monde du jeu vidéo (et à vrai dire moi non plus, hormis quelques jeux électroniques, le téléscore de SEB et  l’Amstrad CPC jusqu’à présent!). 

 A côté de l’appareil, trône déjà une petite pile de disques mais je ne m’y intéresse guère à vrai dire. Le jeu s’arrête, à mon grand soulagement, l’apéritif aussi et il est temps pour moi de retourner en mon appartement. Ce soir je prévois de regarder X-Files avec Scully et Mulder sans oublier leur supérieur Skinner qui va se démener pour couvrir ses agents. Enfin, si la télévision des voisins m’en laisse l’occasion, les murs des appartements étant sans l’ombre d’un doute composé de papier à cigarette, il y a une forte chance que les dialogues des agents du F.B.I se transforment en comédie musicale. 

Bon alors cet épisode? On Attend!

Juste avant de partir, mon voisin s’affaire à me préparer un sac plastique contenant le CD-I. Il s’apprête à partir en week-end et propose de me prêter l’appareil pendant ces deux jours. Pourquoi pas? Même si je sais que je n’y toucherai pas, surtout après avoir vu cet épisode de Zelda. Le lendemain matin  voit un soleil radieux me réveiller, les volets accordéons à la peinture écaillée laissant quelque peu les fils d’Hélios effleurer mon visage encore en proie au sommeil. Au-dehors, divers passereaux chantent déjà depuis un bon moment, n’ayant que faire de ma paresse humaine engoncée dans une rêverie drapée par des souvenirs lointains.

Les gestes quotidiens réclament leur dû et lors de l’exécution de ceux-ci mon regard se pose sur le sac plastique translucide contenant le CD-I. Je décide finalement de m’y intéresser. Posés sur le plastique noir de l’appareil plusieurs disques, l’horrible Zelda donc et d’autres dont j’ai oublié le nom, sauf pour l’un d’entre eux qui va finalement attirer mon attention: L’ange et le démon. Le jeu prend place au célèbre Mont Saint-Michel vidé de ses habitants, les lieux étant occupé par les forces du mal. Notre quête sera de récupérer l’épée de l’archange pour défaire le démon, en résolvant diverses énigmes.

Le soft propose pas moins de 2500 photographies du lieu historique et il n’en faut pas plus pour piquer ma curiosité. Rapidement, je suis happé par l’ambiance, notamment celle de l’introduction. Le jeu se déroulera sur des écrans fixes, les photos des lieux donc, accompagnés par quelques animations, musiques et effets sonores.  Outre notre réflexion, un pointeur (comme celui d’une souris) nous permettra d’interagir avec les icônes d’actions/directions ainsi qu’avec certains éléments du décors. Des indices et jingles viendront conforter le joueur lors de sa quête. 

En cet instant, je dois l’avouer, c’est un réel plaisir d’évoluer au cœur du Mont Saint-Michel en toute quiétude (malgré la taille d'écran de  ma télévision du moment soit 36 cm) ! De mémoire, découpé en chapitres (présenté sous forme d’un grimoire accentuant l’ambiance), le soft n’est pas très long à terminer. Sa difficulté est accessible à tout public, cette dernière permettant de découvrir les lieux en toute sérénité. Même si les incrustations des créatures vous barrant le chemin à divers endroits prêtent à sourire, je trouve pour ma part que le soft arrive ici à son but: divertir en offrant un certain côté culturel. 

Je ne verrais donc pas le temps passer en ce samedi, puisque je me replongerais une nouvelle fois dans l’aventure de « l’ange et le démon », rien que pour ressentir l’aura paisible du mont (même si il ne s’agit que de photos). Le dimanche soir me verra restituer son bien à mon voisin, le remerciant au passage pour cette expérience et exaltation ressenties avec le CD-I, tout du moins pour ce qui concerne « l’ange et le démon ». Ce fut mon seul contact avec cette plateforme qui ne rencontra pas le succès escompté, j’en garde néanmoins un très bon souvenir.

 


vendredi 21 avril 2023

Walking on the moon

Janvier 1990. La neige est tombée abondamment durant ces vacances d’hiver, en témoigne cette couverture blanche drue recouvrant les champs. Les vitres de la véranda, impassibles, voient quelques oiseaux chercher leur pitance. Le soleil, encore timide en cette matinée, tentera des les aider au fur et à mesure en affirmant son règne au fil de la journée. 

Pour ma part, je suis installé sur la table de la salle à manger, en face de moi l’Amstrad cpc 6128. Comme je l’ai déjà écrit au cours de mes articles précédents, les belles découvertes sur la machine sont derrière moi tout comme la motivation. Cette dernière n’a cependant pas encore dit son dernier mot. Juste avant la fin des cours, soit déjà une semaine (le temps passe tellement vite lorsqu’on se sent libre!), un copain de classe m’a confié une disquette Amsoft dont l’étiquette écrite au crayon fait état d’un jeu Infogrames que je ne connais pas encore: « Tintin sur la Lune ».

C'est ce que je viens d'écrire dans la phrase précédente!

