dimanche 12 avril 2026

Le xénomorphe codé

  1984. Canal+ est entré dans notre foyer, un événement déjà évoqué à plusieurs reprises au fil de mes articles. Le décodeur à touches a aisément trouvé sa place aux côtés du lourd magnétoscope et de l’imposante télévision cathodique de marque Grundig, dont la télécommande semble tout droit échappée du pupitre de l’Enterprise. Les bandes-annonces, promettant monts et merveilles – comme la diffusion du dessin animé consacré à Mister T. ou du Sherlock Holmes de Miyazaki aux prémices de la chaîne –, ont plus que capté mon attention.

Un logo, mille souvenirs

Bientôt, c’est tout un monde cinématographique qui s’ouvre à moi. Ainsi, à l’âge de 10 ans, la violence de Délivrance, réalisé par John Boorman en 1972, celle de Vigilante, ou encore la soif de vengeance de Paul Kersey sous les traits de Charles Bronson, me marqueront sans doute à jamais. Heureusement, je peux compter sur Jackie Chan pour esquisser quelques sourires sur ce pâle visage d’enfant, adolescent en devenir, fasciné par ce déluge de plans mettant le plus souvent en scène des acteurs légendaires.

Au détour du programme envoyé chaque mois par la chaîne cryptée, un long-métrage attire mon attention : Alien de Ridley Scott, sorti en 1979. J’ai cinq ans lors de sa diffusion télévisée ; alors qu’un organisme implacable décime l’équipage du Nostromo dans les salles obscures, le Téléscore de SEB, ma toute première console, anime encore la télévision en noir et blanc. La bande-annonce, aperçue au détour d’un spot publicitaire, ne m’annonce rien de bon avec ses hurlements, heureusement sans loup-garou pour le moment. Pourtant, la répulsion cède bientôt place à la curiosité et me voici devant ce film se déroulant dans l’espace profond.

Bien loin des codes classiques, le Nostromo, ce vaisseau-cargo transportant divers minerais à destination de la Terre, me révèle que l’espace, c'est crade, et que les conditions de travail infligées aux employés semblent similaires à celles sur Terre. Il y a tout d’abord l’hyper-sommeil, ces sombres histoires de primes inégales entre les membres de la compagnie Weyland-Yutani, mais c’était sans compter ces petites lignes perdues au milieu des contrats : elles transforment, sans discussion possible, les membres de l’équipage en secouristes ou explorateurs dès qu’un signal de détresse se manifeste. 

Ainsi, le capitaine Dallas, le lieutenant Ellen Ripley, les ingénieurs Parker et Brett, l’officier scientifique Ash, la navigatrice Lambert, l’officier en second Kane ainsi que le chat Jones sont tirés de leur sommeil profond à l’approche d’une planète répertoriée sous le nom LV-426, qui émet l’un de ces signaux… en apparence, tout du moins. La suite, si vous avez vu le film, vous la connaissez. À l’issue de ces deux heures éprouvantes, un sentiment d’admiration pour Ellen Ripley m’étreint, tandis que mes mains semblent incapables de quitter mon plexus. Je viens de faire la connaissance du Xénomorphe, mais aussi d’une grande dame du cinéma. 

J’avoue ne plus avoir aucun souvenir de la date précise à laquelle j’ai vu ses suites, notamment Aliens de James Cameron, sorti en 1986. Je n’ai malheureusement visionné aucun volet de la saga au cinéma, seulement sur le petit écran, ce qui fait de moi un « cinéphile télévisuel », comme j’aime à le dire, pour peu que ce terme ait une quelconque importance aux yeux d’élitistes idiots. Curieusement, je me souviens particulièrement de l’arrivée imminente du troisième opus en 1992 : juste avant de partir pour le service militaire, j’avais acheté mon dernier numéro de Mad Movies, me semble-t-il (à moins que ce ne fût un autre magazine du genre). Après ce troisième volet, la saga s’est arrêtée pour moi. 

J’aimerais pouvoir vous dire avoir connu les trois jeux sortis sur Amstrad CPC, mais tel n’est pas le cas. À vrai dire, je n’ai découvert que récemment l’adaptation du premier volet sur ma machine de cœur, publiée par Amsoft en 1985. Dans ce titre, nous devons traquer le Xénomorphe pour l’éliminer, le tout sur fond de stratégie. Comment aurais-je réagi face à ce jeu à l’époque ? Je l’ignore ; peut-être ma curiosité l’aurait-elle plébiscité, mais j’avoue rêver encore d’une conversion par Ocean reprenant les scènes principales de l’œuvre signée Ridley Scott, à la manière de RoboCop, Batman: The Movie ou encore Les Incorruptibles. Si le logiciel vous intéresse mais que l’hermétisme de son fonctionnement vous pose problème, une excellente solution proposée par Orko Ready est disponible sur la fiche du jeu dans CPC Power.