Si le jeu m’est inconnu, le personnage de Hergé a déjà sa place en ma bibliothèque, même si je ne suis pas très fan de bandes-dessinées. Je possède néanmoins quelques albums, les plus connus, laissés à une connaissance lors de notre déménagement définitif quelques temps plus tard. De l’éditeur Infogrames, je ne détiens qu’un seul autre jeu: « Prohibition », enfin je détenais puisque mon cpc 464 s’est depuis envolé vers un autre foyer. Allez il est temps de me plonger dans l’action et d’incarner le jeune reporter.

Au bout du voyage, l'ennui...

Le jeu va se composer en deux types d’actions qui se répéteront jusqu’à la fin du soft: la première consiste à piloter la célèbre fusée en récoltant des sphères, la seconde à désamorcer les bombes disséminées (certaines ne seront accessibles qu’après avoir annulé la gravité via la touche F1) , et éteindre les feux déclenchés (une fois trouvé l’extincteur) par le saboteur (pouvant être mis hors d’état de nuire temporairement avec l’extincteur) dans différents recoins de l’appareil. Les graphismes sont plutôt beaux, renouant avec l’esprit de la BD, la jouabilité est très agréable quant à la difficulté elle est tout simplement inexistante nous faisant arriver à la fin du jeu très rapidement. 

Milou s'est fait porter pâle...

J’enchaîne donc les niveaux dans un cours laps de temps. Même si j’ai apprécié le fait de me balader aux côtés du Capitaine Haddock et du professeur Tournesol, une fois l’alunissage effectué je n’en conserve pas une grande impression, j’y reviendrais une fois tout au plus pour tromper l’ennui. Alors que mon regard plonge vers le manteau neigeux, mon chien se présente à moi avec l’une de mes chaussures dans la gueule et j’ai plutôt intérêt à le suivre si je ne veux pas  retrouver cette dernière dans la poudreuse! Avec quelques mots d’assentiments pour une promenade je récupère mon bien, j’enfile mon manteau et écharpe après avoir bien entendu éteint le cpc puis suis l’animal qui n’a rien de Milou (quoique, ça rime avec filou). La musique d’intro de  « Tintin sur la Lune » résonne encore pendant quelques instants en ma tête alors que mes pas se font incertains au cœur de l’épaisse neige. 

Ne vous fiez pas à cet air, c'était un vrai filou!

mercredi 22 mars 2023

FIL ta mallette!

1988. En ce samedi matin, à l’arrière de la voiture, un large sourire orne mon visage. Et pour cause, de retour de l’enseigne Majuscule, j’ai l’impression de détenir entre mes mains un véritable coffre au trésor, une mallette plutôt devrais-je dire car il s’agit d’une toute nouvelle compilation: l’une des mallettes de l’éditeur français FIL regroupant quatre jeux.

L’objet me donne une impression de solidité avec son carton adoptant une couleur verte et sa poignée en plastique souple jaune. A l’intérieur quatre cassettes parée de noir et de vert mais je connais ce code couleur puisque j’ai déjà une compilation de cet éditeur dont je vous parle ici et qui fut d’ailleurs ma toute première compilation. 

Allez, il me tarde d’arriver à la maison afin de tester ces quatre softs dont je ne connais alors absolument rien. Mais absorbé dans la contemplation de l’objet, les kilomètres séparant le magasin de la demeure passent en réalité assez vite. Plus de temps à perdre! A peine la portière de la voiture refermée me voici déjà devant mon Amstrad cpc 464 pour l’allumer. A la hâte mais en prenant soin de déballer convenablement l’ensemble, j’extirpe les cassettes et notices reposant en la mallette. Par quoi vais-je commencer? Et pourquoi pas Xevious (U.S Gold)? Le chargement lancé, je compulse la notice puis pose mon regard sur l’écran de chargement.

Quelques minutes plus tard, je fais fi du soleil venant jouer les curieux sur mon écran en imposant sa lumière par la baie vitrée du salon. Je commence à piloter mon vaisseau sur fond de scrolling vertical en évitant les projectiles ennemis lancés à mon encontre. La musique, discrète, contribue fortement à l’ambiance et j’apprécie d’ores et déjà beaucoup Xevious, adaptation ici d’une borne d’arcade que je ne connais pas. Graphiquement, je trouve ça plutôt joli, l’appareil est maniable, j’y reviendrais assez souvent par la suite. 

Mais il me reste encore à découvrir trois autres jeux! L’heure du déjeuner approchant à grand pas je décide de m’essayer à Express Raider (U.S Gold) et je fais bien car c’est le bonheur instantané!  Je prends grand plaisir à me frayer un chemin sur les wagons, dans ce jeu où le but est de dévaliser un train à l’époque du Far-West, même si l’ennemi au fusil me donne du fil à retordre. Coloré, fluide, action instantanée, Express Raider devient en quelques instants l’un de mes jeux préférés du moment. Cette compilation s’annonce sous les meilleurs auspices! 

Il est cependant temps de délaisser mon cpc 464 se reposer un peu après toute cette action pour retrouver la table du repas… Avec cette horrible boîte de gratin dauphinois estampillée William Saurin. Mais rien ne saurait gâcher cette belle après-midi en devenir et une fois le déjeuner englouti, assez rapidement dois-je avouer, me voici de nouveau devant l’Amstrad alors qu’en l’air flotte le parfum du café bu par les parents.  Bon, je ne suis pas très emballé par Super Soccer (Imagine) mais puisqu’il est sur la compilation je ne vais certainement pas faire la fine bouche. Autant le dire tout de suite… J’ai trouvé et je trouve toujours le soft très mauvais. Décidément, je n’ai guère de chance avec les jeux de ce genre si bien qu’après quelques balles très molles, je décide de passer à la dernière cassette. 

Me voici donc à errer, en 1841, dans les rues de Canton  avec Tai-Pan (Ocean), adaptation du roman éponyme de James Clavell que je suis en train de lire à l’heure où j’écris ces lignes. Auteur de Shogun que j’ai également  lu il y a quelques temps de cela, j’apprécie beaucoup son style. Le jeu est, en réalité, plus inspiré de l’œuvre et demande au joueur de faire fortune en devenant Tai-Pan (que l’on peut plus ou moins traduire par commerçant suprême dans l’idée). 

Pour cela il nous faudra enrôler un équipage mais avant toute chose nous devrons obtenir un prêt. Bon, je n’ai jamais été très loin, ne parvenant pas à effectuer cette première étape à l’époque. Et c’est dommage car le jeu promettait d’être riche en contenu, notamment une fois en mer avec la gestion de l’équipage (éviter les mutineries entre autre), commercer et pourquoi pas devenir pirates en abordant d’autres navires! Reste le souvenir de la musique. J’ai depuis rejoué un peu à Tai-Pan mais j’avoue que la motivation n’était plus là. A noter que le livre a également été adapté au cinéma, en 1986, le long-métrage étant réalisé par Daryl Duke avec Bryan Brown dans le rôle de Dirk Struan. Je ne l’ai vu qu' une seule fois et  ne m’en souviens plus très bien, il me faudrait le revoir.

Malgré cette brève expérience avec Tai-Pan, je garde un excellent souvenir de cette mallette FIL, rien que pour Xevious et Express-Raider, je me revois encore y jouer sur cette commode, celle-là même où j’avais pu m’essayer aux jeux d’Amstrad Gold Hits 2

mardi 28 février 2023

555-2368

Dans une ruralité que l’on pourrait croire oubliée, un gamin erre parmi les promesses du printemps. Son survêtement bleu un peu trop juste pour lui est le cadet de ses soucis, l’heure est grave, il est sur le qui vive. L’appel ayant fait retentir la sonnerie de son téléphone imaginaire lui a indiqué qu’ils pourraient très bien débouler de nulle part. Au bout de ce champ par exemple ou encore juste derrière ce sapin planté lors de son second noël. Il se pourrait même très bien que le « quelque chose qui ne pourrait pas lui faire de mal » parvienne jusqu’ici après avoir brisé en deux la chaîne des montagnes que l’on voit au loin! 

Pour autant, il n’est guère inquiet car bien armé. Son sac délavé empli de carton afin de lui donner un aspect « solide », le tuyau de l’aspirateur enfiché sur le côté gauche font de cet attirail le meilleur « pack proton » du coin. Avant que les intéressés ne s’aperçoivent de la disparition d’un des éléments du budget nettoyage, il aura certainement le temps de terminer son œuvre. La faune locale qui vaque à ses occupations sans compromis ne se soucie guère de ce contrevenant. Tout au plus un rouge gorge, quelques passereaux l’observeront avec circonspections mais peu leur importera. Quant à la trace de sang séché sur l’un de ses index, il s'agit là d'un témoignage de sa maladresse lorsqu’il a souhaité épingler le logo des chasseurs de fantômes grossièrement dessiné par ses soins sur son épaule gauche.  


Des revenants, il y en a en ces lieux, presque trop pour une seule personne. Là dans le cagibi à outils, entre les toiles d’araignées, une ombre est passée! Ici, alors que le commun des mortels pourrait penser à la traînée d’une limace, nous sommes face à  de l’ectoplasme mais à vrai dire le spécialiste en parapsychologie improvisé de ce samedi après-midi n’a pas très envie de prélever la preuve évidente, disons que le labo est fermé ce week-end. Pourtant les spectres présents en ces lieux ne sont guère un problème, rien à voir avec les vrais, ceux qui marquent votre vie. Ils sont les témoins d’un monde, là, à l’extérieur mais en ce jour de 1984, ce ne sera pas celui du jeune chasseur. Attention! Avec cette courte pensée, le canon de son arme a rencontré le grillage de la barrière qui sépare le jardin des champs, c’est l’une des règles bien connue, « ne jamais croiser les effluves ».

Un reniflement! Il l’a clairement entendu! C’est peut-être un mignon de Gozer! Oui pour sûr, c’en est un, bien qu’il ait pris l’apparence du chien de la maison. Cependant la chance (à défaut de La Force) est avec lui, son ombre s’étire, bientôt masquée par celle des arbres sur fond de soleil couchant. Il est temps de rentrer au QG afin de rendre le matériel emprunté, c’est ça être un « Ghostbuster » au rabais…