Indice : Ceci n'est pas un œuf de Pâques

Il en ira de même pour Aliens (UK), édité par Activision en 1986, qui reprend l’action principale du long-métrage de James Cameron se déroulant dans le complexe établi par les colons venus s’installer sur LV-426… quelle bonne idée ! Là aussi, bien qu’ayant repéré le jeu au fil des pages d’Amstrad Cent Pour Cent, le soft n’échouera jamais dans les limbes magnétiques de mon CPC 464. Pour l’avoir découvert dans un élan nostalgique, des années après, la première chose qui m’ait marqué est la musique, surtout celle jouée en cours de partie. Nous y incarnons donc Ripley, ainsi qu’une partie des Marines, sans oublier l’infâme sbire de la Compagnie, Burke ; notre but étant de reprendre la base aux Xénomorphes. Le jeu est difficile, les munitions sont limitées et la gestion de l’escouade, afin que tous ses membres restent en vie, s’avère délicate. 

Sur fond de scrolling horizontal, la maniabilité s’avère quelque peu rigide, d’autant qu’un tir manqué sur l’une des créatures est souvent synonyme de mort immédiate. Pourtant, l’esprit du film se veut bien respecté, notamment grâce au système de caméra et au son caractéristique du détecteur de mouvement (enfin plus où moins). Je ne suis jamais parvenu à finir le jeu, qui a d’ailleurs bénéficié d’un remake intitulé LV-426, offrant une maniabilité retravaillée et quelques éléments de repérage bienvenus. Malgré cela, je n’ai pas non plus réussi à aller bien loin dans cette version. Il n’en reste pas moins que sa fidélité envers son aîné est à souligner.  

Une seconde version d’Aliens (US) est également sortie un an plus tard, proposant une approche différente, plus fidèle au déroulement du film : on y assiste notamment au briefing des Marines sur le Sulaco.  Cette mouture reprend les grandes scènes du long-métrage, en particulier l’affrontement final contre la Reine Alien, entrecoupées de mini-jeux tels que l’identification du nom de chaque équipement, etc. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à passer le premier niveau, qui consiste au largage de notre module sur la planète des Xénomorphes. Après avoir visionné plusieurs vidéos de gameplay (notamment sur la chaîne Amstrad Maniaque), je trouve les graphismes particulièrement laids et préfère de loin la version UK. Cette dernière offre finalement un parcours en demi-teinte à la poursuite de l’organisme parfait, du moins aux yeux de l’officier scientifique Ash. 

Mais je dois vous laisser, car cet enfant que j'étais résidant toujours quelque part au cœur des années 80 vient tout juste de recevoir le nouveau code mensuel destiné au décodeur. Il a intérêt à le saisir, mais aussi à conserver les précédents si il souhaite revoir les films enregistrés précédemment sur la chaîne cryptée via son magnétoscope… faisant peut-être de ce système un lointain précurseur des DRM. 

9 commentaires:

  1. Aahhh le décodeur et ses codes à taper tous les fins de mois reçu par courrier. Pareil pour moi. Canal + m'a fait découvrir et aimer tellement de films. Plusieurs d’anecdotes me reviennent en mémoire. Conan le barbare, le film qui m'a fait découvrir l'heroic fantasy pure et dure. Film avec le petit carré rouge au lancement du film qui me rappelle que je n'ai vraiment pas l'age de le regarder. Alien, je suis en CM2 et c'est le sujet entre les copains au moment de la cantine le lendemain. Que de moments inoubliables passés en famille devant la télévision. Nous savions savourer et prendre le temps de prendre du plaisir à regarder 1, 5, 10 fois le même film sans en être lasser. Aujourd'hui il sort je ne sais combien de blockbuster dans l'année que ça en devient indigeste. On regarde, on passe à autre chose et on oublie. Peu importe la qualité. Nous poncions les VHS à en devenir illisibles. J’achète un bluray, je le regarde 1, 2 fois et terminé.

    Bref, cette vie d'avant dieu sait à qu'elle point elle me manque tellement.

    Je te renouvelle mes compliments pour la qualité et la précision de tes textes. Dommage que nous ne nous soyons pas croisé à la récré pour partager des moments inoubliables.

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    1. Salut et merci beaucoup pour ton commentaire. Comme tu le soulignes, Canal nous a fait aimer tellement de films d'autant qu'il y avait la possibilité de les découvrir en version originale. Clairement, je ne doute pas que nous aurions eu de grandes discussions sur les longs-métrages vus la veille.

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  2. Désolé pour toutes les fautes dans mon précédent message. J’étais sur mon téléphone et parfois la correction automatique si tu ne relis pas derrière te fait passer pour un cancre.

    Tu a

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  3. Nous avions Canal + à partir de 1988. Ensuite c’était un ensemble avec Canalsatellite, et plus de code à taper mais une carte style carte de crédit il me semble, où il y avait notamment Canal Jimmy. J'adorais cette chaine où j'ai pu regarder en VOST Seinfeld, Dream On, Friends ou NYPD Blues, et surtout l'émission Destination Séries où Jean-Pierre Dionnet et Alain Carrazé nous parlaient de l'actualité des séries, celles qui allaient arriver, celles qui allaient s'arrêter... En fait Canal et ses chaines tierces m'ont fait découvrir pas mal de films ou séries que je 'aurais jamais eu l'idée de voir. De nos jours j'ai Canal + que je partage avec ma fille ainée (on a droit à 3 écrans) ce qui me permet encore de regarder des films inconnus au bataillon mais pas si mal en fait. En ce moment je me regarde la série animée Primal.

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  4. Ma mémé avait une télévision Grundig, et, effectivement, la télécommande était un truc de fou, de forme rectangulaire (presque carrée) au lieu de longue en hauteur comme le sont la plupart, avec plein de touches mystérieuses, notamment pour la technologie "Antiope". Elle a servi a regarder bien des séries et navets, en mangeant des Kinder ;-)
    Vous n'aimez pas les loup-garous ? Personnellement j'adore "An american werewolf in London".
    Le seul "Alien" que j'ai vu était le premier, et encore, pas en entier, il y a seulement quelques années, dans une magnifique copie 35 mm à la cinémathèque de Bercy. De base c'était tout juste pour que je chope mon dernier train, et comme il a commencé avec un peu de retard, et ben voilà... mais il ne m'a pas tant impressionné que ça, sans doute car j'en avais tellement entendu parler que je savais presque tout, et par contre j'avais vu "Sphère" des années plus tôt (car mon chanteur préféré y fait une brève apparition en pilote d'hélicoptère au début), qui en est un peu un plagiat (ainsi que de "Forbidden planet"). Bien avant tout ça, vers 1992, notre Amstrad CPC464 se faisait très vieux, l'écran GT 64 allait mourir au début de l'été 1993, en faisant le plus ennuyeux de ma vie. Nous nous sommes retrouvés sans ordinateur, à part le Compaq 386 du travail que ma mère avait apporté pour apprendre à l'utiliser (quelle merde par rapport à notre CPC!) mais j'avais, après insistance, obtenu de pouvoir m'acheter des Joystick et même de m'y abonner, fantasmant sur l'Amiga... Une disquette fournie avec l'un d'entre-eux contenait la démo jouable de "Alien trois". Je l'apportais chez mes copains-copines ayant la chance d'avoir une de ces merveilleuses machines et j'aimais bien, surtout que quand on perdait(je faisais même exprès !) on voyait d'espèces de serpents sortir des entrailles des prisonniers hurlants qu'on avait pas libérés.
    Le dernier paragraphe signifie t-il que les émissions étaient enregistrés sur bande sous forme cryptée? Cela m'étonne beaucoup!

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    1. Je me souviens effectivement du système "Antiope", un peu, sans réellement l'avoir utilisé. J'adore les Loups-Garous mais j'avais été terrorisé par "An American Werewolf in London" (Le loup-garou de Londres en français). Pour l'avoir revu des années plus tard c'est un excellent film contrairement à "sphère" qui est un navet à mes yeux. Je me demande bien ce que Sharon Stone et Dustin Hoffman sont venus faire dans ce long-métrage, néanmoins ne l'ayant pas revu depuis longtemps il me faudrait le visionner à nouveau pour me refaire un avis.
      Concernant Canal +, je ne connais pas la technologie du cryptage utilisée mais je me souviens nettement qu'il fallait impérativement conserver les anciens codes afin de pouvoir visionner les films enregistrés les mois précédents, tout du moins au début car la période suivante est un peu plus floue je l'avoue.

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    2. "An american werewolf in London" est un film comique en fait ! J'adore quand la tête du commissaire identique fait "crac" et roule sous les yeux de l'inspecteur qui s'est fait brimer injustement pendant tout le film(vengeance !) !
      Oui, Sphère n'est pas top, surtout, que, comme je l'ai écrit, il plagie au moins deux films. Mais on voit Huey Lewis et le système informatique du vaisseau utilise un Unix (Solaris ?) avec un des tout premiers X-window

      Aaaah je comprends ce qui se passait: vous aviez dû enregistrer vos VHS directement depuis le signal antenne (façon normale de faire). Pour enregistrer le signal correct, il fallait certainement passer par une seconde sortie du décodeur (sans doute en Scart/Peritel). Vos parents ont dû faire la modification de branchement au bout d'un certain temps, peut-être à l'occasion d'un renouvellement quelconque d'un des appareils impliqués

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